Jérémy Gabriel sera à L'Anti le 1er mars.

Un karaoké avec Jérémy Gabriel

Jérémy Gabriel monte sur les planches de L'Anti, le temps d'une soirée karaoké, le 1er mars. Pour celui qui est atteint du syndrome de Treacher Collins, cet événement sera à la fois l'occasion de partager sa chanson I Don't Care, de parler de tolérance et d'amasser des fonds pour la Fondation Sourdine.
Tous les mercredis depuis son ouverture, L'Anti a l'habitude d'organiser des soirées karaoké. Certaines sont thématiques, d'autres se distinguent par la présence d'artistes comme King Melrose ou Steel Panthers. Quand le­ copropriétaire des lieux, Karl-­Emmanuel Picard, a rencontré Jérémy Gabriel, il a eu l'idée de l'inviter. Il a rapidement découvert que la présence du jeune homme de 20 ans ne faisait pas l'unanimité. Une photo conjointe, diffusée dans Facebook, s'est attirée des commentaires désobligeants...
«Il y avait une personne en particulier qui ne cessait pas de s'attaquer aux différentes photos, raconte Picard. Ce n'était qu'une photo, je n'avais pas encore donné de détails et la personne avait plein de préjugés. Elle disait que je devais laisser la place aux artistes locaux, mais c'est un artiste local! Ça m'a fâché... Je suis content qu'on ait monté le projet et je pense qu'avec tout ce qui se passe ces temps-ci dans le monde ou même à Québec, il faut mettre la haine, les propos haineux et les préjugés de côté.»
Chercher la tolérance
Pour sa part, Jérémy Gabriel n'a pas été tellement surpris. Il raconte avoir écopé de menaces de mort et de propos haineux régulièrement dans les médias sociaux, au point où il a dû faire des plaintes à la police cet automne. C'est pour cette raison, dit-il, que si vous écoutez ses chansons I Don't Care, ainsi que la version française, intitulée Peu m'importe, sur YouTube, la section des commentaires est désactivée. Certains seraient découragés par de telles réactions; or, Jérémy Gabriel s'efforce de ne pas plier l'échine...
«C'est un peu spécial à vivre, mais je me dis que je fais vraiment la bonne affaire : parce que s'il y a des gens qui ont de la misère à me voir à la télé ou à m'entendre à la radio, c'est parce qu'il y a un problème de tolérance non seulement à Québec, mais au Québec. Il y a un problème de diversité. Les gens ne sont pas habitués de voir de la différence ethnique ou physique et, pourtant, on fait partie des sociétés les plus égalitaires au monde.»
Il ne cache pas l'avoir eu à la dure quand est arrivé le temps d'entrer au secondaire et qu'il a dû faire face aux blagues de Mike Ward - ce qui l'a mené devant les tribunaux, pour une cause qu'il a gagnée, mais qui a été portée en appel. Or aujourd'hui, il est heureux d'être une source d'inspiration pour ceux qui vivent l'intimidation d'une manière ou d'une autre. Et il est content de pouvoir redonner 20 % des profits du karaoké auquel il participera à la Fondation Sourdine. Il estime que c'est grâce à cet organisme, qui joue un rôle important auprès des enfants sourds, qu'il a développé l'usage de la parole.
Rêver à Maroon 5
Quand il était petit, Jérémy Gabriel s'est retrouvé à chanter l'hymne national pour les Canadiens de Montréal, puis à chanter pour le pape. Malgré son syndrome, qui se caractérise par des malformations faciales et la surdité sévère, il n'a jamais cessé d'être intéressé par la musique et il continue de caresser des rêves artistiques.
Sa présence au karaoké de L'Anti est en quelque sorte un prélude aux concerts qu'il veut donner à partir de l'été, avec une formation de musiciens - il aurait déjà confirmé sa présence dans deux festivals. Il espère par ailleurs sortir son minialbum d'ici l'été. Et puisqu'il continue de rêver, il souhaiterait se produire un jour avec Maroon 5. On verra si la formation, qui transitera bientôt par Québec, exaucera son voeu...
«J'ai toujours été extrêmement conscient de ce que je faisais, souligne Jérémy. Même à 4-5 ans, quand je ne parlais pas, je passais du temps à écouter la radio. Je n'avais pas d'implant à l'époque, alors il fallait que je colle mes oreilles sur les haut-parleurs pour entendre un peu, mais [chanter en public] ça a toujours été mon choix, mon désir. Mes parents ont eu la responsabilité de réaliser ces désirs-là, mais il n'y a personne qui m'a imposé quoi que ce soit.»