Une vue de l'exposition «Venenum, un monde empoisonné» où l'on voit l'Apothicairerie et ses 103 pots du dispensaire des Soeurs de Saint-Vincent de Paul

«Venenum» au Musée de la civilisation: le poison à petites doses [VIDÉO + PHOTOS]

«Venenum, un monde empoisonné» expose, à travers près 400 objets et avec la présence de plus de 50 animaux vivants comment les poisons sont omniprésents dans la nature et intrinsèquement liés à l’histoire humaine. Un parcours sensoriel fascinant et consistant, proposé au Musée de la civilisation jusqu’en mars 2020

On entre dans le monde des poisons par une galerie de tableaux animés. Lorsqu’on s’approche de chacun d’eux, l’histoire d’hommes et de femmes ayant subi ou utilisé le poison nous est racontée. Blanche-Neige et Spiderman côtoient Cléopâtre et le mathématicien Alan Turing. Nous avons accès à une constellation historique, mythique, philosophique et imaginée du poison.

Une image du film Blanche-Neige de Walt Disney dans la galerie des tableaux animés

De nombreux animaux vivants et naturalisés sont en vedette dans la seconde section, baptisée Venins et toxines. On entre alors dans un jardin toxique, peuplées d’animaux vénéneux (qui ont ingérés des toxines qui peuvent nous empoisonner si on les ingère à notre tour) et venimeux (qui peuvent inoculer ou projeter du poison pour se défendre). Un monstre de Gila, une veuve noire, une mygale blonde du désert et des rascasses volantes ne manquent pas d’attirer l’attention le long du parcours.

Rascasse-volante ou poisson-scorpion, collection de l'Aquarium du Québec

De magnifiques dessins de plantes, agrandis et posés sur des fanions, donne l’impression de déambuler dans un herbier géant. Un herbier interactif, qui prend la forme d'une forêt de petits écrans, présente des fiches techniques de plusieurs végétaux et animaux et plaira aux visiteurs qui ont soif de connaissances encyclopédiques.

Les grands fanions de «Venenum, un monde empoisonné»

Guerre et rites

La troisième zone, consacrée aux usages du poison, met en vitrine les diverses inventions humaines et rituels sociaux. On y apprend qu’en Amazonie, les rites d’initiation exposent les adolescents aux piqûre de fourmis venimeuses; que dans les années 1920 il existait une gamme de produits de beauté au radium et on y voit comment le poison a été utilisé comme arme de guerre. Le plomb et l’amiante, qu’on a utilisé et extrait au Québec, y sont aussi évoqués.

On évoque les poisons de guerre dans Venenum

L’univers des apothicaires et l’histoire de la pharmacie nous permettent de comprendre comment le poison peut devenir un précieux remède. «Tout est une question de dosage», résume la chargée de projet Anik Dorion-Coupal. Alors que l’empereur Néron utilisait le micro-dosage pour tenter de s’immuniser contre les poisons, les avancées de la toxicologie et de la chimie au XIXe siècle ont permis de développer des applications médicales prometteuses.

Le poison se trouve aussi dans les minéraux, comme l'arsenic.

L’exposition n’aurait pas été complète sans une zone pour réfléchir à la révolution chimique du XXe siècle et aux conséquences de nos choix de société sur l’environnement. Sur une petite scène, on a exposé un costume du tableau Le 7e continent (du parcours théâtral Où tu vas quand tu dors en marchant) fait à partir d’objets et d’emballage de plastique. Devant, un mur écran permet d’entendre cinq panélistes décortiquer les enjeux écotoxicologiques du monde actuel.

Une performeuse portant un costume d'Élène Pearson

L’exposition a été conçue par le musée des Confluences à Lyon, où elle a attiré 600 000 visiteurs en douze mois, ce qui en fait l’exposition la plus fréquentée depuis l’ouverture de l’institution en 2014. Elle a été adaptée par le Musée de la civilisation, qui y a ajouté des références québécoises et nord-américaines (comme l’évocation de la bière Dow). L’institution a collaboré avec l’Aquarium du Québec pour les spécimens vivants.

Un affiche vantant les mérites de la bière Dow

D’autres expositions complèteront l’offre estivale du Musée de la civilisation; Curiosités du monde naturel (16 mai) et une plongée dans l’univers du designer de mode Jean-Claude Poitras (19 juin).