Une partie de la coopérative Méduse, vue de la côte d'Abraham

Une année hors les murs pour les centres d’artistes de Méduse

Le grand chantier de réfection et de réaménagement qui doit avoir lieu cette année dans la coopérative artistique Méduse oblige les locataires à déménager temporairement et à revoir leur calendrier de diffusion. Il n’y aura pas d’expositions sur la côte d’Abraham ni de spectacles présentés à la salle Multi pendant les mois de travaux, mais les centres d’artistes rivalisent d’inventivité pour adapter leurs activités.

«Nous nous apprêtons à aller en appel d’offres pour la construction», indique Caroline Salaün, la directrice générale de Méduse. La coopérative n’attend que l’approbation du ministère de la Culture pour aller de l’avant et faire exécuter les plans et devis conçus par Coarchitecture (qui a Le Diamant et le futur théâtre jeunesse Les Gros Becs dans son portfolio) et deux firmes d’ingénierie.

Une fois les soumissions reçues et l’entrepreneur choisi, les travaux devraient durer environ six mois. «Nous avons fait les études nécessaires, nous avons été très vigilants, il ne devrait pas y avoir de surprises», assure Mme Salaün.

Les travaux de 5,7 millions $ sont financés par le ministère de la Culture (2,8 millions $), Patrimoine canadien (2 millions $), la Ville de Québec (500 000 $) et la coopérative Méduse (400 000 $).

La bande vidéo à la Caserne

Le déménagement, prévu le 1er août, puis le 1er septembre, est maintenant repoussé au 1er, voire au 15 octobre, ce qui incite les centres d’artiste à organiser quelque chose à la volée pour la rentrée culturelle. «On envisage de faire un vernissage commun, avec d’autres centres, notamment L’Oeil de poisson, à la fin septembre», indique Geneviève Desmeules, directrice générale de La Bande vidéo.

Le centre d’artistes qui se consacre à l’art vidéo avait envoyé un communiqué en mai annonçant sa relocalisation à la Caserne Dalhousie en septembre. Les expositions prévues pour 2019-2020 ont été déplacées l’an prochain. Pendant son exil temporaire, la Bande vidéo prépare des collaborations avec Antitube (qui aura bientôt une petite salle de projection dans la coopérative Méduse), avec la Société de développement commercial de Saint-Roch et avec le Festival de cinéma de la ville de Québec. Le calendrier de diffusion d’œuvres vidéo hors Méduse n’est toutefois pas tout à fait ficelé, note Mme Desmeules. «Pendant les travaux, nous et d’autres centres devrons payer deux loyers et réduire notre programmation», ajoute-t-elle.

Recto-Verso cogite

Même son de cloche du côté de Recto-Verso, où Gaëtan Gosselin se fait toutefois plus critique. «Ce n’est pas à coup nul pour les centres. On vient précariser leur vitalité économique, dans un contexte où on reçoit de l’aide publique pour des travaux», formule le directeur général.

La coopérative Méduse loge 10 organismes dans le quartier Saint-Roch

Recto-Verso perdra les revenus générés par la location de la salle Multi et du studio d’essai de Méduse, dont les planchers et le système de climatisation et de chauffage doivent être refaits. Les salles seront aussi mieux insonorisées. M. Gosselin chiffre ces pertes à 60 000$. «Il a fallu puiser dans les légers surplus du Mois multi et dans nos réserves. Je vois s’émietter de précieuses marges de manœuvre», note-t-il.

En contrepartie, Recto-Verso a pu acquérir de nouveaux équipements techniques. «Les conditions de travail et de diffusion seront plus intéressantes, c’est certain», souligne M. Gosselin. Grâce à une subvention pour développer le volet jeune public, le centre a aussi de nouvelles avenues à explorer.

Pendant les travaux, les résidences de création seront déplacées au LANTISS, à l’Université Laval, et certains projets seront diffusés hors les murs, notamment à la Maison pour la danse. À terme, les bureaux de Recto-Verso seront déplacés à la mezzanine de Méduse, à laquelle on accède par le hall d’entrée des salles de spectacles (et qui a accueilli des restaurants, dont Le Fastoche).

«Le Mois multi [festival d’arts multidisciplinaires et électronique présenté en février par Recto-Verso] n’est pas reporté ou annulé pour l’instant», indique M. Gosselin. Plan A : une édition allégée ou nomade pourrait se tenir en février. Plan B : le MM pourrait se tenir à l’automne 2020. «On a rien de vraiment attaché à ce moment-ci.»

Engramme agrandit

Du côté d’Engramme, la directrice générale et artistique Armelle François annonce que le centre consacré à l’estampe loue déjà l’ancien local du restaurant Cora, sur la rue du Parvis, avec l’intention d’en devenir propriétaire. «On avait vraiment besoin d’un espace supplémentaire pour la médiation, les groupes scolaires et des formations offertes au grand public, puisque nos espaces de production à Méduse sont utilisés par les artistes professionnels de jour comme de soir», indique-t-elle.

Ce nouveau lieu s’appellera La pilotine, qui désigne un bateau rapide utilisé pour transporter le pilote à bord des navires qui arrivent ou quittent le port. «C’est le petit truc qui accompagne le gros», note Mme François. Les banquettes et murets de l’ancien restaurant ont déjà été retirés. «Il ne nous reste qu’à nous départir des équipements de cuisine. Notre but est que ce soit déjà fonctionnel en septembre.»

Pendant que ses deux galeries seront inutilisables, VU Photo en profitera pour accompagner davantage d’artistes en création. «On aura presque une résidence par mois, dans le nouveau lieu», annonce Géraldine Martin, responsable des communications du centre. Les services d’impression et de location d’équipements seront maintenus. À l’issue des travaux, les espaces de production et le système d’éclairage des espaces d’exposition seront modifiés.

Des réunions sont prévues au cours des prochaines semaines dans les 10 organismes locataires de Méduse. Des annonces devraient donc être faites prochainement.