La mezzo-soprano Mireille Lebel, Bernard Labadie à ses côtés, a chanté six airs, en se glissant tour à tour dans la peau de Jules César, de Rinaldo, de Ruggiero et de Ariodante

Violons du Roy: tout est bien qui finit bien

CRITIQUE / La saison des Violons du Roy se termine sur une belle note, envers et contre tout. Le désistement (à regret) de Magdalena Kožená aura permis au public de Québec de voir briller une autre étoile, Mireille Lebel, alors que la tournée de l’orchestre baroque en Amérique latine aura bel et bien lieu la semaine prochaine.

«Lundi on partait, mardi on ne partait pas, mercredi on partait, jeudi on ne partait pas, vendredi on partait, et c’est resté comme ça», a résumé Bernard Labadie en début de concert. Ce sera finalement la soprano russe Julia Lezhneva, «qui a une carrière fulgurante depuis son succès aux Classical Brit Awards à Londres en 2010», soulignent les Violons, qui accompagnera l’orchestre à l’étranger. M. Labadie dirigera les concerts du 9 juin à Mexico et du 13 juin à Bogota, alors que Mathieu Lussier dirigera le concert du 11 à São Paulo. Il s’agira du 10e concert de l’orchestre au Mexique et de leurs débuts au Brésil et en Colombie.

Au pied levé

La mezzo-soprano Mireille Lebel a accepté au pied levé de remplacer Mme Kožená pour les concerts de Québec et de Montréal; un geste courageux, dont la jeune femme s’est acquittée avec beaucoup de passion et de brio. Elle a d’ailleurs été abondamment applaudie par le public, mais aussi par les musiciens, qui ont battu de l’archet sur les lutrins pour saluer son interprétation de l’unique air de Vivaldi au programme.

Outre cette exception, c’était un concert «tout Handel». Bernard Labadie était, évidemment, au sommet de son art pour diriger ce répertoire, qui demande autant de prestance que de passion fébrile. Pendant les deux Concertos grosso (celui en ré majeur et celui en si bémol), on a pu goûter toute l’élégance et l’agilité des Violons, menés de main de maître par la première violon Pascale Giguère. Les acrobaties des archets avaient tout d’une danse, fascinante, complexe et pourtant, presque aérienne.

Mireille Lebel a chanté six airs, en se glissant tour à tour dans la peau de Jules César, de Rinaldo, de Ruggiero et de Ariodante, tous des héros altiers à l’âme chevaleresque. Dès le premier froncement de sourcils, la belle nous a démontré qu’elle savait incarner les guerriers, les vengeurs et les amoureux désespérés. Regards, élans, secousses du pied, tout y était. Sa voix s’est déployée lentement, par couches, se prêtant aux notes rapides et répétées, aux passages plus sinueux, aux élans éclatants, jusqu’à devenir totalement éblouissante dans le dernier air, Scherza infida d’Ariodante, qui nous a donné des frissons.

Ce programme sera présenté à mercredi Montréal, à la salle Bourgie.