Tif et Tondu, classique de la BD franco-belge, s'offrent une nouvelle jeunesse.
Tif et Tondu, classique de la BD franco-belge, s'offrent une nouvelle jeunesse.

Une nouvelle vie pour le classique de la BD «Tif et Tondu»

ANGOULÊME - Personnages de BD nés en 1938 et un peu tombés en désuétude, Tif et Tondu, classique de la BD franco-belge, s'offrent une nouvelle jeunesse sous le pinceau magique de Blutch et la plume déliée de son frère Robber.

«Je n'ai jamais trouvé Tif et Tondu ringards et démodés», soutient Blutch, dessinateur sachant pratiquement tout faire, lauréat du Grand prix d'Angoulême en 2009.

Onze ans après cette consécration, Blutch est de retour à Angoulême où s'est ouvert jeudi la 47e édition du festival de la BD pour présenter Mais où est Kiki? (Dupuis), nouvelle aventure des deux héros créés par Fernand Dineur en 1938 et dont le dernier album, porté par le dessinateur Will, disparu en 2000, est paru en 1997.

«C'est pour ça que c'était tentant de reprendre Tif et Tondu», s'amuse Blutch au cours d'un entretien avec l'AFP. «Tif et Tondu étaient oubliés, au placard, abandonnés», s'indigne en souriant le dessinateur.

Tif le chauve et Tondu le barbu, revus par Blutch et Robber, sont devenus des écrivains, «des justi-romanciers», précise Robber, fier de la trouvaille de ce mot-valise.

D'ailleurs, un roman écrit par Tif et Tondu existe bel et bien. Tiré à peu d'exemplaires par Dupuis, ce roman intitulé L'antiquaire sauvage peut se lire comme un préquel de la BD. C'est surtout un formidable roman policier que l'on lit avec délectation. Le texte, signé en réalité par Robber, est digne des meilleurs bouquins de Donald Westlake tant les dialogues sont vifs, drôles et percutants.

Effet miroir, l'album commence au cours d'une séance de signature du vrai-faux roman dans une librairie.

Héros immortels 

Blutch et son frère (l'un est chauve et l'autre est barbu!) n'ont pas voulu faire un pastiche. Autant lecteurs qu'auteurs, leur album peut se lire comme un hommage sincère aux créateurs de la série et notamment à Will, Maurice Rosy et Maurice Tillieux. «J'ai tenté de maintenir l'émerveillement du lecteur que j'étais», explique Blutch.

L'action se déroule à la fin des années 1980. On croise des malfrats coriaces, des policiers largués, un sosie de Pierre Bellemare, tenancier du louche Goulag Klub, une cape d'invisibilité et bien sûr la comtesse Amélie, dite Kiki, enlevée et retenue prisonnière. Le récit est mené tambour battant.

Amateur de jazz, Blutch avait déjà revisité ses classiques dans l'album Variations où il rendait hommage aux titres qui l'avaient le plus influencés des Pieds Nickelés à Lucky Luke. Sa passion pour Picsou est restée intacte.

L'idée de revisiter Tif et Tondu «remonte à loin» se souvient Blutch. À la demande de son frère, Robber s'est lancé dans ce «pari un peu fou» d'écrire un scénario, son premier scénario de BD. Blutch reconnait avoir mis «trois, quatre ans» pour dessiner cette histoire.

Le résultat est magnifique mais il n'est pas question de reprendre la série. L'album restera unique. Un autre roman signé Tif et Tondu n'est en revanche pas exclu. «J'écrirais avec plaisir un deuxième roman», confirme Robber.

Ce nouvel album d'un duo mythique de la BD est le dernier avatar d'une forte tendance du 9e art: ressusciter les héros oubliés de la bande dessinée.

Ces derniers mois, des auteurs contemporains ont repris à leur compte de grands classiques. Le Spirou d'Emile Bravo est en passe de devenir lui-même un classique, Joann Sfar et Christophe Blain ont repris le Blueberry de Charlier et Jean Giraud, Blake et Mortimer se sont offert une nouvelle jeunesse, Jul est devenu scénariste de Lucky Luke qui poursuit son chemin solitaire sans Morris, Mickey a été revisité par des dessinateurs comme Cosey ou Lewis Trondheim. Corto Maltese, Ric Hochet, Alix et évidemment Astérix répondent toujours présents.