Jonathan Cohen en répétition avec les Violons du Roy et la Chapelle de Québec pour le concert La Création de Haydn.

Violons du Roy: en coulisses de «La Création»

Emmitouflés jusqu’aux yeux, instrument sur le dos ou partitions sous le bras, les musiciens des Violons du Roy, de nombreux surnuméraires et les chanteurs de La Chapelle entrent en grappes dans le pavillon Casault de l’Université Laval. C’est jour de répétition, à la veille de leur première présentation de l’oratorio «La Création» de Haydn.

La scène de la salle Henri-Gagnon est remplie au maximum de sa capacité. Trompettes, flûtes et percussions viennent appuyer la section des cordes, elle-même plus populeuse qu’à l’habitude. La moitié des musiciens sont en bas de laine et en jeans. Le ton des conversations est joyeux, les rires fusent, mais sitôt que 10h sonne, tous sont à leur place, prêts à se mettre au travail.

Les Violons du Roy et La Chapelle en répétition pour le concert La Création de Haydn

Le baryton-basse Robert Huard affiche un large sourire. «J’ai déjà hâte qu’on fasse un jour Les saisons, l’autre oratorio de Haydn», lance-t-il d’emblée. La première expérience de la Chapelle avec Jonathan Cohen se déroule bien. Un peu plus «smooth» que leur fondateur Bernard Ladabie, le chef britannique «a quand même ses exigences, il insiste beaucoup sur les crescendos et le phrasé», note le chanteur. Tout en jonglant avec les nombreux contrastes de la partition de Haydn, les choristes s’appliquent à articuler chaque mot allemand comme s’ils allaient chanter à Berlin, devant un public sans livret. «Avec tout le monde qu’il y a sur scène, ça va sonner!», promet-il.

Jonathan Cohen a tout juste le temps de répondre à trois questions avant de grimper sur le podium. Déjà, au lancement de programmation l’an dernier, ses yeux pétillaient à l’idée de diriger La Création de Haydn. La réalité semble à la hauteur de ses attentes. «C’est un des plus grands oratorios de tous les temps», affirme-t-il en tapotant une immense brique où luit le nom d’Haydn.

Jonathan Cohen

À une certaine époque, le chef a fondé et a fait partie du London String Quartet, entièrement dévoué à la musique du compositeur autrichien, à qui l’on doit la symphonie et le quatuor à cordes. «C’est un compositeur très intelligent, très spirituel aussi, souligne Cohen. Sa passion pour la nature rend ses pièces très fortes, très vives. C’est un véritable inventeur.»

Lorsqu’on lui demande quelle teinte il veut donner à La Création, le directeur musical se contente de dire qu’il souhaite seulement révéler ce qui est écrit, pour que la musique vive. «La Création demande de l’imagination. Les couleurs doivent être livrées avec beaucoup de style et de raffinement, alors on travaille dans les détails.» Du Big Bang à la création d’une fleur, du passage des baleines aux rochers qui s’élèvent pour parler aux nuages, les contrastes ne manquent pas dans l’oratorio inspiré de La Genèse.

Le directeur musicale Jonathan Cohen et la soprano Anna Lucia Richter

Jonathan Cohen voulait d’abord diriger à partir du clavecin, mais il a changé d’avis — «Trop de gens à guider». En répétition, c’est crayon jaune à la main qu’il bat la mesure et dessine des crescendos dans l’air. Annonçant les mesures qu’il veut revoir, il les sculpte et les reprend jusqu’à ce qu’elles aient la forme voulue. «Wouhou!», ne peuvent s’empêcher de lancer les musiciens, à la fin d’un passage particulièrement enlevant.

Les concerts du 27 et 28 février au Palais Montcalm et du 3 mars à la Maison Symphonique de Montréal s’annoncent grandioses.