La comédienne Véronique Côté

Une coïncidence lourde de sens pour Véronique Côté

RETOUR SUR 2017 / Ces artistes de Québec ont marqué l’année de belle façon, chacun dans leur domaine. Découvrez quel bilan ils tirent de l’année qui se termine, leurs coups de cœur et ce que 2018 leur réserve. Aujourd’hui: la comédienne et metteure en scène Véronique Côté

Le 24 janvier, les sœurs Véronique et Gabrielle Côté se sont installées pour deux semaines au Périscope avec Attentat, un collage de textes d’une trentaine de poètes. Ce titre, qui était le fruit d’une coïncidence — on parlait ici d’un «attentat de beauté» — a été particulièrement difficile à porter quelques jours plus tard, après l’attaque de la Grande Mosquée de Québec. 

«C’est arrivé le dimanche et nous, on rejouait le mardi soir», souligne Véronique Côté, rappelant que le spectacle, lumineux et rassembleur, commençait «avec des extraits de radio privée qui étaient extrêmement difficiles à entendre au lendemain de cet événement».

Ce mardi-là, l’équipe d’Attentat a ouvert les portes du théâtre gratuitement à quiconque ressentait le besoin de vivre ce moment entouré d’autres citoyens. Et elle n’a rien changé au spectacle pour le reste de la semaine, si ce n’est que les sœurs Côté, qui signaient la mise en scène, se sont adressées chaque soir au public pour clarifier leurs intentions. 

«Avec les spectateurs, ces représentations-là ont été jouées dans une sorte de vulnérabilité collective qui était très proche du découragement, mais qui n’en était pas vraiment, parce qu’on était au théâtre et qu’on était ensemble», résume Véronique Côté, dont le travail d’auteure, de metteure en scène et de comédienne s’est déployé cette année dans pas moins de sept projets, déployés sur quatre scènes de la capitale. 

«On se trouvait quand même chanceux de pouvoir poser ce geste-là à un moment où tout le monde avait l’impression qu’il n’y avait rien à faire, ajoute-t-elle. De pouvoir se mettre debout sur une scène et de donner de la poésie au monde, ça fait quand même du bien. Ça fait qu’on se sent un peu moins impuissant, malgré tout.»

Véronique Côté lors de la générale de la pièce «Attentat»

› Quel est votre meilleur souvenir de 2017?

Commencer l’année dans un chalet, pendant que les autres reprenaient le travail. Être dans le bois avec mon amoureux à lire, écrire, faire des feux, des soupes, du ski de fond et de la raquette. On a recommencé pour vrai trois bonnes semaines après le reste du monde, et c’était un pied de nez délicieux à toute l’obligation d’être productifs tout le temps. Nous, on ne faisait presque rien. C’est mon plus beau souvenir de l’année. Les vacances d’hiver, ce sont les plus douces.

Dans les beaux souvenirs, j’aurais pu mettre aussi: le spectacle de Nick Cave en mai au Métropolis, l’ail qui a poussé dans mon jardin pour la première fois, les vacances à L’Isle-Verte, le mariage de ma marraine Hélène, qui a consisté en un show de l’un des meilleurs clarinettistes de La Nouvelle-Orléans (Evan Christopher), la victoire de Valérie Plante [à la mairie de Montréal], le spectacle Hypo de Nicola Frank Vachon à Premier Acte et découvrir l’Islande.

› Quel a été votre coup de cœur cette année?

Le livre Dans l’œil du soleil de Deni Ellis Béchard. C’est un auteur que je lis avec soif chaque fois que je tombe dans un de ses livres. Il fait de grands récits qui nous emportent. Il est très intelligent et il nous fait sentir très intelligent, ce qui est toujours agréable. J’ai aimé tous les livres que j’ai lus de lui, je pense que c’est vraiment un auteur majeur du Québec. 

Il y a aussi eu l’exposition Mitchell/Riopelle au Musée national des beaux-arts. C’est magnifique! Les tableaux vibrent! Ce sont de grandes œuvres et c’est une grande exposition aussi parce qu’elles sont accrochées d’une façon qui nous fait saisir tous les liens et tout l’amour qu’il y a dans ces deux grandes vies d’artistes. 

Et j’ai vu Os de mon ami Steve Gagnon à La licorne. C’est un solo qu’il va venir jouer au Périscope. C’est un spectacle renversant. Denis Bernard à la mise en scène l’a dirigé d’une façon superbe. C’est du cousu main. 

› Une déception en 2017?

J’en ai plein de déceptions et elles sont toutes liées au gouvernement Couillard. Il y a le fait que tous ces artistes se sont mobilisés au printemps pour réclamer un investissement d’urgence de 40 millions $ en faveur du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). L’Assemblée nationale a adopté une motion à l’unanimité pour souligner le fait qu’il fallait soutenir les créateurs. Et à la suite de tout ça, le réinvestissement qui a été obtenu a été de 4 millions $, soit 10 fois moins. 

Ensuite, il y a le projet de règlements sur les hydrocarbures, alors que la société québécoise est unanime à faire savoir que ce n’est pas vers là qu’on veut aller. Je ne comprends pas pourquoi on pave la voie comme ça à l’industrie des combustibles fossiles. 

› Que vous réserve 2018?

Il y a deux spectacles que j’ai faits en 2017 et que je reprends en 2018. Titus [au Périscope cet automne], va être présenté au Prospero à Montréal. Mais avant ça, Quand la pluie s’arrêtera va être joué au Trident [en janvier]. C’est vraiment une belle pièce que j’ai très hâte de reprendre. C’est un spectacle magnifique portant sur les changements climatiques à travers une saga familiale qui se passe sur quatre générations. […] J’aime tout de cette production. Et j’ai un super beau rôle… C’est l’un de mes rôles préférés à vie!

› Que souhaitez-vous à la région de Québec pour 2018?

Je souhaite qu’on réussisse à déjouer ceux qui essaient de nous polariser. Je souhaite qu’on réussisse ça ensemble. On fait tous partie de la même gang, même si on a des chocs culturels entre nous. Je pense que de part et d’autre, il faut qu’on essaie de faire les petits pas qui font qu’on se rend compte qu’on est tous ensemble. Et les solutions qu’on doit trouver, il faut qu’elles marchent pour tout le monde. Je pense qu’on est capable de faire ça. Il y a plein de gens qui nous tirent dans l’autre sens. Mais je dis: “c’est pas grave, c’est à nous de tirer de l’autre bord”. Essayons de nous rejoindre quelque part. J’ai travaillé avec un collectif de citoyens qui s’appelait Faut qu’on se parle. J’ai rencontré du monde qui avait toutes sortes d’opinions. Ce format-là, de se parler à 10-15 dans une cuisine, ça fonctionne. Peut-être qu’il faut arrêter de se parler par animateurs de radio interposés…