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Mani Soleymanlou dans le spectacle solo <em>Zéro</em>
Mani Soleymanlou dans le spectacle solo <em>Zéro</em>

Zéro : entre le père et le fils

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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CRITIQUE / La question identitaire, Mani Soleymanlou se l’est posée et pas qu’une fois. Iranien de naissance ayant transité par la France avant de se poser au Canada anglais, puis au Québec, l’homme de théâtre a souvent placé cette préoccupation au cœur de ses écrits, dans une série de pièces qui ont des chiffres pour titre. Avec Zéro, dernier spectacle en salle du 21e Carrefour international de théâtre, il vient en quelque sorte boucler une boucle.

Le monologue Zéro nous amène devant un homme à la croisée des chemins. Il est toujours le fils de quelqu’un, il est désormais le père de quelqu’un. Avec beaucoup d’humour et autant de sensibilité, Mani Soleymanlou jongle en solo avec ce double rôle. Que lui reste-t-il de ses racines iraniennes? Que veut-il léguer à son tour du bagage qu’il a acquis au fil des ans et de ses pérégrinations? 

Ces questions ne sont pas simples. Pas ordonnées non plus. On le comprend dans le décor, qui nous ramène les chaises autrefois bien alignées de la pièce Un (monologue autobiographique qui a lancé le cycle), désormais empilées dans un amas presque menaçant.

On l’entend surtout dans le discours de Soleymanlou, qui oscille constamment. D’une part du côté de son père et des raisons qui l’ont poussé à fuir l’Iran. D’autre part vers ses propres doutes et hésitations sur l’identité qu’il s’est forgée. Entre un désir de faire table rase d’un passé violent lié à son pays d’origine et un instinct de ne pas complètement abandonner ses racines, en somme.

Si Zéro aborde des questions sérieuses, ce tête-à-tête avec Mani Soleymanlou est tout sauf lourd. On rit souvent dans cette pièce qui loge pas trop loin du stand-up. L’homme de théâtre multiplie les références culturelles — entre Julie Masse et Passe-Partout — et se montre friand de la bonne vieille technique du name-dropping, qui fait mouche presque à tout coup. 

Mais même dans la rigolade, les interrogations demeurent vives chez celui qui confie avoir songé donner le nom de famille indéniablement québécois de sa conjointe à son fiston. Racontant un rêve dans lequel il était bien accompagné de starlettes, il en viendra néanmoins à un constat implacable : quand ses parents ne seront plus là, avec qui pourra-t-il parler en farsi?

La pièce Zéro est présentée au Diamant jusqu’au 12 juin.