La comédienne Nabila Ben Youssef dit être «tombée en amour» avec «Comment je suis devenu musulman» de Simon Boudreault. «Simon connaît les musulmans mieux que moi. J’ai énormément ri.»

Une pièce de théâtre pour déconstruire les préjugés sur les musulmans

Simon Boudreault admet que le titre de sa pièce «Comment je suis devenu musulman» est un brin «provocateur», mais qu’il ne faut nullement y voir un désir d’alimenter la polémique, à notre époque d’accommodements raisonnables qui en amène plusieurs à perdre quasiment la raison. Sous le signe de la comédie, l’auteur cherche plutôt à se faire rassembleur et déconstruire les préjugés que chacun porte trop souvent sur la religion de l’autre.

L’homme de théâtre sait de quoi il parle. L’idée de départ de son œuvre découle directement d’un événement de sa vie privée, à savoir son mariage avec une conjointe musulmane, d’origine marocaine, décidé pour faire plaisir à la belle-famille, déconcertée de surcroît par l’annonce d’un bébé à naître.

«Il fallait qu’on se marie pour que ce soit acceptable. J’ai aimé ce choc [des cultures]. Ç’a donné de bonnes discussions dans les deux familles», explique Boudreault.

«Un peu comme tous les Québécois, je n’avais aucun rapport avec l’islam avant, poursuit-il Comme tout le monde, je voyais seulement les extrêmes, comme le terrorisme et les crimes d’honneur. Comme si on résumait la religion catholique aux scandales de pédophilie.»

La pièce, présentée à La Licorne, à Montréal, le printemps dernier, débarque à La Bordée à compter de mardi, avec une distribution de six comédiens, dont Nabila Ben Youssef, qui avoue être «tombée en amour» avec l’œuvre à la première lecture.

«Je m’attendais à trouver des clichés, des préjugés, de la morale, mais j’ai été impressionnée, explique la comédienne et humoriste d’origine tunisienne, arrivée au Québec il y a 23 ans.

«Simon connaît les musulmans mieux que moi. J’ai énormément ri. Le sujet est abordé avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. Il n’y a pas de méchanceté gratuite. C’est une pièce très rassembleuse.»


« Dans ma belle-famille, personne ne prie, je ne vois pas de femmes voilées, la religion n’est pas au centre de la vie, mais tout le monde se considère musulman »
Simon Boudreault

Tant l’auteur que la comédienne considèrent que la population possède une image tronquée de la réalité des musulmans. «Dans ma belle-famille, personne ne prie, je ne vois pas de femmes voilées, la religion n’est pas au centre de la vie, mais tout le monde se considère musulman», explique l’auteur.

Le voile, ce fameux bout de tissu qui déclenche tant de passions dans la sphère publique, n’est le lot que d’une infime minorité de musulmanes, insistent-ils, déplorant une vision biaisée de l’islam, nourrie par des médias qui privilégient l’anecdote à la réalité.

«On provoque les Québécois», dit Nabila Ben Youssef, estimant que le voile reste un symbole féminin de l’asservissement. «Ça vient chercher les femmes et je les comprends. Inviter une femme voilée en entrevue ne sert qu’à jeter de l’huile sur le feu. Moi aussi, je refuse de retourner en arrière.»

Simon Boudreault prend la balle au bond. «J’aimerais qu’on en parle de façon nuancée, et non polarisée, qu’on cesse de faire des amalgames. Dans mon quotidien, je côtoie des Marocaines musulmanes et, honnêtement, des voiles, je n’en vois pas. C’est vraiment une minorité qui le porte.»

Disparition des rites

À travers sa pièce, Boudreault a également voulu traiter «à l’échelle humaine» de la place des rites, maintenant que la religion catholique est tombée de son piédestal au Québec. «Dans les moments importants, c’est fascinant de voir que c’est par la religion qu’on continue à célébrer une naissance ou un mariage. On a besoin de rites, de spiritualité, de moments de rassemblement. Il faut se les réapproprier.»

Au final, l’auteur souhaite avec sa pièce susciter un questionnement salvateur chez le spectateur. «J’ai envie que les gens sortent plus légers, avec le sourire et le goût d’ouvrir la discussion. J’ai envie que la pièce nous fasse du bien.»

Comment je suis devenu musulman est à l’affiche de La Bordée, du 27 novembre au 8 décembre, à 19h30 (excepté le samedi 8 décembre, à 13h).