Elliott Landy était le photographe attitré du festival de Woodstock en 1969 et quelques-uns de ses plus célèbres clichés ornent le foyer de la salle Thompson pour la durée de la présentation de American Story Show 2. Les années Woodstock. Le célèbre artiste était présent à Trois-Rivières pour la première du spectacle le 2 août dernier.

Woodstock: Elliott Landy, témoin privilégié d’une époque

TROIS-RIVIÈRES — Les photos les plus célèbres du festival de Woodstock en 1969, on les doit à Elliott Landy, un photographe américain parmi les plus connus et aimés du XXe siècle. Cinquante ans plus tard, l’artiste est toujours actif et célèbre avec un évident plaisir le cinquantenaire de l’événement à travers, notamment, la commémoration trifluvienne.

Malgré son immense réputation, l’homme est d’une gentillesse et d’une modestie exceptionnelles. On peut en témoigner pour l’avoir rencontré lors de la première du spectacle American Story Show 2. Les années Woodstock le 2 août dernier alors qu’il avait été invité par les producteurs. Ses clichés ont marqué le monde de la musique puisqu’une importante partie de sa production professionnelle, dans les années 60 et 70, s’est concentrée sur l’industrie de la musique. Ses photos de spectacles ont notamment été reproduites pour illustrer les précieuses pochettes des disques vinyles de l’époque.

Pourtant, dès les années 70, Landy a vu sa carrière prendre une tout autre tangente, loin de la musique. Il s’est consacré à une production tournée vers des photos de sa propre famille, de paysages, d’actualité ou encore de célébrités mais aussi l’exploration de nouvelles avenues comme des innovations technologiques rapprochant son travail de photographe de celui de cinéaste. «Je me considère davantage comme un artiste dans une acceptation large du terme que comme un simple photographe, explique-t-il. Je ne renie cependant rien de ce que j’ai fait, notamment à Woodstock. En fait, je revois mes photos du festival et il y en a plusieurs qui me procurent encore un profond plaisir.»

C’est d’ailleurs lui qui a suggéré aux gens de Musicor, producteur du American Story Show 2. Les années Woodstock, les clichés agrandis qui ornent les murs du foyer de la salle Thompson. «Je me souviens avoir pris 76 rouleaux de film lors du festival et je dirais qu’il y avait peut-être 150 photos de vraiment bonnes. Qu’est-ce qui fait que j’aime une photo? C’est une question d’harmonie visuelle mais surtout, d’émotion: c’est ce que ces photos suscitent en moi quand je les regarde. Encore aujourd’hui, ce sont des clichés dont je suis fier et que je regarde avec grand plaisir. C’est le genre d’images qui vous frappent quand vous les voyez et qui vous font dire : «Wow! Ça, c’est une bonne photo.»

 Elliott Landy

Landy l’a souvent confié en entrevues, il n’avait pas conscience de vivre des moments historiques à Woodstock. «Personne qui était là n’aurait pu le dire. C’était un festival de musique, tout simplement. Le succès a évidemment été énorme mais je suis sûr que personne n’aurait pu prévoir qu’on en parlerait encore 50 ans plus tard. En ce qui me concerne, j’étais le photographe attitré alors, j’étais au travail; je ne portais pas tellement attention au contexte général. J’étais au bord de la scène, parfois même en dessous d’elle pour me protéger de la pluie, et j’étais dans le moment présent à chercher des angles de vue intéressants. C’est tout. J’étais un travailleur de l’ombre en quelque sorte. Ce sont mes photos qui sont devenues célèbres, pas moi. Les gens connaissent mes images mais pas mon visage et ça me convient très bien.»

S’il n’en était pas conscient à l’époque, le recul lui a permis de comprendre ce qui a conféré un côté intemporel à ce festival dont il a si brillamment témoigné. «C’était le symbole d’une époque extraordinaire. Ce sont ces années-là qui ont mis de l’avant l’idée que la femme est l’égale de l’homme, on croyait que les gens pouvaient s’aimer les uns les autres sans conflit et qu’on pouvait gommer les différences raciales. Les individus cherchaient des façons d’être en contact profond avec eux-mêmes dans une recherche d’une vérité profonde et universelle. Quand on célèbre Woodstock, c’est un hommage à toute la contre-culture des années 60 qu’on rend et je trouve ça vraiment bien.»

«Cinquante ans plus tard, on voit bien que le monde a changé et pas pour le mieux. La venue de Donald Trump à la présidence nous fait mesurer à quel point on est loin des aspirations de l’époque. Ça ne veut pas dire qu’on a échoué: ça veut simplement dire que le chemin pour y arriver est plus long qu’on ne le pensait. C’est tout. Il y a énormément de gens qui ont encore les mêmes aspirations aujourd’hui et qui y travaillent.»

«Je ne dirais pas qu’il y a des raisons d’être optimiste aujourd’hui, mais plutôt, comme le veut la formule connue, qu’il n’y a pas de raison de ne pas être optimiste.»

Sa propre attitude en témoigne, en quelque sorte. Le photographe en lui demeure constamment à l’affût d’une beauté à emprisonner dans un cliché. «Ce n’est pas que je suis tant à la recherche de la beauté: c’est plutôt elle qui me frappe quand je la vois. J’ai d’ailleurs tendance à dire que ce ne sont pas MES photos, mais la captation d’une beauté qui ne m’appartient pas en propre.»

L’ironie des photos archicélèbres de Woodstock, c’est que malgré leur immense diffusion, elles n’ont pas rendu le photographe riche. «Le contrat pour Woodstock a été scellé par une simple poignée de main et je n’ai jamais été payé. J’ai tiré un certain revenu d’appoint de la vente des photos par la suite, mais j’attends toujours qu’elles me rendent riche! Elles ont circulé très librement. C’est O.K.; c’est la vie. Même si je suis passé à autre chose dans ma carrière par la suite, je suis encore heureux de partager ces photos. Elles sont bonnes et elles parlent des années 60 qui me fascinent toujours. Je vibre encore aux valeurs de cette époque et sa musique me fait toujours autant d’effet.»