La soprano Hélène Guilmette a la voix lumineuse, avec un léger frémissement qui active nos cordes sensibles.

Violons du Roy: magnifiques magnificats

CRITIQUE / Pour ouvrir leur 36e saison, les Violons du Roy et la Chapelle de Québec ont osé un programme triple : trois Magnificats, écrits par trois membres de la famille Bach. Un déploiement grandiose, avec moult changements de tons, de rythmes, de patines et de lumières.

Œuvres religieuses, les Magnificats sont inspirées de l’épisode biblique de la Visitation, quand la Vierge Marie, qui vient d’avoir l’annonce de l’ange Gabriel, rend visite à sa cousine Élisabeth. On délaisse toutefois bien vite le texte en latin et sa traduction; qui s’avère être une charpente de mots tout simples sur laquelle s’appuient les déferlements de virtuosité des compositeurs. 

Apposer l’une à la suite de l’autre ces variations sur le même thème de la famille Bach, le père et deux de ses (20!) fils, exerce inévitablement notre esprit d’analyse. On compare les techniques et le style de chacun, en se permettant parfois de mettre l’esprit cartésien de côté pour se laisser gagner par la beauté des airs et l’enthousiasme contagieux du chef Jonathan Cohen, qui dirigeait debout ou au clavecin en chantant avec entrain.

Le concert s’est amorcé avec le Magnificat du père, Johann Sebastien, celui à qui on réfère généralement lorsqu’on dit Bach tout court. En 12 brefs segments qui jouent sur une alternance du chœur et des cinq solistes, une palette de couleurs très large se déploie. La suite est vivante, les segments rapides et lents, doux et exaltés s’enchaînent, les instruments se relaient.

On note un passage où le hautbois et le violoncelle accompagnent la soprano Hélène Guilmette, puis un autre où les flûtes se marient aux cordes pincées à la contrebasse, pendant un chant du splendide contre-ténor Anthony Roth Costanzo. Une œuvre construite dans les règles de l’art, suivant une progression logique jusqu’à la toute dernière note.

Souffle et inventivité

Puis, le fils, John Christian, enveloppe cinq parties plus fiévreuses d’une aura plus opératique. L’attaque du chœur est vive, la troisième partie où le baryton, le contre-ténor et le ténor se relaient témoigne du souffle et de l’inventivité du compositeur. Pendant une seconde suspendue, où musiciens, chef et chanteurs ont inspiré d’un même souffle, avant d’entamer un lumineux «Gloria», sur une finale éclatante.

Le Magnificat de Carl Philipp Emanuel — peut-être parce que c’était le dernier — nous a semblé moins bien ficelé, avec plus de longueurs et de langueurs. C’était pourtant celui où les voix des solistes (ramenés à l’avant-scène, alors qu’ils évoluaient précédemment entre le chœur et l’orchestre) brillaient le plus. Ils sont venus briller de tout leur éclat. Hélène Guilmette, la voix lumineuse, avec un léger frémissement qui active nos cordes sensibles. Anthony Roth Costanzo, contre-ténor aux acrobaties vocales à la fois vigoureuses et irréelles. Le ténor anglais Thomas Walker fort théâtral avec sa voix souple et la soprano Myriam Leblanc ont donné de l’éclat à l’ensemble lors de leur apparition. Il a fallu attendre le dernier Magnificat pour prendre la mesure du talent du baryton allemand Christian Immler, qui a pu donner plus de reliefs à ses graves. 

Il y a eu un moment où le chœur, pendant l’Aria avec les deux sopranos, a laissé percer un chant éthéré si beau et si parfait, que toutes langueurs et longueurs furent oubliées. 

Ce programme présenté mercredi au Palais Montcalm sera repris le 28 septembre à 19h30 à la Maison symphonique de Montréal.