«L’ADN de V reste audacieux. Mais je voulais une petite touche d’intelligence, un lieu où on se divertit de façon différente», explique Brigitte Vincent.

V brasse de grosses affaires

CHRONIQUE / Une grille-horaire un peu pêle-mêle, un 5 à 7 malmené, des émissions pas toujours de la plus grande classe. En prenant la direction de V en octobre dernier, Brigitte Vincent voyait tout le potentiel de cette chaîne, mais ne pouvait faire abstraction de ses défauts. La vice-présidente contenu de Groupe V Média promet que les choses vont changer cet automne, et pas juste un peu.

«L’ADN de V reste audacieux. Mais je voulais une petite touche d’intelligence, un lieu où on se divertit de façon différente», m’a-t-elle expliqué. Oubliez les émissions à la Célibataires et nus Québec, bienvenue à de nouveaux concepts avec plus de substance. Qu’est-ce qui marche auprès des gens? Brigitte Vincent remarque que le style de vie, la déco, la cuisine, l’alimentation et le sport accrochent beaucoup le public. «Nous dépendons des annonceurs, et pour vendre de la pub, ça prend des shows alléchants. Ces dernières années, il y avait un petit caractère trash associé à V. Ça, c’est fini. Ça nous prend des têtes d’affiche propres, le fun, que les gens aiment, auprès desquelles les gens veulent s’engager. Jean-François Breau, Marie-Ève Janvier, Stéphane Rousseau sont de bons exemples.»

Ainsi, Brigitte Vincent a fait du ménage et conçu une grille beaucoup plus cohérente pour l’automne. Les séries américaines seront désormais diffusées à la même heure chaque soir. V a d’ailleurs fait l’acquisition de Ellen’s Game of Games, le jeu survolté d’Ellen DeGeneres, qui a bien marché cet hiver à NBC, et qu’on présentera en version française.

Pour renouveler sa grille, V a passé le mot aux producteurs, leur demandant de leur concevoir des émissions sur mesure. «Il y a eu beaucoup d’effervescence, les gens disaient qu’il y avait un buzz autour de V.» Sont nés entre autres deux concepts dont Brigitte Vincent nous parle en primeur. D’abord, Vendeurs de rêve, émission produite chez Urbania, qui suivra des agents immobiliers, spécialisés en vente de propriétés de grand luxe. «Ils ont tous dans la trentaine, font beaucoup d’argent. Certains sont attachants, certains se prennent pour d’autres. On va vraiment connaître leur style de vie.» On pourrait, par exemple, voir un agent savourer sa dernière vente à deux millions en exhibant sa nouvelle Rolex.

L’autre émission, produite chez Toast, s’intitule Moment décisif, et sera coanimée par Kim Rusk et l’ancien Dragon Serge Beauchemin. Suivant l’idée qu’un trajet en ascenseur a une durée moyenne de 90 secondes, trois jeunes entrepreneurs auront ce court moment pour convaincre des gens d’affaires de leur confier un contrat. De véritables occasions d’affaires se créeront dans cet ascenseur, où seront placées des caméras. Tel un juge aux Chefs!, Serge Beauchemin commentera les performances des candidats pendant qu’elles auront lieu. «Kim Rusk est elle-même une jeune entrepreneure, et le mentor Serge Beauchemin donne aussi une belle crédibilité à l’émission», considère Brigitte Vincent, très excitée par ses nouveaux produits.

Kim Rusk et Serge Beauchemin vont coanimer Moment décisif, où de jeunes entrepreneurs auront le temps d’un trajet en ascenseur pour convaincre des gens d’affaires de leur confier un contrat.

Elle souhaite aussi redonner de la solidité à son 5 à 7, qui «a manqué un peu d’amour», dit-elle. Un souper presque parfait ne bougera pas de sa case de 18h. À 17h30, exit Coup de foudre et on ramène La guerre des clans avec Jean-François Breau à l’animation. «J’ai vu le nouveau décor, c’est beau, c’est moderne. Jean-François Breau s’implique beaucoup, redonne un ton, il y aura plus de musique. Il y a un vrai coup de baguette magique sur ce show-là. Ça marche partout sur la planète, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas chez nous.»

La question est sur bien des lèvres: Le show de Rousseau sera-t-il de retour cet automne? La réponse n’est pas finale, mais c’est dans l’intention du diffuseur de ramener le talk-show de fin de soirée. «On ne s’est pas embarqué là-dedans pour faire seulement une saison. On n’a pas la réputation chez V d’être très patients. Mais ce genre de show-là demande de la patience.» Brigitte Vincent a fait les mêmes observations que nous les premières semaines, notamment sur le rôle un peu flou de la complice de l’animateur, Sonia Cordeau, et sur les entrevues décousues de l’animateur. «Est-ce qu’il y a encore du chemin à faire pour l’améliorer? Absolument. Mais entre le premier show et aujourd’hui, Stéphane a vraiment pris du galon.» Le diffuseur se dit satisfait de la moyenne de 250 000 téléspectateurs chaque soir. En comparaison, En mode Salvail en attirait 265 000 à son premier hiver en 2014.

Bien entendu, Occupation double revient cet automne en semaine et le dimanche à 18h30, cette fois en provenance de l’île de Crète en Grèce. Quand on lui demande si OD peut parfois se classer dans la catégorie trash, Mme V s’oppose. «OD, c’est plus qu’une émission de télé, c’est un phénomène social. L’automne dernier, on vivait sur la planète OD. Partout où j’allais, je croisais des gens que je n’aurais jamais soupçonnés d’aimer l’émission.»

Brigitte Vincent ne s’en cache pas: elle aurait souhaité cet hiver de meilleurs auditoires pour Danser pour gagner que les 305 000 fidèles qui étaient au rendez-vous le mercredi soir. «Tout le monde s’entendait pour dire que c’était un super bon show. L’argent était à l’écran, c’était produit par Julie Snyder, et ça paraissait. La danse urbaine, c’était peut-être un peu pointu pour nous. Mais ça a été une vitrine formidable.» Là non plus, elle refuse de confirmer ou non le retour de l’émission la saison prochaine, mais avec un tel constat, il nous est permis d’en douter. «Je ne reste pas avec un goût amer de cette émission. On a eu beaucoup de front de la présenter. J’en suis fière.»