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Le roman de Julie Nadeau, <em>Mission : tuer Hitler</em>
Le roman de Julie Nadeau, <em>Mission : tuer Hitler</em>

Une auteure de Thetford Mines défend son roman 

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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Pour une jeune auteure de Thetford Mines sans maison d’édition, la vente sur Amazon est une «mine d’or». Toutefois, ce que le géant décide, il obtient. Lorsqu'il a des demandes, il faut s'y plier. 

Julie Nadeau est une agricultrice de Thetford Mines âgée de 27 ans. Elle est passionnée par l’écriture, elle aime raconter des histoires.

Il y a quelques années, elle a commencé à écrire. En 2018, elle avait déjà pondu deux romans. Un troisième est même en chantier et d’autres idées sont sur la table de travail.

La sœur de Julie est celle qui lui a transmis la passion des mots, une correctrice de formation. C’était aussi sa fidèle acolyte, elle avait entamé la relecture du roman Mission : tuer Hitler avant son décès.

Ensuite, Julie Nadeau a mis de côté ses histoires pendant près d’un an. Elle ne se voyait pas continuer sans sa sœur.

«Ça me faisait mal de retourner dans mes livres. Finalement, je vois ça comme un hommage. Ça me donne de l’énergie. C’est un honneur que je lui fais. Il y a un petit peu d’elle là-dedans.»

Cette énergie, elle l’utilise pour surmonter les embûches qu’elle rencontre depuis quelques mois. Son roman se voit censurer par Amazon.

Julie Nadeau

Autoédition

Après plusieurs refus des maisons d’édition, Julie Nadeau a décidé de «s’autoéditer» pour donner naissance à ses romans.

«C’est correct, je les comprends, c’est dur de prendre une chance avec des nouvelles auteures, surtout en temps de COVID-19», avoue-t-elle.

Elle décide de traverser toutes les étapes d’impression parce qu’elle croit en ses histoires. Elle vend des copies avec les réseaux sociaux et ses livres sont disponibles à la librairie L’écuyer de Thetford Mines ainsi que la libraire Laliberté de Québec.

«Avec Amazon, c’est merveilleux. Il imprime chaque commande et je peux aller facilement toucher le marché européen. Une véritable mine d’or pour les auteurs qui s’autoédite. Au Canada, le marché français est limité au Québec, alors ça fait une grosse différence de vendre des copies en France ou en Belgique, c’est un marché qu’on ne peut pas ignorer», explique-t-elle.

Elle essaie le processus d’impression et de vente par Amazon une première fois en juillet 2020 avec son roman Je t’ai menti parce que… Tout fonctionne très bien et les ventes sont plus que satisfaisantes. Plusieurs admirateurs de l’Europe attendent même son deuxième roman.

Le deuxième à se retrouver sur Amazon est Mission : tuer Hitler. C’est là que les ennuis ont commencé.

Censure

En décembre 2020, trois semaines après l’avoir publié, elle reçoit un premier courriel d’Amazon. «Selon les règles, mon roman ne peut pas être offert en Allemagne. Je me dis que ce n’est pas bien grave, mon livre est en français.»

Sauf que son livre s’est vu interdit à tous les pays de l’Union européenne, parce qu’il était censuré par l’Allemagne. Ça, c’était un peu plus problématique.

«C’est une totale fiction qui se passe pendant les événements de la Deuxième Guerre mondiale. Je ne prône pas le mouvement nazi, rien du tout. Une jeune juive s’infiltre dans la garde rapprochée d’Hitler pour le tuer. Pas de sang sur la couverture, pas d’armes ni de violence», insiste l’auteure.

Impossible d’obtenir d’explications du géant Amazon pendant plusieurs semaines.

«J’ai tenté de les rejoindre pour comprendre, bien poliment, je n’allais pas mordre la main qui me nourrit quand même. J’ai finalement parlé avec un directeur et j’ai compris que ma couverture, pour certains, c’était offensant en raison du logo nazi.»

Ce n’est pourtant pas le premier logo nazi qu’elle voit sur des couvertures de romans en France. La différence, c’est qu’ils sont imprimés par une maison d’édition.

«Je le sais que la couverture est importante pour un roman, ça doit être évocateur. Celle que j’avais choisie donnait le gout de le lire, je ne voulais pas trop modifier», explique-t-elle.

Julie Nadeau a donc fourni plus de cinq pages couvertures modifiées, elle a même changé son titre. Impossible de retirer la censure imposée sur son roman. Il n’est toujours pas offert en France, en Belgique ou en Suisse. Au Canada, pas de problème, le livre est disponible.

Option de couverture corrigée (censurée) pour le roman <em>Mission : tuer Hitler</em>

«Je suis rendue à proposer une page de couverture noire! Je n’ai pas le choix. Je comprends toute la réflexion, j’ai fait mes recherches et je comprends les règles de l’Allemagne. Sauf que ce n’était pas clair pour le reste de l’Europe. En 2021, on devrait être capable de voir le logo nazi, faut savoir d’où on vient et où l’on va. J’aurais aimé le savoir avant de m’embarquer là-dedans.»

Chaque fois qu’elle se bute à un nouveau refus : nouvelle demande, nouveau livre, nouveau titre, nouveau code à faire accepter. «On dirait que j’ai un drapeau rouge à mon compte depuis des semaines.»

«Je trouve ça dommage. Je ne me battrai pas contre la grosse machine, je me plis aux exigences. C’est juste de longs processus. Je crois en mon histoire. Je crois en mes rêves. C’est un gros travail, c’est merveilleux et j’adore ça, mais c’est un défi. Se faire connaître, ce n’est pas facile. Ce serait bien si je n’avais pas d’autres problèmes comme ça sur ma route», termine l’auteure.

Si son expérience peut servir de mise en garde pour les auteurs indépendants derrière elle, ce sera ça de gagner. Chose certaine, elle fera honneur à sa sœur et continuera de trouver un moyen pour que Mission : tuer Hitler trouve son chemin dans les foyers des lecteurs d’Europe.