Sautant partout, arpentant les planches de long en large en courant, tournant sur lui-même, se dandinant sur les haut-parleurs ou grimpant sur la structure de la scène pour mieux haranguer la foule, Yann Perreau avait l'air branché sur le 220!

Yann Perreau survolté!

CRITIQUE / On attend de Yann Perreau qu'il offre des prestations énergiques. Son titre de bête de scène, l'auteur-compositeur-interprète l'a réclamé depuis longtemps. Peut-être parce que la fatigue commençait à se faire sentir en ce jour 10 du Festival d'été de Québec (FEQ), la tornade Perreau nous a semblé encore plus intense, samedi soir, à la place d'Youville.
Le chanteur avait pourtant commencé son spectacle tout en douceur, rendant hommage au regretté Leonard Cohen en entonnant, dans la foule, Dance Me To the End of Love. Il a d'ailleurs fallu quelques instants avant que les festivaliers le repèrent. Une fois rendu sur scène, toutefois, on ne pouvait plus le manquer : sautant partout, arpentant les planches de long en large en courant, tournant sur lui-même, se dandinant sur les haut-parleurs ou grimpant sur la structure de la scène pour mieux haranguer la foule, notre homme avait l'air branché sur le 220!
Pour ces retrouvailles avec le FEQ, qu'il a décrit comme «le festival le plus hot au monde», Yann Perreau avait prévu un programme dansant, bonifié de la présence des invités Laurence Nerbonne (qui a offert un détour dans son propre Montréal XO) et Pierre Kwenders. Catapultées en duo avec ce dernier, les pièces Faut pas se fier aux apparences et Ani Kuni (une grisante relecture de Kwenders) ont fait sauter le parterre plus que jamais. 
«En général, on fait semblant de partir et on vous fake un rappel. Mais là, je suis trop bien, je ne veux plus vous lâcher», a balancé Yann Perreau vers la fin de la soirée. Il n'a pas manqué de terminer sa visite dans l'amour : une T'embellis ma vie dans la lueur des cellulaires (et lors de laquelle il a accessoirement réclamé - et reçu! - le soutien-gorge d'une festivalière) et le classique rassembleur Beau comme on s'aime en version survoltée... Comme le reste de la prestation. 
Émile Bilodeau
Émile Bilodeau a livré une prestation musicalement solide et joyeusement pimentée.
«Il y a un seul règlement à mon spectacle : si vous connaissez les paroles, il faut les chanter avec moi. Sinon, vous êtes dehors, tabar...» a prévenu Émile Bilodeau, qui s'est produit à la place d'Youville juste avant Yann Perreau. Rassurez-vous, personne n'a été chassé du site bondé. Bien au contraire. Le jeune auteur-compositeur-interprète, qui a lancé son premier l'automne dernier, a vécu quelque chose qui ressemble à une petite consécration au FEQ.
Massés près de la scène, les fans d'Émile Bilodeau étaient nombreux et bien enclins à reprendre en choeur ses chansons. Et ce beau fou leur a rendu en mille leur enthousiasme, lors d'une prestation musicalement solide et joyeusement pimentée. Bref, à l'image de cette fringante relève chansonnière. 
«L'industrie bat de l'aile, mais quand on vit des soirées comme ça, on se dit que ça vaut la peine de continuer. Et fuck ma crise existentielle!» a-t-il crié avant de mordre dans la chanson justement titrée ainsi, au fil de laquelle il s'est adonné à toute une danse. «J'suis ben trop vieux pour faire ce métier-là!» a ensuite soufflé le chanteur... de 21 ans. 
À renfort d'interventions colorées - on a appris qu'une «blessure au haut du corps» avait freiné ses ambitions de hockeyeur : «une bedaine, en fait», a-t-il avoué - et de chansons qui déboulent et qui décoiffent, Bilodeau a soulevé son public. Le succès fondateur J'en ai plein mon cass a bien sûr récolté une forte réaction. Mais c'est la plus intime Ça va, livrée en fin de programme, qui a mérité la plus belle chorale de festivaliers. L'engouement pour Émile Bilodeau qu'on sent depuis quelques mois ne s'est pas démenti samedi, loin de là. À quand la tête d'affiche?
Raton Lover
Raton Lover a offert une entrée en matière réjouissante, bien sentie et forte en guitares.
Le groupe de Québec Raton Lover était chargé de partir le bal à la place d'Youville, alors que le soleil brillait toujours. Et il n'en était pas peu content. «C'est un immense plaisir d'être ici. Je pense qu'il n'y a pas de mot pour décrire comment on se sent. Quelque chose comme une grosse fébrilité et une drive de malade», a résumé le chanteur Simon Lachance. 
Navigant dans ses deux albums et butinant d'un instrument à l'autre, les membres de la formation ont offert une entrée en matière réjouissante, bien sentie et forte en guitares. Mister Wright, un bon vieux rock'n roll ponctué d'une anecdote des plus théâtrales, a particulièrement fait mouche. Tout comme la sympathique Le divan des coeurs brisés, interprétée en acoustique, en formation rapprochée ou cette relecture de One Way Out des Allman Brothers, rebaptisée Cadre de porte en français. L'entraînante Frencher des Françaises est venue clore le programme de chouette manière.