Dans un numéro où il évoquait le décès de son frère, Yoherlandy, qui sera de la finale dimanche soir, a ébloui tout le monde.

Un dernier moment «Révolution»

CHRONIQUE / «Révolution» s’est taillée une place de choix dans le cœur du public, devenant numéro un le dimanche soir avec une moyenne de 1261000 téléspectateurs cet automne à TVA. Bien sûr, c’est moins que «La voix junior», qui en retenait 1889000 l’automne dernier dans la même case horaire, mais c’est tout de même fort louable pour une émission de danse, portée par des maîtres qui ne sont pas forcément connus du grand public.

Aux côtés de l’égérie Sarah-Jeanne Labrosse, des Twins et de Jean-Marc Généreux, la chorégraphe et metteure en scène Lydia Bouchard a constitué, par sa fraîcheur et sa passion contagieuse, une véritable découverte pour bien des téléspectateurs. Dès le départ, on l’a sentie dans son élément, elle qui avait fait somme toute peu de télé par le passé, notamment comme comédienne ou en prenant part à des galas. Lydia Bouchard sort très enthousiaste de l’expérience, qui a permis, selon elle, de démocratiser la danse. «Les gens m’écrivent pour me dire qu’ils ne sont pas d’accord avec telle opinion. Eh bien ça, ça me plaît. Ça veut dire que vous parlez de danse dans votre salon, que vous avez une idée critique par rapport à la danse. On est tous gagnants dans la communauté de la danse de voir cet engouement-là.»

Comme plusieurs d’entre nous, elle n’était pas convaincue au départ de la pertinence du «moment Révolution», cette spectaculaire vue à 360 degrés d’un mouvement choisi par les candidats. «Je leur ai dit: «C’est quoi cette affaire-là? Moi, je fais du mouvement, je ne fais pas de la photo!» Finalement, il y avait tout un potentiel créatif. L’exercice était intéressant pour l’artiste et l’obligeait à se demander si son choix était représentatif du propos.»


« On est tous gagnants dans la communauté de la danse de voir cet engouement-là »
La chorégraphe et metteure en scène Lydia Bouchard

Révolution a permis de constater que la danse est de plus en plus prisée par les hommes, malgré les idées préconçues à leur endroit. «Avec l’avènement de la danse urbaine, les garçons ont l’impression que ça leur est plus accessible. Dans ce domaine, il faut commencer tôt. En général, tu es le seul gars de ta classe. Par ailleurs, tu es chouchouté par 12 filles qui capotent d’avoir un gars dans la classe. Et quand ils réussissent à le faire bien, les gars ont de la job presque assurée tout le temps.»

Elle constate que, malheureusement, les jeunes garçons sont victimes des moqueries de leurs compagnons de classes, encore aujourd’hui. «Être artiste, c’est une rébellion en soi. C’est écouter une passion qui est plus forte que le reste. Pour les hommes en danse, ça prend une grande force de caractère.»

Tout au long de la saison, la sincérité était manifeste chez Lydia Bouchard, qui n’a jamais réprimé une émotion. «Je suis très attachée aux gens qui passent sur scène, je connais 75 % d’entre eux. Je travaille avec des danseurs urbains, de ballroom, classiques, contemporains. Si j’étais chorégraphe au Québec et que je ne connaissais pas les danseurs, je serais très mal placée! C’est ma famille que je vois défiler devant moi.»

Le bassin de danseurs est-il assez grand pour espérer une deuxième saison de Révolution? Lydia Bouchard en est convaincue. «Une crédibilité se bâtit en première saison. Le mot s’est passé dans le monde de la danse. Toute une autre vague de danseurs qui ne se sont pas présentés pour l’an 1 pourrait se reprendre cette fois.»

Enceinte de son troisième enfant, dont la naissance est prévue pour avril, Lydia Bouchard a ralenti la cadence pour la prochaine saison. Une pause relative, puisqu’elle participe à la création d’un spectacle du Cirque du Soleil, dont une vingtaine de représentations seront données l’été prochain à Andorre, dans les Pyrénées, devant 5000 spectateurs chaque soir.

La finale de dimanche à 19h30 à TVA opposera les quatre meilleurs, solos ou en groupe: C4, Charles-Alexis, Team White et Yoherlandy. Dans un numéro où il évoquait le décès de son frère, avec des lits superposés, ce dernier a ébloui tout le monde, et plusieurs d’entre nous n’avons pu retenir nos larmes. «Parler de soi-même dans une chorégraphie, ça a le potentiel d’être sirupeux. “Yohe” a la capacité de parler de choses simples, de sentiments, de façon tellement gracieuse et profonde. Il ne reste jamais en surface, il se commet complètement. C’est aussi un très grand technicien.»

Malheureusement, Rahmane, le prodige de 22 ans de Québec, un de mes coups de cœur de la saison, a commis un faux pas et ne sera pas de la finale. Jusqu’à la fin, il aura fait preuve d’un formidable esprit d’équipe et d’un esprit créatif hors du commun. «Ça ne lui enlève rien. Dans le contexte, au moment où il est passé, ça s’est inscrit comme ça. C’est très arbitraire, ça reste de la compétition, c’est notre opinion», explique Lydia Bouchard, qui n’est pas inquiète un seul instant pour l’avenir du jeune danseur. Le gagnant ou l’équipe gagnante de dimanche soir remportera le grand prix de 100 000 $. Et si on misait sur Yoherlandy?