Yves Duteil invite à la solidarité et à rêver d’un monde meilleur avec l’album Respect.

Yves Duteil: l’espérance au lieu du désespoir

Si l’actualité tragique et l’état de la planète peuvent en inciter plus d’un à céder au pessimisme, ce n’est pas le cas pour Yves Duteil. «J’ai eu envie de donner priorité à l’espérance, pas au désespoir, d’opposer la douceur à la violence», confie-t-il au sujet de son 15e album, Respect, composé dans la foulée des attentats de Paris de 2015.

Celui qu’on surnomme le chantre de la douceur et de la bienveillance était de passage à Québec, la semaine dernière, pour accompagner cette création qui arrive après six ans de silence. Ses fans pourront l’entendre sur scène au printemps 2019, lors d’une tournée provinciale, où Québec figure évidemment à son horaire.

En entrevue avec Le Soleil, dans un restaurant de la Grande Allée, l’homme est fidèle à ses chansons: authentique, affable, la voix chaude et empreinte de compassion. À ses côtés, sa compagne des 43 dernières années, Noëlle, la femme de sa vie, l’écoute avec un regard attendrissant. Ces deux-là s’aiment d’amour : ça se sent, ça se voit, ça s’entend.

«J’ai écrit cet album avec un sentiment d’urgence, explique Duteil. Les attentats sont venus me chercher, ça m’a interpellé.» Comme un million et demi de personnes, Duteil est descendu dans les rues de Paris pour exprimer son indignation. Il le fallait. «J’étais très ému d’être au milieu de tous ces gens, dans un rassemblement incroyablement pacifique. Il y avait une espèce de tranquillité. On savait qu’on avait besoin d’être là, sans que cela s’exprime avec des mots.»

Les chansons visant à mettre un baume sur les âmes meurtries sont nées les trois années suivantes. Paradoxalement, «la création de cet album a été un vrai bonheur. L’écriture était foisonnante. Je suis allé le plus loin dans les textes.»

Le résultat est un «puzzle musical» imprégné de sonorités venues d’Afrique et du Maghreb, aux accents de jazz, où l’auteur-compositeur-interprète invite à la solidarité et à rêver d’un monde meilleur. «Le rêve n’est pas pour moi quelque chose d’abstrait. Le rêve se construit par des projets, par des pierres qu’on met les unes sur les autres. Le rêve est la réponse à ce qu’on voudrait que le monde soit. Si on ne le rêve pas, il ne le deviendra jamais.»

Mon beau-père, ce modèle
Le chanteur de 68 ans rend également hommage à deux «personnes d’exception» qui ont croisé sa route, à commencer par son beau-père. Dans Le passeur de lumière, composée pour son 92e anniversaire de naissance, il salue ce grand amoureux des étoiles épris de liberté.

«Je n’ai pas eu beaucoup de modèles dans ma vie, mais lui, c’en est un. Il est toujours aussi passionné et conserve cette capacité d’émerveillement. À 93 ans, il est parti avec son télescope sur le dos pour aller observer le ciel dans le désert du Sahara.»

Dans La légende des immortelles, c’est à un apiculteur corse, pendant du héros tranquille de Jean Giono dans L’homme qui plantait des arbres, qu’il lève très haut son chapeau. «Son aventure, c’est de faire du miel et il fait le meilleur au monde. Il voit ses abeilles menacées par les pesticides et ça le met en colère. Car s’il y a un problème avec les abeilles et qu’elles meurent, eh bien, on n’est pas loin derrière.»

Remis de son opération
Opéré pour une valve cardiaque défectueuse, il y a trois ans, Yves Duteil savoure plus que jamais le bonheur de pouvoir continuer à vivre de son métier et à être auprès des siens. «Quand il vous arrive quelque chose de grave, vous mesurez ensuite la chance d’en avoir réchappé. Il y a une phrase que Noëlle dit: ‘‘Maintenant, je sais que le pire serait de ne pas vieillir’.’»

Il ne cache pas aussi sa joie de renouer bientôt avec le public québécois, avec lequel il vit «une grande histoire d’affection». Ses yeux s’illuminent au souvenir de sa visite à Félix Leclerc, à l’île d’Orléans, en 1985, pour lui chanter La langue de chez nous.

Sans oublier la première fois qu’il a interprété en public cette chanson fétiche, à la salle Albert-Rousseau. «Quand j’ai eu fini la chanson, il y a eu un instant de silence et toute la salle s’est levée. Ç’a été un moment fort de ma carrière. Je me souviens, en coulisses, un technicien m’avait dit [il prend l’accent québécois] : ‘‘Accroche ta tuque avec du fil de fer, ça va brasser fort…’’»