Le débat autour de la peine capitale et des maladies mentales est au cœur du documentaire <em>Crazy, Not Insane</em>, diffusé à partir de mercredi par la chaîne HBO, qui suit la carrière de la célèbre psychiatre Dorothy Otnow Lewis, spécialiste des tueurs en série.
Le débat autour de la peine capitale et des maladies mentales est au cœur du documentaire <em>Crazy, Not Insane</em>, diffusé à partir de mercredi par la chaîne HBO, qui suit la carrière de la célèbre psychiatre Dorothy Otnow Lewis, spécialiste des tueurs en série.

Un documentaire HBO se penche sur la psychologie des tueurs en série

Andrew Marszal
Agence France-Presse
LOS ANGELES — Le mois prochain, Lisa Montgomery, qui a étranglé une femme enceinte puis l’a éventrée pour lui voler son bébé, sera la première femme à être exécutée par le gouvernement des États-Unis depuis 67 ans.

Est-elle folle ou non? Mérite-t-elle de mourir pour les crimes qu’elle a commis? Le débat autour de la peine capitale et des maladies mentales est au cœur du documentaire Crazy, Not Insane, diffusé à partir de mercredi par la chaîne HBO, qui suit la carrière de la célèbre psychiatre Dorothy Otnow Lewis, spécialiste des tueurs en série.

Lisa Montgomery, 52 ans, a été condamnée à la peine capitale en 2007 par un tribunal fédéral. Le gouvernement de Donald Trump a décidé de reprendre les exécutions au niveau fédéral l’été dernier et un tribunal a refusé de reconnaître l’irresponsabilité pénale liée à la folie. Plus rien ne s’oppose donc à ce que la quinquagénaire reçoive une injection létale.

«Il n’y a pas besoin d’être psychiatre pour savoir que cette femme est très, très perturbée mentalement, dit à l’AFP le Dr Lewis. Car enfin, tant de choses chez elle relèvent de la psychose», s’indigne l’experte, qui se dit «atterrée» par la décision de l’exécuter. «Je ne comprends pas d’où vient cette incroyable soif de sang», lâche-t-elle.

Dorothy Otnow Lewis s’est entretenue avec pas moins de 22 tueurs en série et a fondé une clinique pour les jeunes criminels. Elle affirme que les troubles qui conduisent à la violence et au meurtre sont généralement la conséquence d’abus extrêmes subis durant l’enfance et de problèmes neurologiques, et pas l’expression d’une envie «innée» de faire le mal.

Pour lui éviter la peine capitale, les avocats de Lisa Montgomery avaient d’ailleurs abondamment cité les abus sexuels qu’elle avait subis dans sa jeunesse ainsi que des blessures à la tête.

«Vitriol et vengeance»

Le documentaire de HBO passe en revue de nombreux tueurs en série, pour finir avec l’un des plus sinistres patients examinés par le Dr Lewis: Ted Bundy, qui a avoué une série de viols et au moins trente meurtres. Il avait terrorisé les États-Unis dans les années 1970 et il est devenu pour beaucoup un symbole du mal à l’état pur.

M. Bundy affirme avoir connu une enfance des plus normales et très heureuse. Mais Mme Lewis estime que le tueur a souffert de trouble dissociatif de l’identité (TDI), aussi appelé trouble de la personnalité multiple, provoqué par l’éducation violente inculquée par son grand-père Sam.

Dans le documentaire de HBO, la psychiatre montre des lettres d’amour écrites par Ted Bundy, mais signées «Sam». Or les individus souffrant de ce genre trouble revêtent fréquemment l’identité de ceux qui les ont abusés, pour se protéger, dit-elle.

«Dorothy ne dit pas que nous ne devrions pas protéger la société de gens comme eux, qui peuvent s’avérer incapables de se contrôler et commettre des actes violents ou des meurtres», explique à l’AFP le réalisateur oscarisé Alex Gibney.

«Elle dit simplement qu’on se trompe si on estime qu’ils ont juste décidé un jour de faire quelque chose de méchant et de mauvais simplement pour s’amuser, dit-il. Je pense que la profonde empathie que manifeste Dorothy est importante, car elle s’appuie sur une théorie scientifique.»

Le président élu Joe Biden s’est engagé à supprimer la peine de mort au niveau fédéral et a incité les différents États américains à faire de même, mais une telle décision risque d’être trop tardive pour épargner Lisa Montgomery.

Pour Alex Gibney, la décision du gouvernement Trump de mener à bien ces exécutions est «une arme politique puissante» qui peut «flatter les plus bas instincts des électeurs».

Il rappelle que Donald Trump n’est pas le seul président à avoir utilisé cet outil, citant notamment les exécutions et incarcérations massives autorisées en son temps par le démocrate Bill Clinton.

Mais le réalisateur souligne le fait que M. Trump soutient depuis longtemps la peine de mort.

«Donald Trump a perdu cette élection, mais il a recueilli 70 millions de voix, souligne-t-il. Peu importe sa posture, il ne s’agit pas d’une vision politique, mais de la capacité à attiser un sentiment de colère, de vitriol et de vengeance.»