L'École de cirque de Québec présentera gratuitement deux spectacles de 30 minutes chacun trois fois par jour en alternance sur les deux sites du Vieux-Port de Québec du 18 au 31 juillet. 

Un petit Woodstock de la jonglerie

Jeudi, 23h. Le Soleil se présente à l'École de cirque de Québec, dans l'ancienne église de la 2e Avenue, dans Limoilou. À l'intérieur, des dizaines de jongleurs exercent leur art, avec des balles, des quilles, des cerceaux et d'autres accessoires de cirque.
<p>Jusqu'à demain, les participants seront en action de jour comme de nuit. </p>
<p>Les artistes de cirque ont aménagé leur nécessaire de camping au sous-sol de l'École de cirque, située dans l'ancienne église de la 2e Avenue, dans Limoilou.</p>
Mais il y a plus encore. Au sous-sol, des personnes ont aménagé leur nécessaire de camping. C'est là qu'elles passeront toute la fin de semaine, 24 heures sur 24, pendant le Turbo Fest, que l'on pourrait comparer à un petit Woodstock pour la communauté de jongleurs en Amérique du Nord.
La comparaison fait sourire Francis Gadbois, un des membres de l'organisation. «C'est vrai. Le camping, c'est vraiment la signature de Québec. Dans les autres conventions, à Montréal par exemple, ça se passe dans un gym, de 10h à 22h, puis après c'est : débrouille-toi, trouve-toi un hôtel ou une auberge de jeunesse pour dormir. Ici, tu peux avoir des gens qui font un combat de jonglerie à 4h du matin pendant que d'autres dorment au sous-sol et que le reste boit une bière assis tranquillement en cercle.»
Quelque 200 participants, venant certes du Québec, mais aussi de l'Ontario, du nord-est des États-Unis, de la Californie et même de l'Europe, font la route jusque dans la capitale pour vivre cette fin de semaine riche en échanges et en apprentissages artistiques.
«On a une règle qui veut que si quelqu'un t'apprend un truc, tu dois à ton tour en donner trois à d'autres personnes», signale M. Gadbois, mieux connu dans le milieu sous le nom de Francis «Gars de boîte», parce qu'il jongle avec des boîtes à cigares.
«Un incontournable»
Un artiste de Montréal, qui en est à sa quatrième participation à Québec, le confirme. «Québec, c'est un incontournable, même si je ne suis pas vraiment un jongleur. Je connais plein d'artistes de cirque qui viennent ici juste parce que l'ambiance est cool», mentionne Guillaume Vermette, dont la spécialité est davantage la comédie sur scène.
Deux jeunes de 14 ans s'émerveillaient pendant le Renegade Show, un spectacle spontané où les artistes défilent les uns après les autres, à leur guise, pour montrer de quoi ils sont capables. Ils avaient fait la route depuis Toronto avec le père de l'un d'eux pour participer au Turbo Fest. «Je suis seulement le chauffeur, c'est eux qui m'ont amené», a mentionné le père, jongleur à ses heures.
Vers 3h, quand Le Soleil est parti, encore quelques fervents n'avaient pas encore abandonné leurs balles et accessoires de cirque pour l'oreiller et le sac de couchage. Mais les habitués de la place s'entendaient pour dire qu'il s'agissait d'une première soirée relax. «Les gens savent qu'il faut qu'ils se gardent du jus pour toute la fin de semaine. Mais viens ici samedi, à 4h du matin, et ce sera comme si tu étais venue ici en plein jour», a dit Francis Blondin-Gravel, qui a notamment participé à la fondation de l'Association de jonglerie de l'Université Laval il y a trois ans.
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Une question de maths
En jonglerie, tout est une question de mathématiques. Pour les non-connaisseurs, comme la représentante du Soleil, on apprécie le résultat visuel de la manipulation d'objets, mais pour les initiés qui regardent un artiste s'exercer, on s'extasie quand on sait que la suite de chiffres composant l'exercice est difficilement reproductible sur papier. En fait, chaque mouvement de jonglerie correspond à un numéro, qui, placé dans une suite, détermine par exemple le nombre de balles à utiliser et la hauteur de chaque lancer. Au fond, les jongleurs «décodent» les chorégraphies de leurs semblables. «Il y a beaucoup de jongleurs qui sont ingénieurs, informaticiens, mathématiciens ou pharmaciens; c'est une discipline très proche de la science», signale Véronique Provencher, elle-même anciennement infirmière de carrière.
Un sport... olympique
En jonglerie, il y a deux sortes d'athlètes : les artistes de cirque, qui présentent toujours un numéro très léché, et les sport jugglers, qui sont un peu considérés comme les geeks de la jonglerie. «Ces gens-là passent des heures à regarder des vidéos sur leur ordinateur et tentent de reproduire les prouesses afin de les amener à un autre niveau. Ce sont souvent eux qu'on retrouve en compétition», expose Francis «Gars de boîte» Gabdois. D'ailleurs, à la International Jugglers Association (IJA), il existe les Olympiques de la jonglerie, avec entre autres des épreuves d'endurance, de courses de 100 mètres avec balles et de volley-quilles, un sport d'équipe qui se joue deux contre deux.
Tout pour survivre
Turbo 418, qui organise le Turbo Fest, propose un guide de survie pour la fin de semaine à l'École de cirque. En plus des accessoires de cirque, du sac de couchage et du matelas de sol, l'organisation suggère fortement aux participants d'apporter une lampe de poche et... du baume pour les lèvres. «C'est essentiel, s'exclame Véronique Provencher, parce que c'est tellement sec à l'intérieur. Les Américains ne sont pas habitués à des températures de - 30 et à des bâtiments surchauffés, donc on préfère les avertir!»