Yves Lambert (au centre) affirme s’être libéré d’une certaine pression dans la création de Tentation, un album réalisé avec ses complices Tommy Gauthier et Olivier Rondeau.

Yves Lambert: traditions, tentations et actualité!

Foi d’Yves Lambert, ce n’est pas parce qu’on chante un répertoire traditionnel qu’on ne peut pas être collé sur l’actualité. La preuve? Une discussion initiée sous le prétexte de la parution du nouvel album de son trio, Tentation, nous a menés du Canadien de Montréal à Hubert Lenoir, des prêtres pédophiles à la légalisation du cannabis!

Ce savant mélange d’ancien et de nouveau sied bien au truculent chanteur et accordéoniste, qui navigue depuis 40 ans dans le patrimoine d’ici et qui se plaît à le métisser, à le moderniser. En entrevue, il affirme de sa voix tonitruante que c’est pour le rendre «écoutable pour ceux qui ne connaissent pas ça». On comprend plutôt qu’il est toujours animé par un réel désir de le démocratiser, de le célébrer, de le mettre en vitrine. Et de souligner que des sujets chantés par nos ancêtres résonnent encore aujourd’hui.

«Moi, ça fait longtemps que je fais de la chanson traditionnelle. J’ai développé des stratégies pour la rendre contemporaine et actuelle. C’est un peu dans cette optique-là que j’ai abordé cet album», avance celui qui ne se fait pas tirer les vers du nez pour proposer des exemples.

Il évoque La poule à Colin, qu’il revisite sur l’album à paraître vendredi. «C’est le thème du célibat chez les prêtres catholiques et tout ce que ç’a engendré comme scandales sexuels. Ça devient contemporain. Mais, c’est pris d’une façon artistique, historique et ethnologique et non au premier degré», explique M. Lambert avant d’enchaîner sur Ignominie, qui nous amène dans le Québec du XIXe siècle vers une autre tentation, celle de l’alcool.

«Les mœurs étaient très différentes et à un moment donné, dans cette chanson-là, il y a une référence historique au “lord buvetier”, raconte-t-il. C’était le lord Molson, qui saoule le peuple depuis 250 ans. Et qui continue à saouler le peuple avec des bières à 12 $ au Centre Bell, où il y a un club de cul!»

La chanson VIP pour l’enfer, qui vient clore l’album, pousse l’exercice un peu plus loin. Yves Lambert confie s’être laissé convaincre par les complices de son trio, Tommy Gauthier et Olivier Rondeau, pour immortaliser ce nouveau chapitre d’une chanson de La bottine souriante, groupe qu’il a présidé pendant plus de 25 ans. Le démon y est toujours envoyé par Lucifer pour «rapailler son monde». Mais cette fois, ce sont les pétrolières, le ministre de la Santé, les politiciens défendant l’austérité, le président américain et un certain premier ministre pro-cannabis qu’il fait «embarquer» dans sa voiture.

«J’aime bien le dernier couplet, qui parle de la légalisation de la marijuana, lance Yves Lambert. C’est pour contrer le marché noir, mais c’est aussi pour engraisser les amis du parti... Mais je ne suis pas contre.» Même s’il y envoie Justin Trudeau en enfer dans la chanson? «Moi, je m’entends bien avec les diables. Regardez la pochette, il y a plein de diables autour de moi. Je n’ai pas de problème avec les diables. J’ai plus de problèmes avec les pseudo âmes bien-pensantes», rétorque le sympathique chanteur, qui nous a donné du «mam’zelle» gros comme le bras pendant toute l’entrevue et qui a choisi les tentations de Saint-Antoine comme fil rouge dans la création de son nouvel album.

«C’est un thème qui a été employé par plein d’artistes de la Renaissance. C’est la tentation dans tous ses états, c’est l’humain face à ses démons. Dans la thématique de la chanson traditionnelle, ça s’applique complètement», indique-t-il.

Tendance et courant
Figure de proue de la musique traditionnelle québécoise, Yves Lambert affirme s’être libéré d’une certaine pression dans la création de Tentation. «C’est la première fois que je fais un album sur une thématique qui me dégage de mes responsabilités en tant que porteur de traditions et d’une identité, laisse-t-il tomber. Et aussi en tant qu’humain. J’avais souvent l’impression que je mettais mes couilles sur la table quand je faisais un album. Je me prêtais aux commentaires… Mais là, c’est vraiment une œuvre complètement indépendante qui me donne justement beaucoup d’indépendance. Je n’ai pas l’impression de mettre ma vie en jeu. Tsé, je suis un gars sensible…»

Loquace comme 10, Yves Lambert s’inquiète pendant l’entrevue du fait que «la tendance» surclasse désormais «le courant» dans les médias. «Oups, un petit [Hubert] Lenoir qui arrive dans toute sa fraîcheur et voilà qu’il est l’artiste majeur de la saison. C’est un jeune qui ne connaît rien et qui est complètement imbu de lui-même. C’est normal, quand [on est jeune], on est comme ça. Il a du talent, ce jeune-là...», observe le vétéran, qui déplore un manque de racines en général et qui célèbre du même souffle la vivacité d’une scène trad en pleine «effervescence».

«Il y a plein de jeunes qui en jouent et qui en jouent bien. Moi, je suis ben proche des jeunes. Il y a des recherches et des cheminements artistiques. Les jeunes sont conscients de l’importance de ça. C’est beau et esthétiquement, c’est bien. Une des belles qualités de notre musique, et ce n’est pas donné à tout le monde, c’est qu’elle est fondamentalement joyeuse. Ça fait danser, ça fait rire, ça fait se rencontrer. C’est une musique sociale et sociable. Ça, c’est une richesse.»

Entre une tournée aux États-Unis et une virée au Chili, Yves Lambert et son trio prendront part aux Rendez-vous Ès TRAD le 6 octobre, au Palais Montcalm. Il sera aussi de la tournée du temps des Fêtes Noël, une tradition en chanson, qui s’arrêtera à la salle Albert-Rousseau le 2 décembre.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Yves Lambert Trio (avec La Belle Équipe et ToKaTaNoKa)

• Quand: 6 octobre à 20h

• Où: Palais Montcalm

• Billets: 32$ (28$ pour les étudiants et les membres Ès TRAD)

• Info.: cvpv.net