Un hymne vibrant à l'unité

Un mois, presque jour pour jour, après l'attentat de la Grande mosquée de Québec, une centaine d'artistes de tous horizons et aux différentes racines culturelles avaient donné rendez-vous à la population pour panser les plaies. Le spectacle Ensemble, qui avait lieu dimanche, dans un Capitole bien rempli, a pris l'allure d'un touchant hymne à l'unité et à la diversité.
Le concert, imaginé à l'initiative du chanteur et guitariste Byron Mikaloff (The Lost Fingers), avec la complicité du metteur en scène et concepteur Olivier Dufour, en était surtout un de rencontres musicales. Or quelques artistes n'ont pas hésité à prendre la parole, dont la comédienne Anne-Marie Oliver, venue partager un discours qui a soulevé la foule, La Déclaration de Québec
Réalisé entièrement de manière bénévole, Ensemble abritait des mariages musicaux, des sections solos, de même que des capsules vidéos où des immigrants et résidents du Québec partageaient de belles histoires d'amitié. 
La soirée s'est amorcée en douce avec une introduction expérimentale au piano, signée Anoush Moazenni, après laquelle Bruno Pelletier a pris le relais. «J'ai mal aux hommes», a-t-il entonné, reprenant les paroles que feu Roger Tabra avait imaginé pour la pièce J'ai essayé. Cette très belle livraison résumait à elle seule le concept de la soirée: Pelletier était entouré de son fidèle guitariste, Martin Bachand, mais également des joueurs de santur et de dan bau, Amir Amiri et Huu Bac.
Entre deux performances vocales, comme le C'est la vie de Bobby Bazini ou l'ensoleillée Dia de saudade, de Flavia Nascimento, des musiciens venaient partager en solo leur art sur des instruments world qu'on a parfois moins la chance d'entendre. Yadong Guan aura ainsi fait vibrer le pipa, tandis que Mohamed Masmoudi se sera distingué au oud.
Finale festive
Si la soirée s'est amorcée en douceur, elle a tout autant compté des moments très animés pour finir de manière festive. Karim Ouellet s'est chargé d'insuffler une dose d'énergie avec L'Amour, flanqué de cinq musiciens. Marième, qui a d'abord cité Amin Maalouf avant de chanter, est débarquée avec plusieurs complices, dont King Abid et Papa T, pour chanter, entre autres, la très appropriée Africaine à Québec, son adaptation du Englishman in New York, de Sting.
Webster a de son côté observé que «ces dernières années, on a laissé parler la haine trop fort» et qu'on a «parfois oublié de laisser parler l'amour». Prônant la connaissance d'où l'on vient pour savoir où l'on va, il a rappelé que le premier résident africain à Québec était arrivé en 1629 pour ensuite rapper sur Qc History X
Les Lost Fingers sont pour leur part venus en délégation élargie pour une mouture particulièrement métissée et colorée de Pump Up The Jam des plus appréciées.
Autre rencontre aussi inattendue que réussie? Celle des rockers de Dance Laury Dance avec trois artistes de Flip Fabrique, qui proposaient un numéro avec des sauts à la barre russe pour le moins impressionnant. On a beaucoup apprécié aussi le Tharti hildi du DJ Darryl Masih, avec de talentueuses danseuses Bollywood, sur lequel Guy Bernier jouait du sitar.
Quand à la grande finale, El Roumi-El Toba, qui réunissait une majorité d'instrumentistes derrière Lynda Thalie, et où Mohamed Yanghi a pris le micro, elle était aussi inclusive que touchante.
Ce concert de plus de deux heures a pris l'allure d'une grande dose d'amour, tant sur les planches que dans la foule. S'il a été ficelé à la hâte, en moins de trois semaines, il y avait tout le professionnalisme auquel on pouvait s'attendre de ces musiciens. Toute la sensibilité voulue, aussi.
À la fin du spectacle, Byron Mikaloff, ému, a pris le micro pour dire «Québec m'a donné beaucoup de choses: ma femme, mes enfants, mes amis, une carrière. [...] Je suis parti d'une petite ville en Colombie-Britannique, pas loin de l'Alaska et j'ai été si bien accueilli... il n'y a pas de mots pour ça et quand les tristes événements sont arrivés à Québec, le lendemain, j'ai passé à l'action. Mon coeur était déchiré...»
«Il y a trois semaines, il n'y avait rien, ce soir on a eu cette immense décharge et de solidarité et d'amitié, je pense que c'est pour bâtir quelque chose de mieux dans le futur», a conclu pour sa part Olivier Dufour.