Dans «Untouched Land alias Toi pis ta solitude en sachet déshydraté», Érika Hagen-Veilleux et Maude Boutin St-Pierre allient théâtre, arts du cirque, musique, slam et danse, en plus de multiplier les trouvailles visuelles et sonores pour prêter vie à leur univers.

«Untouched Land» : une parenthèse de poésie

CRITIQUE / L’une est comédienne, l’autre artiste de cirque. Mais après avoir vu le premier spectacle de Maude Boutin St-Pierre et Érika Hagen-Veilleux, on se dit que les deux créatrices sont aussi un peu (beaucoup!) magiciennes. Avec «Untouched Land alias Toi pis ta solitude en sachet déshydraté», elles proposent ces jours-ci à Premier Acte une parenthèse de poésie construite à grand renfort d’ingéniosité.

Cette première proposition du collectif Les bambines (le duo Boutin St-Pierre et Hagen-Veilleux s’est chargé du texte, de la mise en scène et de l’interprétation) nous amène dans les grands espaces de la Côte-Nord, où deux jeunes femmes en quête de solitude, mais surtout d’elles-mêmes, seront appelées à s’apprivoiser. Dans une société où le périple initiatique en sac à dos a fait école et où l’on a élevé au rang de proverbe le fait que «les voyages forment la jeunesse», la prémisse n’est pas toute neuve. C’est plutôt dans sa manière de l’exploiter que les amies d’enfance lui insufflent de la fraîcheur, elles qui font le pari d’allier théâtre, arts du cirque, musique, slam et danse, en plus de multiplier les trouvailles visuelles et sonores pour prêter vie à leur univers.

Contrastes

Pas mal tout oppose d’emblée les protagonistes d’Untouched Land. L’une est déjà imprégnée de l’endroit, l’autre y débarque comme une tornade. L’une est calme, l’autre est un vrai paquet de nerfs. L’une s’exprime davantage en musique et avec son corps, l’autre est un moulin à paroles. L’une veut la sainte paix, l’autre souhaiterait bien briser l’isolement qui lui pèse vite sur les épaules. L’une s’est installée dans un cercle épuré, l’autre a entassé les objets qui lui procurent du réconfort dans un rectangle bien rempli. À cause des éléments hostiles et d’une curiosité mutuelle, elles en viendront à se tendre la main, à se comprendre, à voir qu’elles ne sont en réalité pas si différentes dans leur envie de mieux.

En utilisant des boucles sonores qu’elles créent en direct, les deux amies assurent une présence musicale quasi omniprésente et fort à propos : on en ressort avec l’envie d’entendre davantage les créations d’Érika Hagen-Veilleux. Elles s’avèrent aussi des as du bruitage (leur feu de camp et leur orage sont particulièrement réussis). Et comme une bonne partie du propos de ce spectacle multidisciplinaire passe par le mouvement, leurs corps sont beaucoup mis à contribution : il y a cette confrontation qui permet enfin à la roue Cyr d’Érika d’entrer réellement en action, ces segments chorégraphiés — évoquant parfois l’opposition et plus tard le soutien — ou ces moments où Maude se risque et passe bien près de jouer aux acrobates.

Entre ce départ très contemplatif et paisible au son de la respiration d’Érika et ces chapitres plus frénétiques et souvent drôles portés par Maude (la tirade sur les réseaux sociaux vaut son pesant d’or), entre des tableaux impressionnistes et d’autres plus terre à terre, Untouched Land mise habilement sur les contrastes pour mettre en exergue une réflexion sur le passage à l’âge adulte, sur l’effet qu’un dépaysement extérieur peut avoir sur un cheminement intérieur.

Le spectacle Untouched Land alias Toi pis ta solitude en sachet déshydraté est présenté à Premier Acte jusqu’au 23 mars.