Voyage chez les Surréalistes à la galerie AMF

Rêvez-vous d’acquérir un Miró, un Ernst ou un Magritte? À moins d’être fabuleusement riche, c’est impossible, vous dites-vous. Le jeune galeriste Alexandre Motulsky-Falardeau prend le pari de prouver le contraire aux collectionneurs de Québec, en présentant un lot d’œuvres sur papier faites par des artistes surréalistes, cubistes et dadaïstes se détaillant entre 500$ et 2000$.

L’exposition qu’il propose depuis jeudi s’intitule Voyage au pays des surréalistes, des cubistes et des dadaïstes. Eaux-fortes, gravures sur bois, lithographies, livres d’art occupent la moitié de la galerie. Dans l’autre, les œuvres de Louis Boudreault et d’André-Philippe Côté et les trois tables d’Yves Klein donnent un aperçu de l’inventaire régulier du galeriste.

Il a choisi de commencer la visite par les objets les plus rares. Il attire notre attention sur un des 100 exemplaires signés du livre Tracer sur l’eau, de Juan Miró. Neuf cent autres exemplaires, non signés ceux-là, ont été tirés d’une seconde réimpression. On y retrouve des reproductions d’aquarelles du célèbre artiste espagnol, à qui le Musée national des beaux-arts du Québec consacrera une exposition l’an prochain, et une photolithographie qui fait la couverture du volume. Une page, encadrée, porte la signature rouge, aux traits funambules, de l’artiste. Le coffret devrait aussi contenir une eau-forte originale en double-page, mais comme cette pièce maîtresse a depuis très longtemps été séparée de l’ensemble, le galeriste ne verrait pas d’inconvénient à laisser partir les autres œuvres à la pièce. Deux œuvres du plasticien hongrois Victor Vasarely, «plus près du design, mais il est de la même époque que les Surréalistes», souligne le galeriste, sont placées au-dessus du livre.

Dans les deux fenêtres trôneront deux immenses lithographies de Jean-Paul Riopelle, datant de 1972: Suite guerrière et Suite à l’année verte. «Elles sont emblématiques d’une période qui a fait sa renommée, alors qu’il était à Paris. Elles sont plus universelles que les œuvres qui ont suivi, et qui mettent en valeur les symboles de la nature québécoise», soutient Motulsky-Falardeau, qui s’est plongé dans des recherches fastidieuses pour recueillir des informations sur ces gravures européennes.

Suite guerrière de Riopelle

Une œuvre de Haïm Kern est la seule qui était toujours contenue dans le très grand livre Bonjour Max Ernst, dont le texte est signé Louis Aragon. Le texte aussi est là, soigneusement placé dans l’alcôve de la galerie.

Un (rare) livre-objet de Magritte, Aube à l’antipode, paru aux éditions du Soleil noir, porte la signature de l’artiste et contient plusieurs de ses dessins aux traits délicats ainsi qu’un texte d’Alain Jouffroy intitulé Carnets de bord tenus sous forme de notes analogiques expéditives.

Outre ses trois morceaux livresques, un mur contient un intéressant assemblage d’œuvres sur papier, petits formats, de Vieira Da Silva, d’André Masson, de Roberto Matta, de Man Ray, d’Henri Goetz, de Calder, de Jacques Villon, de Jean Arp, de Max Ernst, d’Ossip Zadkine… 

«Je ne veux pas être un musée», dira plusieurs fois le galeriste au cours de l’entretien. «On retourne dans le passé, l’intérêt n’est pas le même que pour des artistes vivants, mais je trouverais dommage que les gens de Québec passent à côté de ça.» 

Le mur du fond contient des œuvres magnifiques de l’artiste cubain Wifredo Lam, qui accompagnaient Contre une maison sèche de René Char. À titre d’exemple, son tableau La jungle fait partie de la collection du MOMA. Si les œuvres sur papier sont moins fournies, on reconnaît toutefois distinctement son style et l’étrangeté éclatée qui caractérise son imaginaire.

L’exposition inaugurée jeudi se poursuit jusqu’au 11 novembre au 1, côte Dinan, Québec. 

Info: www.galerieamf.com