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Le célèbre auteur nous revient cette fois-ci avec <em>Pour l’amour d’Elena</em>, un nouvel ouvrage qui s’ancre à Ciudad Juárez au Mexique.
Le célèbre auteur nous revient cette fois-ci avec <em>Pour l’amour d’Elena</em>, un nouvel ouvrage qui s’ancre à Ciudad Juárez au Mexique.

Yasmina Khadra: l’humain et sa société

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Yasmina Khadra aime raconter «des histoires qui appartiennent à des peuples différents». Alors que Le sel de tous les oublis plongeait ses lecteurs dans une Algérie de 1963 fêtant son indépendance, le célèbre auteur nous revient cette fois-ci avec Pour l’amour d’Elena, un nouvel ouvrage qui s’ancre à Ciudad Juárez.

Au début des années 2000, Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, quitte l’Algérie avec sa femme pour déménager au Mexique. 

«Nous habitions dans une ville dangereuse [au Mexique]. Et comme nous sortions nous-mêmes de la guerre terroriste, nous avions besoin de nous installer quelque part où l’on pouvait se détendre et marcher la nuit sans craindre une agression ou une balle perdue», confie Yasmina Khadra, en entrevue au Soleil

S’ils n’y vivent donc que quelque temps, le voyage demeure inspirant pour l’auteur qui souhaite écrire sur son expérience dès qu’il met les pieds dans l’avion — cette fois-ci direction Paris.

Pour l’amour d’Elena est un livre tiré d’une histoire vraie, basé sur la vie de Domingo, un travailleur en restauration que Yasmina Khadra a croisé au Mexique. 

«J’avais rencontré un Algérien qui avait comme projet d’ouvrir un restaurant à Mexico. Il avait un employé qui faisait n’importe quoi pour quelques misérables sous. Ce Mexicain, il était très abîmé physiquement. Il boitait, avait la hanche déglinguée. Et on m’a raconté son histoire», souligne l’écrivain.

L’homme à tout faire avait par le passé géré une «gargote» avec sa femme et sa fille, près de Tijuana. Mais, un jour, cette dernière était portée disparue. L’épopée de ce père, qui avait dû se battre avec «un gang terrible» pour récupérer son enfant dans une maison close de Tijuana, a impressionné Yasmina Khadra, qui a tout de suite eu envie de mettre ce «courage» sur papier.

La culpabilité

Sa toute nouvelle œuvre de fiction, qu’il a rédigée il y a cinq ou six ans, porte donc sur la vie de Diego et d’Elena, deux jeunes adultes qui s’aiment inconditionnellement depuis l’enfance… Jusqu’au jour où Elena se fait brutalement violer devant Diego, qui assiste à la scène, figé par la peur et l’horreur de la situation. Une impuissance qu’Elena ne lui pardonne pas. 

Quelques années plus tard, la jeune fille disparaît sans laisser de trace. Diego, à qui elle n’avait pas adressé la parole depuis le tragique incident, se voit dans l’obligation de partir à sa recherche. À Juárez, il se perd dans l’enfer des cartels et accepte de commettre des fautes graves. Pour survivre, mais surtout pour retrouver l’amour d’Elena. 

Yasmina Khadra au Mexique. <em>Pour l’amour d’Elena </em>est un livre tiré d’une histoire vraie, celle d’un travailleur en restauration que l’auteur a croisé dans ce pays.

«[Ce livre est] l’histoire de la culpabilité. Je pense qu’aucun être humain ne peut vivre avec un cas de conscience aussi terrible. Même les criminels, au paroxysme de leur cruauté, ne font qu’oublier la toute première victime. Parce qu’elle les hante. Et, pour la surmonter, ils s’enfoncent dans la violence», estime Yasmina Khadra, qui pose l’accent, dans son ouvrage, sur l’humanité de Diego et la douleur qu’il vit.

Le «territoire maudit» qu’il met en scène dans son livre n’est donc pas la représentation du Mexique au complet, tient-il à préciser. 

«Au Canada, au Québec, aux États-Unis, en Algérie, partout, il y a des endroits enlisés dans la violence. Ce sont des zones infectées, contaminées par tellement de choses néfastes. [Dans Pour l’amour d’Elena], j’ai voulu montrer que Diego, un homme fragile, qui rêvait d’être journaliste, peut à son corps défendant devenir l’instrument d’une société. Nous sommes tous capables de tomber dans ce piège.»

Toujours l’amour

Yasmina Khadra est un romancier connu pour ses polars et ses histoires touchantes, mais aussi pour sa grande humanité. Plusieurs de ses livres, sans être «fleur bleue», portent d’ailleurs sur l’amour entre un homme et une femme et sur la relation qui les lie.

Si Pour l’amour d’Elena se concentre sur la quête de Diego, sa trame de fond baigne toutefois dans l’affection qu’il ressent pour sa douce amie disparue. 

«Quand on a l’amour entre les mains, il ne faut pas le lâcher. Même si on vient vous l’arracher, il faut se battre pour le récupérer. Diego, il est allé en enfer pour sauver son Elena», soutient l’auteur.

Il n’est d’ailleurs pas nouveau, pour Yasmina Khadra, d’accorder une place significative aux femmes dans ses œuvres. 

«Je ne fais pas d’hommage. La femme sait se battre mieux que n’importe qui. […] Dans mes livres, j’essaie de la raconter telle qu’elle est. Ce n’est pas lui faire des fleurs. C’est tout simplement reconnaître son combat, son courage, sa lucidité et son humanité», précise celui qui, en entrevues, s’est souvent porté à la défense de la condition féminine.

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UNE OEUVRE PROLIFIQUE

Mohammed Moulessehoul est un écrivain algérien qui brille sur la scène littéraire internationale depuis près de 40 ans. Il crée sous le pseudonyme Yasmina Khadra, inspiré des deux prénoms de sa femme, depuis plus de trois décennies. 

Seulement sous ce pseudonyme, il publie plus d’une trentaine d’ouvrages dont Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad, une trilogie portant sur les tensions entre l’Orient et l’Occident. Les deux premiers tomes ainsi que plusieurs autres de ses romans, dont Ce que le jour doit à la nuit, ont été adaptés au cinéma. 

Ses livres sont traduits dans une cinquantaine de pays et vendus à plus de cinq millions d’exemplaires. Ils lui ont d’ailleurs valu de nombreux prix à l’international. L’Académie française lui a notamment remis, en 2001, la Médaille de vermeil pour sa fiction L’écrivain ainsi que le Grand Prix de littérature Henri-Gal, en 2011, pour l’ensemble de son œuvre. 

En 2013, il tente de faire une entrée en politique algérienne en présentant sa candidature à l’élection présidentielle. Il n’amasse cependant pas le nombre de signatures nécessaire. 

Il préside, en 2019, le Salon international du livre de Québec.

Pour le passionné de littérature, l’écriture est une véritable «vocation» qui ne cesse de le pousser à inventer des histoires, même après des dizaines d’années de carrière. Léa Harvey