Antoine Bélanger incarne un Werther affligé de mélancolie. Quant à Julie Boulianne, il faut attendre après l’entracte pour que le rôle de Charlotte lui offre des airs avec davantage de souffle et d’éclat.

«Werther»: si près de l’envolée

CRITIQUE / Magnifique occasion de faire briller les musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec, l’opéra «Werther» s’est avéré être un mandat autrement plus ardu pour les chanteurs. Malgré la justesse du chant et des sentiments interprétés, les voix peinaient à nous faire pleinement ressentir les tourments de leurs personnages, surtout en première partie.

Il faut dire que le caractère domestique (peu de personnages principaux et des scènes d’intérieur) de l’opéra de Massenet ne se prête pas à de grandes envolées. Même les chants de Noël des enfants y résonnent comme un cruel rappel de la douleur de l’existence. Le parti-pris du metteur en scène Bruno Ravelia a été de représenter chaque personnage comme étant bon et sincère, ce qui, malheureusement, atténue les tensions et les doutes qu’il y aurait pu y avoir sur les intentions des personnages.

Le triangle amoureux formé de Charlotte (Julie Boulianne), Werther (Antoine Bélanger) et Albert (Hugo Laporte) n’a pour tout obstacle à son bonheur que la fatalité et un amour vrai contrecarré par le devoir. 

Antoine Bélanger incarne un Werther affligé de mélancolie, même lorsqu’il regarde jouer les enfants d’un regard attendri. Bien naïf serait celui qui le croirait lorsqu’il clame qu’il va bien, tant il est consumé par la douleur et le désir. Vocalement, il s’avère brillant pour porter les notes plus haut perchées et méticuleux devant la complexité des lignes mélodiques. Son Rodolfo, dans La Bohème, était toutefois beaucoup plus touchant.

L’agilité pétillante que Julie Boulianne avait pu démontrer dans Le Barbier de Séville est étouffée dans le rôle de Charlotte, qui ne lui offre que des phrases courtes au timbre bas, reflétant la tempérance exemplaire du personnage. Il faut attendre après l’entracte pour que le rôle lui offre des airs avec davantage de souffle et d’éclat.

Magali Simard-Galdès livre une Sophie lumineuse et Hugo Laporte, un Albert confiant.

Le drame est présenté dans un écrin ravissant, créé par Leslie Travers à l’Opéra national de Lorraine.

Dans l’ensemble, malgré quelques beaux moments, il semble toutefois toujours manquer un certain éclat, du volume, et une prononciation plus affirmée. Il faut régulièrement jeter un oeil aux surtitres même si le livret est écrit en français et que la troupe est formée d’interprètes francophones.

Le drame est présenté dans un écrin ravissant, créé par Leslie Travers à l’Opéra national de Lorraine. Elle a imaginé des murs magistraux, sertis de projections qui donnent l’impression qu’une tapisserie luxuriante, puis tumultueuse, enveloppe la pièce. Les éclairages en clair-obscur, combinés aux poses des personnages, donnent souvent l’impression de se trouver devant des toiles du Caravage. 

Ça fonctionne bien pour les chant existentiels, mais un peu moins pour la scène où Schmidt (Éric Thériault) et Johann (Dion Mazerolle) trinquent joyeusement, au sommet des murs. À certains moments, le choix de conserver le même décor même si l’on passe d’un lieu à l’autre crée une certaine confusion. Sommes-nous au salon, au jardin, dans la maison de l’un ou de l’autre? Mystère. Certains gestes, comme celui que fait Albert lorsqu’il comprend que Charlotte va rejoindre Werther, sont tout aussi indéchiffrables.

Heureusement il y avait la musique, la fabuleuse musique, qui porte toute l’émotion et la complexité du drame. Ce qui se passait dans la fosse, sous la direction élégante et transportée de Jean-Marie Zeitouni, éclipsait tout le reste.

Werther sera de nouveau présenté les 23, 25 et 27 octobre à 20h au Grand théâtre. À noter que ce sera Jean-Michel Malouf qui dirigera les musiciens les 23 et 25.