Le bas de l’installation extérieure «La beauté sauvera le monde», sur le mur arrière de la Bordée
Le bas de l’installation extérieure «La beauté sauvera le monde», sur le mur arrière de la Bordée

Wartin Pantois: de la cité au théâtre

Wartin Pantois pose ses œuvres dans l’espace urbain pour attirer l’attention des passants sur les luttes citoyennes et les enjeux de société qui les entourent. Par sa main, des personnages apparaissent sur les murs extérieurs des édifices et des tentes de migrants diffusant des confidences poussent sur les places publiques. À mi-parcours d’une résidence au théâtre la Bordée, l’artiste nomade nous parle de son année à domicile.

Après La beauté sauvera le monde, une première collaboration sur le mur arrière du théâtre du quartier Saint-Roch où une foule tend les bras pour attraper un homme en complet qui chute du haut de l’édifice, Wartin Pantois a lancé, un peu à la blague, l’idée de faire une résidence. La proposition fut retenue, et l’artiste doit créer une œuvre in situ pour chacune des productions du théâtre où il est abonné depuis une dizaine d’années.

La résidence implique cinq cycles de création en neuf mois, une série de sprints où Wartin Pantois entend explorer d’autres avenues que le collage photographique auquel on l’associe souvent.

Inspiré de la pièce Lentement la beauté, La Répétition se déployait sur la façade du théâtre au début de l’automne. «En utilisant les fenêtres, je voulais faire une transition entre mon travail dans l’espace public et celui de ma résidence. On pouvait voir l’œuvre de l’intérieur et de l’extérieur, parce que les personnages étaient translucides», explique Wartin Pantois. L’image en taille réelle du travailleur incarné par Hugues Frenette se démultipliait, en noir et blanc, sur du papier calque. Le procédé permettait d’explorer le sentiment d’effacement, en l’enveloppant d’une certaine douceur, tout en créant un effet saisissant à la nuit tombée.

«La Répétition», installation présentée pendant «Lentement la beauté»

Peu à peu, l’artiste quitte l’espace urbain pour laisser sa marque sur les murs intérieurs de l’édifice. Pour Famille, qui accompagnait Hope Town, Wartin Pantois a utilisé des enseignes lumineuses pour constituer le portrait d’un clan. Les fils électriques entremêlés, au bas des boîtes, illustraient les liens complexes entre les personnages.

Il a choisi d’aborder les pièces comme il aborde habituellement les problématiques sociales. «Le matériel de départ est fictif, mais j’utilise la même méthode. Je fais une recherche, des lectures documentaires, je fouille dans l’actualité, puis je multiplie les rencontres, je pose des questions.» Ses enquêtes citoyennes sont devenues des enquêtes philosophiques, où des comédiens, metteurs en scène et scénographes, plongés en plein travail artistique, acceptent de partager leurs réflexions et de nourrir la sienne. «Je suis attentif à ce que la pièce va me faire vivre, indique-t-il. J’ai besoin d’une petite flamme affective pour me mettre à créer.»

«La Famille», installation présentée pendant «Hope Town».

Pour Inconsolation, qui accompagne Les mains d’Edwige au moment de la naissance qui prendra l’affiche en janvier, il va peindre, en noir et blanc, un triptyque empreint de tristesse et de renoncement. «La peinture au pinceau est un médium très intérieur, note-t-il. Pour moi, arriver à l’état qu’il faut pour peindre, c’est très long.»

La scène représentée ne fait pas partie de la pièce. C’est une extrapolation, qui répond à la question «Et si Edwige faisait ce qu’on attend d’elle?» Il a réfléchi aux attentes parentales et aux attentes de la société, a imaginé une disposition qui n’est pas sans rappeler les toiles de Francis Bacon (en triptyque et avec des ouvertures vers des zones sombres). «Ça ressemblera au style rough de l’installation que j’avais faite en Allemagne, pour représenter des ouvriers», illustre l’artiste.

Une première image d'Inconsolation, le triptyque qui accompagnera Les mains d'Edwige au moment de la naissance

Wartin Pantois a déjà des idées pour la pièce Rouge, qui s’intéresse à la relation entre le peintre Mark Rothko et son assistant, «sur les tensions entre deux personnes qui veulent avoir leur singularité». Il pense utiliser des bâcles et des cordes pour créer des sculptures et intégrer, peut-être, une dimension audio, si les comédiens acceptent de se prêter au jeu.

Le sujet de Made in beautiful (la belle province), l’invite à retourner vers l’extérieur, pour terminer son immersion théâtrale et retrouver l’espace urbain. Quant à son prochain projet, l’artiste qui cultive la surprise laisse tomber qu’il y aura une suite à La beauté sauvera le monde. Il faudra ouvrir l’œil.

L’installation extérieure «La beauté sauvera le monde», sur le mur arrière de la Bordée