Les toiles sont très bien utilisées dans la mise en scène de Patrick Ouellet, devenant les photographies étranges de la maison du grand-père.

Un spoutnik dans les paysages de Lemieux

CRITIQUE / Les paysages de Jean Paul Lemieux servent de décor à la nouvelle création des P’tits mélomanes du dimanche, La balle à Laïka, un conte musical où les spoutniks de l’Union soviétique s’envolent au son de la Suite pour violoncelle seul de Benjamin Britten.

S’inspirant de la toile Tourné vers le cosmos, de Jean Paul Lemieux, où un garçon vêtu d’un grand manteau ocre et d’une tuque rouge regarde vers le ciel, l’auteur et concepteur musical Maurice Laforest a imaginé une histoire d’aujourd’hui. Sacha (Vincent Nolin-Bouchard) bougonne à l’idée d’aller visiter son grand-père (le violoncelliste Blair Lofgren), à Notre-Dame-du-Portage, où il n’y a «rien à faire» et où il ne peut pas — bien sûr — apporter sa console Nintendo Switch.

Collées sur les émotions

Pendant qu’il évoque les histoires de son grand-père en Union soviétique, plus particulièrement celle de sa chienne Laïka, qui aurait fait cinq fois le tour de la Terre, les mélodies de Britten jouées par le violoncelle se collent sur ses émotions, voire sur ses intonations. Lorsqu’il cite sa mère, les mots s’accrochent à la mélodie. Lorsqu’il fait mine de toucher à une photographie précieuse (À la brunante), le violoncelle le gronde. Musique et mots sont ingénieusement arrimés tout au long du spectacle.

À force d’assister aux spectacles des P’tits mélomanes, on se dit que l’imagination des enfants doit s’ouvrir, et dégager des histoires, des émotions et des voix, des pièces de musique abstraites.

Patience et attention sont de mise chez les mélomanes en devenir puisque si La balle à Laïka ne manque ni de finesse ni d’ingéniosité, il n’affiche pas, à proprement parler, beaucoup d’actions ou d’humour. L’expérience les oblige à porter attention à des couleurs subtiles, aux silences : comme lorsqu’on observe les toiles de Jean Paul Lemieux.

Des œuvres bien utilisées

Les toiles, justement, sont très bien utilisées dans la mise en scène de Patrick Ouellet. Elles deviennent les photographies étranges de la maison du grand-père. Lorsque Sacha parle d’un portrait où son grand-père porte un drôle de chapeau qui le fait ressembler à une fille, il pointe L’été 1914. Et lorsque Laïka se sauve dans la neige, le comédien scrute les tableaux, à sa recherche. Nécessairement, une fois le spectacle terminé, petits et grands regardent les tableaux de l’exposition Jean Paul Lemieux. De silence et d’espace avec un intérêt renouvelé.

La balle à Laïka, vu dimanche, sera de nouveau présenté le 2 décembre à 10h30 et 14h dans la salle vouée à l’œuvre de Jean Paul Lemieux du Musée national des beaux-arts du Québec.