Le groupe en prestation au Festival Jonquière en musique en 2014

Voïvod: 35 ans d’apocalypse

Voïvod célèbre ses 35 ans avec un nouvel album-concept, «The Wake», qui sortira le 21 septembre. L’irréductible batteur Michel «Away» Langevin, qui dessine aussi les pochettes du groupe, nous raconte cette nouvelle plongée psychédélique, spirituelle et intergalactique, tout en revenant sur l’histoire du groupe québécois qui a conquis la planète métal.

Nourrie par l’énergie des deux petits «nouveaux» — Daniel «Chewy» Mongrain, qui est tout de même là depuis 2008, et Dominique «Rock» Laroche, qui s’est joint au groupe en 2014 — et l’imaginaire déjanté de Denis «Snake» Bélanger, cette nouvelle offrande a une certaine ressemblance avec les premiers albums de Voïvod. 

«Il y a un côté fusion, plus compliqué, des partitions plus élaborées, ce qui me force, en tant que batteur, à être plus progressiste. Ça reste du thrash metal à la Voïvod, mais avec un retour à certains sons de Dimension Hatröss, notre album de 1988 [qui fait partie de la liste des 100 meilleurs albums métal de tous les temps du magazine Rolling Stones] et Nothingface de 1989», expose Michel Langevin. 

Snake, qui chante et écrit les paroles, a imaginé une histoire où les catastrophes qui frappent la planète chambardent les croyances religieuses et les structures politiques. «Ensuite, ça  devient plus spirituel, puis intergalactique. Ça donne l’impression de faire un long voyage», expose Langevin.

«On a travaillé fort pour faire revenir des thèmes musicaux, les réarranger différemment. La finale de l’album les reprend tous et dure un bon 12-13 minutes, ajoute-t-il. Snake chante des bouts de chansons sur la musique d’autres chansons, ça a été un bon casse-tête, un bon deux ans de travail. C’était intense, mais vraiment motivant.»

Le vidéoclip du premier extrait, Obsolete Beings, entremêle des images de leur spectacle de cet été au festival Jonquière en musique et de leur tout premier spectacle, au même endroit, en 1983. Le groupe boucle la boucle dans un vortex musical élaboré.  

Au Festivent

Les vétérans joueront au Festivent, samedi soir, où ils sont en tête d’affiche sur la scène Hydro-Québec. «On est bien contents de retrouver Metalord, qu’on a beaucoup aimé lorsqu’on a joué avec eux sur les Plaines, avant Metallica», note Langevin. Le spectacle leur permettra de faire un survol de leur vaste répertoire. «On rafraîchit notre setlist pour la tournée européenne, donc on aura de nouvelles-vieilles pièces, qu’on va réapprendre», annonce Langevin. 

Seulement en septembre et octobre, Voïvod jouera 36 fois dans 20 pays d’Europe. «Une des raisons qui fait que je continue de faire de la musique année après année est que j’aime voyager», indique Langevin, qui vit de ses dessins six mois par an. «De nouveaux territoires s’ouvrent au métal comme la Chine et l’Inde. On a commencé à aller en Amérique du Sud, où le métal est très fort.» Le retour en force du thrash metal ces dernières années leur permet de rejouer avec des groupes avec qui ils tournaient dans les années 80, comme Exodus, Megadeth et Testament. «On est toujours un peu surpris d’être encore en tournée toute la gang.»

Chacun des membres de Voïvod joue aussi avec d’autres formations (Aut’Chose pour Langevin), mais le groupe métal reste un port d’attache privilégié. «Des gens nous suivent depuis les tous débuts sont devenus des amis. Quand on fait le tour de la planète, c’est comme aller visiter une grande famille.»

Une famille qui s’arrache les CD, les vinyles et les 7 pouces du groupe : «C’est surprenant à quel point on vend d’albums physiques en tournée. Les gens veulent les objets. On sort le prochain vinyle en six couleurs différentes. On sait que certains fans vont commander les six!»

Voïvod jouera au Festivent le samedi 4 août à 21h, sur la scène Hydro-Québec.

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POCHETTES ET MASCOTTE

Le batteur Michel Langevin a fait toutes les pochettes de Voïvod, d’abord à l’acrylique, puis sur ordinateur. Il fait aussi beaucoup de dessins à l’encre en tournée. «En général, ça finit dans nos livrets et nos vidéos», note-t-il. Il les rassemble aussi dans des monographies. La prochaine sera publiée aux Éditions Espoir en canne, en 2019.

Cet intérêt pour l’illustration est né à l’adolescence, «au temps où on achetait un album parce qu’on aimait la pochette». «Ça m’est arrivé avec le premier d’Iron Maiden. En voyant l’image, tout à coup, c’était mon band préféré. Et en arrivant chez moi, quand j’ai mis le disque, la musique était exactement comme je l’avais imaginée. Tout était interconnecté, ça m’a beaucoup influencé», raconte-t-il.

Comme Megadeth et Iron Maiden, Voïvod a eu sa mascotte, un chevalier vampire androïde de l’ère post-nucléaire, inspiré du roman Dracula de Bram Stoker et nourri par l’imaginaire de la Guerre froide et les préoccupations de plus en plus vives pour l’avenir de la planète. «J’ai créé le personnage quand je voulais être dessinateur pour le magazine Métal Hurlant, et Snake lui a donné un côté plus punk», souligne Langevin.

S’ils ont déstabilisé les amateurs de trash metal à leurs débuts — «On s’inspirait de la Guerre froide et on amenait ça dans des histoires de science-fiction, ça les a débalancés», se souvient Langevin — au bout du compte, ce parti-pris les a aidés à se distinguer.

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EN RAFALE

Votre plus beau souvenir de spectacle : «Avec Rush, au Forum de Mont-réal en 1990. Quand on a fait la chanson Astronomy Domine de Pink Floyd, la foule a chanté plus fort que la musique, ça a vraiment été un moment marquant.»

La chanson à oublier : «Sur l’album Dimension Hatröss, on avait ajouté la chanson Batman. Celle-là, peut-être que je l’enlèverais dans une prochaine édition.»

La chanson dont vous ne vous lassez pas : «Sur le EP Post Society, la chanson We Are Connected. C’est un remerciement à ceux qui écoutent Voïvod et à nos amis. Chaque fois que je la réentends, je la trouve pas mal bonne.»

Les moments plus tragiques : «Le décès de Denis D’Amour du cancer en 2015, qui était vraiment notre mentor depuis le début. En 1998, on a aussi fait un accident, en Allemagne, le bus dans lequel on était a fait cinq tonneaux. Le chanteur a été éjecté et cinq personnes ont été blessées. Nos activités ont cessé de façon abrupte et ça m’a fait réaliser que tout pouvait s’arrêter du jour au lendemain.»

Le plus beau moment hors scène : «Il y a deux ans, on est allé à Mexico City faire un festival. On est allé escalader les pyramides du Soleil et de la Lune et rendu en haut, ça a été vraiment un beau moment pour moi.»