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Vincent Vallières
Vincent Vallières

Vincent Vallières: Viser haut [VIDÉO]

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
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Toute beauté n’est pas perdue a mijoté longtemps sur le feu. Ça s’entend. Textes porteurs, mélodies travaillées, chansons qui se déposent dans le cœur et restent dans l’oreille.

Vincent Vallières raconte qu’il avait un bouquet de chansons prêtes à fleurir, une première maquette entre les mains, un calendrier de sortie à l’horizon quand, en mars 2020, la pandémie a tout suspendu. 

Le travail amorcé en septembre 2019 a d’abord été mis sur la glace quelques semaines. Le temps d’une respiration. Le temps d’un pas de recul. 

« On avait de bonnes pistes, plusieurs versions très avancées, des mix finaux déjà enregistrés. Et là, il fallait donner un coup de frein. On ne l’attendait pas, mais c’est devenu un atout », note l’auteur-compositeur-interprète estrien.

Les mois qui se dessinaient devant permettaient le luxe du temps. Un luxe obligé, soit. Mais un luxe pareil. 

« On a profité de la pause imposée pour retourner à la table de travail expérimenter d’autres affaires, recommencer des trucs, revoir les arrangements et les tonalités. »

Martin Léon est venu mettre sa griffe au projet dans la foulée. 

« C’est un créateur que j’admire. Il a d’abord posé son regard sur mes textes. On a finalement coécrit quatre chansons, mais son apport va bien au-delà de ça. »

D’où le titre de directeur artistique qui le coiffe dans le livret du disque qui sera lancé le 9 avril.

« Je lui ai dit, comme aux proches amis et collaborateurs André Papanicolaou et Michel-Olivier Gasse : j’aimerais que tu me challenges. »

Pour donner pareille permission, pour aller dans cette zone où les commentaires se disent avec une franchise sans voile, ça prenait une confiance béton. 

Les deux auteurs-compositeurs-interprètes avaient déjà partagé scène et micro avec l’heureux projet des Douze hommes rapaillés. Chanter les mots de Miron avait tissé des liens solides, scellé une amitié. L’espace de travail se pouvait. 

À partir de là, les chansons ont fait des allers-retours entre les deux artistes. 

« Ça a été un processus exigeant, mais vraiment intéressant, pendant lequel on a tassé notre égo du chemin au bénéfice des chansons. C’est de cette façon-là qu’on peut élever le jeu. Sinon, on reste pris dans nos patterns. » 

Cerner l’essentiel

Des séances d’enregistrement ont eu lieu dans le sous-sol du réalisateur André Papanicolaou, dans le studio de Martin Léon et dans le condo montréalais de Vallières, où le plafond haut amenait une réverbération impossible à recréer autrement.  

Chaque étape a mené le disque plus loin. Ailleurs. Mais toujours, toujours tout près du cœur.  

« La vision de Martin m’a permis de cerner des trucs. Il me ramenait souvent à cette essentielle question : qu’est-ce que tu as envie de dire? »

La réponse logeait dans l’intime. 

Celui ancré à soi, bien sûr. Mais aussi celui qui émane des autres, selon ce que traversent les proches, les amis, les voisins.  

Les onze plages de ce 8e opus racontent les enfants qui grandissent, la grisaille d’un quotidien sans étincelle, la fin des promesses, les espoirs plombés, la lumière malgré tout, l’amour qui se détricote, celui qui se peut encore, la force du « ensemble », le cœur qui se sent à la maison auprès de la personne aimée. 

Le temps qui file traverse tout le disque. L’idée de la perte aussi, de différentes manières. 

« On vit des petits deuils normaux au début de notre vingtaine. On n’a pas obtenu la bonne note qu’on espérait, on n’a pas eu l’emploi qu’on convoitait, des trucs du genre. Avec les années qui s’enchaînent, on rencontre des deuils plus importants, comme le départ ou la mort de gens qu’on aime. Des fois, on a des enfants qui sont malades. La perte prend un autre sens. »

Elle nous rappelle aussi qu’on avance sur le trajet. 

« On est confrontés au fait qu’on arrive quelque part au milieu de notre vie. La question se pose : suis-je là où j’ai envie d’être? La réponse n’est pas la même à 25, 35 ou 45 ans. Les marques du temps qui passe nous rendent peut-être plus vulnérables… » 

Et ce temps qui passe, il est bon pour toi, Vincent?

« Il est bon quand on en fait quelque chose, je pense. Tu vois, moi, je compose des tounes. Je pense que je suis un bon faiseur de chansons. Mais je sais que ce n’est pas assez, qu’il faut aller plus loin. C’était ça, le nœud de ce disque-là. J’avançais en me disant : c’est quoi ta capacité de te dépasser dans ce que tu aimes faire dans la vie? Parce que c’est tellement une chance de pratiquer ce métier-là, et depuis tellement longtemps, qu’il faut que je l’honore. » 

Ça s’est traduit par un engagement peut-être encore plus grand qu’avant. 

« J’ai senti que c’est ce qu’on faisait avec le disque, tous les collaborateurs ensemble. En s’obstinant parfois assez intensément, d’ailleurs [rires]. Tous, on voulait emmener le projet plus haut. J’en reparlais avec Martin, récemment. On se disait qu’on avait été assez intenses, quand même. Parce que, à la fin, on enregistrait quand même juste un disque. Mais pendant qu’on le faisait, c’était bien plus que ça. C’était toute notre vie qu’on mettait là-dedans. »