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Alice Paradis a réalisé une bande dessinée comme projet de fin d’études secondaires.
Alice Paradis a réalisé une bande dessinée comme projet de fin d’études secondaires.

Une bédé pour sensibiliser au racisme systémique

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Alice Paradis aurait pu, pour clore son programme d’éducation internationale (PEI), écrire un essai ou créer une œuvre d’art sur n’importe quel sujet. Ses recherches et l’actualité des derniers mois l’ont pourtant menée sur les traces de Joyce Echaquan, Tiffany Morrison et Cleopatra Semaganis Nicotine. Sa bande dessinée, Disparues mais pas oubliées, raconte leur tragique destin.

Ces trois histoires représentaient bien, au vu de ses lectures, les différentes facettes et problématiques du racisme systémique. 

«Au début, je souhaitais vraiment faire mon travail sur les meurtres et les disparitions de femmes autochtones pour en apprendre plus sur ce sujet. Mais, quand la nouvelle de Joyce Echaquan est arrivée, ça m’a touchée et je voulais l’inclure à mon projet. Puis j’ai découvert le balado Trouver Cleo et ça m’a sensibilisée à des enjeux d’il y a longtemps. J’ai donc élargi mon thème», explique Alice Paradis, autrice et illustratrice de Disparues mais pas oubliées, en entrevue au Soleil

En une cinquantaine de pages, l’étudiante revient ainsi sur les événements entourant ces décès en plus de contextualiser l’époque à laquelle les drames se sont produits.

Après avoir débuté en 2020, avec la mort de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette, Alice remonte dans le temps jusqu’en 2006 pour raconter la disparition suspecte de Tiffany Morrison. Le suicide de Cleopatra Semaganis Nicotine survient quant à lui en 1978 et est lié à la «rafle des années 60», à l’époque où «Cleo» est arrachée à ses racines et envoyée dans une famille adoptive aux États-Unis. 

Avec ces récits, qui portent sur des victimes âgées de 37, 24 et 13 ans, la jeune autrice présente «quelques exemples d’un racisme systémique qui ravage les communautés autochtones du Canada depuis des siècles.


« On en parle un peu plus aujourd’hui, mais il reste beaucoup de chemin à faire. Les meurtres et les disparitions de femmes autochtones sont beaucoup moins couverts par les médias alors qu’ils sont nombreux. C’est comme si on trouvait ça normal. On fait une sorte de banalisation de la violence. »
Alice Paradis

La jeune autrice appuie d'ailleurs son ouvrage sur bon nombre de références, dont des articles de presse, des rapports de commissions d’enquête et des données ministérielles.

En créant ce projet scolaire, Alice Paradis n’a qu’un seul objectif en tête : «la sensibilisation du public». Pour toucher le plus de lecteurs possibles, Disparues mais pas oubliées est donc accessible gratuitement en ligne, sur le site du Centre de recherches et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).

«On m’a parlé de publier la BD papier, mais je ne sais pas trop. Je ne suis pas à l’aise avec le fait de commercialiser ce livre-là ou de restreindre son accès. L’idée de le diffuser gratuitement, ça me fait plaisir», insiste la jeune femme qui poursuivra sa scolarité, dans les prochains mois, au cégep en Art, lettres et communication. 

«Changer le monde»

Chantal Pouliot est professeure titulaire au département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval. La chercheure, membre du CRIRES, signe la préface de la bande dessinée d’Alice Paradis. 

Pour elle, Disparues mais pas oubliées illustre à quel point les adolescents «comprennent les enjeux d’aujourd’hui» en plus de traiter «de façon intéressante et empathique» un sujet «sensible». 

Celle qui est entrée en contact avec le travail d’Alice sur Facebook insiste sur la «contribution exceptionnelle» et «l’apport social» que ce court livre peut nous apporter collectivement. 

«C’est une vision enrichie et équilibrée de ces enjeux parce qu’il y a non seulement une réflexion théorique, mais aussi parce que cette vision nous est racontée en plusieurs histoires», explique Mme Pouliot.

Une œuvre qui est donc «accessible à tous» et particulièrement aux personnes pour qui les questions de racisme systémique ne sont pas concrètes, estime la professeure en éducation. 

Alice aborde, à la fin de son ouvrage, des concepts tels que le «complexe du sauveur blanc» et «l’activisme performatif» qui permettent à ses lecteurs de remettre en question leurs actions et leurs préjugés au quotidien. 

Des «clés de compréhension» qui font dire à Chantal Pouliot que Disparues mais pas oubliées devrait être intégrée à différents corpus scolaires.

<em>Disparues mais pas oubliées d'</em>Alice Paradis est une bande dessinée qu'elle a réalisée comme projet de fin d’études secondaires.