Wolf Parade a joué avec beaucoup de conviction malgré la faible foule.

Wolf Parade: triompher dans l'adversité

CRITIQUE / La nostalgie de l'ouverture du 50e Festival d'été de Québec a fait place au rock alternatif canadien, vendredi soir, au parc de la Francophonie. L'affiche qui réunissait Wolf Parade, The New Pornographers et Plants and Animals n'a pas suscité l'intérêt attendu. De toute évidence, une masse des festivaliers avait plutôt choisi d'aller voir Kendrick Lamar sur les Plaines. Tant pis pour eux.
Avec un parc au tiers plein, en étant généreux, le contraste était saisissant avec la veille alors que le site au pied de l'Assemblée nationale affichait complet. Il faut dire que Wolf Parade, en pause depuis plus de cinq ans, s'était un peu fait oublier. Le groupe de Dan Boeckner (guitares et voix), Dante DeCaro (guitares), Spencer Krug (claviers, voix) et Arlen Thompson (batterie) n'a pas ménagé ses énergies pour se faire pardonner.
La formation montréalaise a évidemment puisé abondamment dans Apologies to the Queen Mary (2005), son marquant premier album, notamment une très réussie Shine a Light. Mais le quatuor n'a pas hésité à jouer de nouvelles chansons que Boeckner nous a présentées à chaque fois... sans les nommer. C'est un genre.
Peu importe. Leur rock mélodique et énergique a cette particularité d'être distinctif tout en s'appropriant des influences variées. Boeckner et Krug, dont les voix s'harmonisent en douceur, ont échangé les tours de chant avec beaucoup de bonheur. Sans dire que ça se tirait partout à l'avant-scène, les admirateurs du quatuor ne ménageaient pas leur énergie sur des morceaux plus rythmés comme Language City, longuement applaudi.
Wolf Parade a évidemment bâti sa prestation en crescendo. Avant de quitter la scène, les gars ont un peu plus appuyé sur le champignon, au grand bonheur des festivaliers. La version étirée de Kissing the Beehive, avec son mélange de guitares explosives et de claviers hypnotisants, a clos la prestation avec un solide jam: les rockers se sont fait plaisir.
Wolf Parade a joué avec beaucoup de conviction malgré la faible foule. On appelle ça triompher dans l'adversité.
The New Pornographers
Il y avait un bail, sauf erreur, qu'on avait vu les New Pornographers à Québec. Après des débuts fracassants, le supergroupe de Vancouver n'a pas depuis réussi à s'élever au-dessus de la mêlée comme on aurait pu s'y attendre avec son pop-rock contemporain. Les chansons sont bonnes, avec des mélodies agréables, mais ça manque toujours de «oomph», comme ils disent dans le ROC.
Ce n'est pas la performance de vendredi soir qui va nous convaincre du contraire. Le septuor était sur le pilote automatique, livrant une performance statique, sans véritable interaction avec le public, qui restait indolent. Ou, au mieux, qui dodelinait en suivant le rythme.
J'ai toujours adoré la voix cristalline et poignante de Neko Case, mais elle était un peu enterrée par une balance de son indistincte - un peu à l'image du tour de chant du groupe, qui a pigé dans chacun de ses sept albums. Les choses se sont améliorées au fur et à mesure, mais sans réussir à séduire.
C'était très canadian, finalement : du rock propret et poli, sans un poil qui dépasse. Beau, mais pas très excitant. Ça s'est d'ailleurs terminé dans une indifférence presque générale. Dommage.
Plants and Animals
À défaut d'une immense foule en délire - la pluie en début de soirée en fait hésiter plusieurs -, Plants and Animals célébrait l'anniversaire du chanteur-guitariste Warren Spicer. Le trio montréalais a d'ailleurs offert une prestation à la hauteur de sa réputation scénique, alternant entre les morceaux rentre-dedans et son folk-rock plus atmosphérique.
Beaucoup de respect à un groupe qui a offert malgré tout un tour de piste où l'exécution fluide était accompagnée du plaisir évident de jouer. Très sympathique.
***
Liste des chansons de Wolf Parade
You Are a Runner and I Am My Father's Son
Soldiers Grin
Fast B
Ed's
Dear Sons And Daughters Of Hungry Ghosts
Fine Young Cannibals
GBV
Shine a Light
Medley
Language City
This Heart's On Fire
I'll Believe in Anything
Kissing the Beehive
Dinner Bells