Fanny (Louise Labeque) fera mauvais usage des pouvoirs du vaudou.
Fanny (Louise Labeque) fera mauvais usage des pouvoirs du vaudou.

Zombi Child: voyage au bout de la nuit *** 1/2

CRITIQUE / Bertrand Bonello a eu le goût, après Saint Laurent et Nocturama, d’un film plus modeste, avec une esthétique naturaliste forte. Et de revisiter le phénomène «zombie» au cinéma. Zombi Child relate une étonnante histoire «vraie» et, en parallèle, un non moins surprenant récit d’ensorcèlement.

Le réalisateur français s’est inspiré du destin de Clairvius Narcisse qui, en 1962, aurait été zombifié pour travailler dans l’enfer des plantations de canne à sucre avant de réapparaitre 18 ans après sa mort supposée. Le regretté Wes Craven avait déjà adapté l’histoire sous le titre L’emprise des ténèbres (1987).

Bonello ne s’est toutefois pas concentré sur ce seul aspect. Il a imaginé que la petite-fille de Narcisse étudie dans un pensionnat haut de gamme en France. Un soir, afin de rallier les rangs d’une sororité, Mélissa (Wislanda Louimat) narre le triste sort de sa famille auprès de quatre camarades, dont la romantique Fanny (Louise Labeque).

Le cinéaste conduit donc les deux récits en parallèle parce que, comprenons-nous assez tôt, ils finiront par entrer en collision.

Le volet haïtien s’avère plus énigmatique, laissant au spectateur sa propre interprétation ce qui se déroule. Bonello a clairement voulu porter un regard neutre sur le vaudou et son influence sur la psyché des habitants du pays. Sa réalisation a pratiquement une valeur ethnographique et les plans nocturnes sont absolument superbes.

Côté France, les tenants et aboutissants sont plus limpides. Le principal des lettres écrites par Fanny à Pablo est narré en hors-champ. La jeune fille est «possédée» par son idéal amoureux, ce qui aura des conséquences imprévisibles... Zombi Child illustre aussi le spleen de l’adolescence — ce qui, par définition, se révèle presque toujours ennuyant. Tout comme, d’ailleurs, les cours barbants suivis par nos héroïnes. La longue séquence de l’exposé sur la Révolution française, très théorique, demande un effort de volonté.

De plus, le jeu des actrices, d’un naturel un peu artificiel, laisse parfois à désirer. Bonello a choisi des amateurs, en accord avec sa vision de modestie, fort bien, mais Louise Labeque peine à convaincre en énamourée. À l’inverse, Wislanda Louimat a une très forte présence.

Louise Labeque (à gauche) peine à convaincre en énamourée. À l’inverse, Wislanda Louimat a une très forte présence.

Cinéma d’auteur, l’œuvre de Bonello contentera les cinéphiles aguerris. Ceux qui ne jurent que par Walkind Dead et autres World Wide Z (2013) risquent fort d’être complètement désarçonnés (il y a d’ailleurs une pointe dans le film lorsqu’une étudiante remarque qu’avant les zombies étaient lents et que maintenant, ils sont de plus en plus rapides…).

Présenté en première mondiale à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes 2019, Zombi Child a pris l’affiche dans quelques pays, mais pas ici. Il est actuellement disponible sur la plate-forme du Cinéma Moderne.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Zombi Child

Genre : Drame fantastique

Réalisateur : Bertrand Bonello

Acteurs : Wislanda Louimat, Louise Labeque

Durée : 1h43