Le Concert amplifié offert par les musiciens de l'Orchestre symphonique de Québec, qui étaient installés sur une structure en V à quatre niveaux.

Voyage expérimental symphonique

CRITIQUE / L'orchestre symphonique de Québec s'est lancé dans un voyage expérimental avec le Concert amplifié, un concept imaginé par Daniel Gélinas. Lumières, fumée, décor, projections et sonorisation ont donné à l'orchestre une nouvelle ampleur, sans le faire dévier de sa mission première: faire connaître les oeuvres du répertoire.
Alors que le rideau est fermé et que les lumières s'éteignent dans la salle, on entend les premières notes de Mars de la série Les Planètes, de Holst. La sonorisation permet d'entendre très clairement le son des archets qui glissent sur les cordes. Puis le rideau se lève sur l'orchestre, installé sur une structure en V à quatre niveaux. Chaque musicien est plus visible, la structure de l'ensemble - cordes, percussions, instruments à vent - devient limpide. Les tissus texturés qui enveloppent l'imposante structure scénographique scintillent sous les éclairages et donnent l'impression que l'orchestre est juché sur un cristal, catapulté sur Krypton. 
Lorsque l'orchestre se met à jouer de toute sa puissance, heureusement, la sonorisation s'ajuste. Sauf peut-être pour le début de Montagues et Capulets de Prokofiev, on entend chaque groupe d'instruments plus fort qu'à l'habitude sans être pour autant assourdi. Comparativement à un concert normal, l'expérience donne l'impression d'être passé d'un cinéma maison à une salle de cinéma.
Le tout aurait pu être clinquant et étouffer la musique, mais le flamboiement était contenu et réfléchi. Du rouge et des faisceaux lumineux pour Mars; des jets de fumée (de circonstance) pour la finale de Ouverture 1812 de Tchaikovsky; des ballons, des bracelets et des lutrins clignotants comme des feux d'artifices pour Oiseau de feu de Stravinsky.
On s'est questionné sur le choix de baisser le rideau en nous laissant méditer sur l'image d'un chandelier à sept branches pendant l'Adagio du Quatuor de Barber, et on commençait à être légèrement étourdi par les lumières tournoyantes de La chevauchée des Walkyries, de Wagner mais sinon, dans l'ensemble, l'habillage était cohérent.
Le chef Stéphane Laforest a dirigé avec aplomb cette expérience multimédia et symphonique. Il a fait rire la foule pendant ses interventions qui auraient méritées d'être plus resserrées - tant par rapport aux cabotinages qu'aux discours sur les mérites de la musique - mais qui avaient le mérite de mettre la plupart des spectateurs à l'aise et de les informer des pièces qui étaient jouées.
Réinventer l'orchestre
On le voit bien cette année: l'OSQ entend se réinventer. Plus seulement avec des concerts pop, mais avec des concepts uniques. Il y a tout un monde entre la création d'une oeuvre actuelle comme Voir dans le vent qui hurle... au Musée des beaux-arts du Québec et le Concert amplifié, mais les musiciens s'en sortent chaque fois avec aplomb, professionnalisme, flexibilité et passion.
Personnellement, j'ai pris goût aux concerts où la musique prend toute la place, où le décorum discret permet d'apprécier la subtilité d'une sonate, les multiples humeurs d'un instrument, le souffle et la précision d'un ensemble. 
Je ne sais pas si ceux qui sont venus voir l'OSQ pour la première fois samedi auront envie de revenir aux concerts réguliers, mais si l'expérience a permis à plus de gens de développer un lien avec leur orchestre symphonique, elle en valait certainement la peine. 
Le spectacle était présenté une seule fois samedi soir au Grand théâtre de Québec.