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Julia Ducournau, entourée de ses acteurs Vincent Lindon et Agathe Rousselle a obtenu la Palme d'or de la 74e édition du Festival de Cannes.
Julia Ducournau, entourée de ses acteurs Vincent Lindon et Agathe Rousselle a obtenu la Palme d'or de la 74e édition du Festival de Cannes.

Une Palme d’or audacieuse décernée à Titane

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CANNES — Le jury s’est distingué par son audace en décernant la Palme d’or à Titane de Julia Ducournau. Cette 74e édition du Festival de Cannes a marqué les esprits comme étant celle d’un certain retour «à la normale» après l’annulation de celle de 2020 en raison de la pandémie. Mais pas autant que cette récompense suprême, saluée sous les bravos de l’assistance au Grand théâtre Lumière, samedi soir.

«C’est historique», a lancé Spike Lee en conférence de presse, qui a blagué qu’il avait commis une bourde tout aussi historique en révélant par inadvertance la gagnante de la Palme d’or...

La réalisatrice française, entourée de ses acteurs Vincent Lindon et Agathe Rousselle, est la deuxième femme à remporter le trophée suprême, après Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano. Fait notable, ce sont aussi des femmes qui ont obtenu la Caméra d'or et la Palme d'or du court métrage.

«J’ai beaucoup pensé Jane Campion, ce soir. Maintenant, j’ai l’impression de faire partie d’un mouvement en marche, a-t-elle révélé en conférence de presse. Je suis fière de moi.»


« Quand j’étais petite, c’était un rituel de regarder la cérémonie de clôture avec mes parents. À cette époque, j’étais convaincu que tous les films primés étaient parfaits. Je sais que le mien n’est pas parfait, on dit même qu’il est monstrueux. [...] Comme cinéaste, je ne vois que les défauts. [...] La perfection, c’est l’impasse. La monstruosité, qui fait peur à certains, c’est une force pour repousser les limites de la normativité. »
La réalisatrice Julia Ducournau

Elle a poursuivi en lançant un appel à la diversité, «le besoin avide de reconnaître un monde plus inclusif et fluide. Merci de laisser entrer les monstres.»

Titane, représentant «le génie et la folie en même temps», si on en croit Spike Lee. 

Vincent Lindon a aussi été ébranlé par le film. «Je suis content d’avoir eu l’espace d’aller dans ce film. Il y a quelques années, je n’aurais peut-être pas vu toutes les nuances. Je pense qu’il y aura un avant et un après Titane. […] Ce soir, c’est un des plus beaux souvenirs de ma vie de cinéma.»

Le réalisateur américain, le «premier président du jury noir en 74 ans», a lancé la soirée glamour, sur l’air de The End, des Doors, devant une assemblée masquée. Cannes est «ma deuxième maison», a déclaré le réalisateur américain en rappelant qu’il y est venu pour la première fois en 1986 pour Nola Darling.

Si la cérémonie, qui s’est étirée en longueur, fut placée sous le signe de la confusion, à l’image de la gaffe de Lee, elle reflétait les discussions partagées du jury, qui a donné deux mentions ex aequo, le Grand prix et le Prix du jury.

Juho Kuosmanen et Asghar Farhadi, les lauréats, ex aequo, du Grand prix de la 74e édition du Festival de Cannes.

Faire fi «des pressions»

Asghar Farhadi et Juho Kuosmanen ont donc mérité la «médaille d’argent», avec Un héros et Compartiment No 6, respectivement.

Farhadi, qui avait remporté le prix du scénario pour Le client (2016), aura passé proche de la récompense suprême. Sur scène, il a évoqué le souvenir de son premier court métrage, tourné il y a 36 ans, et qu’il n’a eu de cesse depuis de continuer malgré les obstacles «et les pressions».

Grand admirateur du réalisateur iranien, Juho Kuosmanen se demandait ce qu’il faisait à ses côtés. Farhadi lui a donné une longue accolade.

Pour une deuxième édition en personne de suite, le Prix du jury fut remis ex aequo, au Genou d’Ahed de l’Israélien Nadav Lapid et Memoria du Thaïlandais d’Apichatpong Weerasethakul.

Le long métrage du premier, «un film courageux», dixit Spike Lee, fut produit avec trois fois rien, sur un sujet explosif, une critique de l’apathie du peuple israélien au regard de la censure artistique et de la liberté expression. Ce qui a poussé le cinéaste à remercier les «irrationnels et imprudents qui ont contribué à ce film».

Quant au deuxième, il a interpellé les gouvernements thaïlandais et colombien, et «d’autres pays», à la traîne pour la vaccination contre la COVID-19 : «SVP, réveillez-vous et travaillez pour votre peuple!» tout en lançant un appel à la paix mondiale.

L'actrice Adèle Exarchopoulos a remis le prix d’interprétation à Caleb Landry Jones.

Trop ému pour parler

La remise du prix d’interprétation à Renate Reinsve s’avère un choix discutable, mais un baume pour la Norvégienne, qui pensait abandonner le métier avant de tourner Julie (en 12 chapitres).

Par contre, personne ne contestera que Caleb Landry Jones méritait le sien dans Nitram. L’Américain était trop ému pour parler lorsqu’on lui a remis sa récompense!

On aurait souhaité un meilleur sort que le Prix du scénario pour Drive My Car. Reste que ce superbe récit, qui fait interagir le propos du long métrage avec Oncle Vania de Tchékhov, était l’un des plus fins et subtils offerts cette année. Consolation, il a également gagné le prix de la critique internationale.

À l’inverse, on s’étonne que Les olympiades de Jacques Audiard n’ait réussi à se faufiler dans le palmarès — d’autant que, à mon avis, Annette, Compartiment No 6 et Memoria n’avaient rien à faire là!

Un accouchement

La lauréate de la caméra d’or, décernée au premier long métrage parmi tous les films présentés au Festival, avait une bonne raison de manquer la soirée. Antoneta Alamat Kusijanovic a accouché la veille de son premier enfant, un fils!

Paolo Sorrentino a remis au cinéaste Marco Bellocchio une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Fait notable, les deux se sont exprimés en italien...

Le retour d’OSS 117

La soirée s’est conclue par la présentation, en première mondiale, par le troisième chapitre des aventures de l’agent OSS 117. Alerte rouge en Afrique noire, avec Jean Dujardin et Pierre Niney, fut réalisé, cette fois, par Nicolas Bedos.

LES GRANDS GAGNANTS

Palme d'or : Titane de la Française Julia Ducournau

Grand Prix : Un héros de l’Iranien Asghar Farhadi et Compartiment Nodu Finlandais Juho Kuosmanen

Prix du jury : Le genou d’Ahed de l’Israélien Nadav Lapid et Memoria du Thaïlandais d’Apichatpong Weerasethakul

Prix d'interprétation féminine : la Norvégienne Renate Reinsve pour son rôle dans Julie (en 12 chapitres)

Prix d'interprétation masculine : l'Américain Caleb Landry Jones pour son rôle dans Nitram

Prix de la mise en scène : le Français Léos Carax pour Annette

Prix du scénario : les Japonais Ryūsuke Hamaguchi et Takamasa Oe pour Drive My Car

AUTRES PRIX 

Camera d’or : Murina de la Croate Antoneta Alamat Kusijanovic

Palme d’or du court métrage : Tous les corbeaux du monde de la Hong-Kongaise Tang Yi

Mention spéciale du court métrage : Le ciel du mois d’août de la Brésilienne Jasmin Tenucci