Bernard Labadie a dirigé sans partition et sans baguette, guidant l'orchestre et le choeur avec des gestes sûrs, dansants, précis.

Un Messie transcendant

CRITIQUE / Le souvenir du Messie dirigé par Trevor Pinnock il y a deux ans brille encore à notre mémoire, mais Le messie dirigé jeudi soir par Bernard Labadie laissera une trace plus indélébile encore.
L'oratorio de Handel semblait avoir gagné un nouveau rythme et un nouvel éclat, porté par une interprétation et des voix exceptionnelles.
Bernard Labadie dirigeait sans partition et sans baguette, guidant l'orchestre et le choeur avec des gestes sûrs, dansants, précis. Par moments, il agissait presque comme un 31e choriste, chantant avec le choeur, transporté par une félicité contagieuse.
Les premières interventions de chaque soliste suscitaient de nouvelles occasions d'émerveillement. Le ténor Allan Clayton laissait entendre une voix à la fois douce et puissante, livrant des montées maîtrisées, avec du souffle, de l'ampleur et surtout une prononciation impeccable, qui permettait (presque) de ne pas regarder le livret.
Le contre-ténor Iestyn Davies insufflait un éclat lumineux à une partition qui nous avait semblé plus sombre et sobre il y a deux ans. Sa voix harmonieuse répondait particulièrement bien à la virtuosité et à la clarté du chant de la soprano Lucy Crowe, qui atteignait de nouveaux sommets presque à chacune de ses interventions. Même dans les aigus, leurs voix conservaient une douceur infiniment agréable. 
Le baryton-basse Luca Pisaroni a pour sa part su jouer avec les teintes graves avec beaucoup de prestance et d'application. L'ensemble était transcendant.
Par la musique et par les voix
Le périple de trois heures peut bien sûr sembler éprouvant. Et le texte, composé de passages bibliques, est écrit dans un style imagé et alambiqué qui demande une dose de concentration accrue pour ceux qui ne veulent rien en perdre. Il suffit toutefois de se laisser porter par la musique et par les voix pour avoir l'impression d'être tiré vers le haut, d'être un peu plus vivant. À la fin du concert, le monde semblait plus beau et plus lumineux.
Cette sensation était due aux talents combinés du choeur de la Chapelle de Québec et des Violons du Roy, qui ont livré une prestation toute en finesse et en nuances, alternant les moments somptueux et les envolées plus vives. Ils ont entre autres livré un Alléluia à la progression impeccable et plusieurs airs grisants au début de la deuxième partie.
Le messie de Handel, vu jeudi soir au Palais Montcalm, avec Les Violons du Roy, la Chapelle de Québec, Lucy Crowe, Iestyn Davies, Allan Clayton et Luca Pisaroni, sous la direction de Bernard Labadie. Il sera joué samedi à Montréal.