Dans le documentaire «Le Nadine… on a accusé les morts», Valérie Lavoie et son père Richard brisent l’omerta qui règne autour du naufrage survenu il y a bientôt 30 ans au large des Îles-de-la-Madeleine.

Un cinéaste rompt le silence sur le naufrage du Nadine

RIMOUSKI — Près de 30 ans après le naufrage du Nadine, qui a emporté huit personnes dans la mort, Richard Lavoie brise l’omerta qui règne autour de cette tragédie, considérée comme la pire de l’histoire maritime des Îles-de-la-Madeleine. Dans un documentaire d’une durée d’une heure et vingt minutes, le cinéaste de Québec donne la parole pour la première fois à quelques personnes touchées de près par ce drame, dont des veuves et les deux seuls survivants, le capitaine Robert Poirier et son frère Serge.

Pour Richard Lavoie, qui a des racines madeliniennes par son grand-père maternel, cette immense fresque entourant ce sinistre est le fruit d’un travail qui a commencé il y a 25 ans. «Mais, le vrai tournage a commencé il y a trois ans», nuance le cinéaste de 82 ans, qui était assisté de sa fille Valérie à la réalisation.

Le chalutier de 37 mètres, propriété de la compagnie Madelipêche, a sombré dans le golfe du Saint-Laurent en pleine tempête. Le documentaire présente la frustration des veuves, des orphelins et des proches des marins disparus autour de cette loi du silence qui s’est installée après cette funeste nuit du 16 décembre 1990.

La torture du survivant

«Il y a un côté cathartique pour les familles», croit Richard Lavoie, puisque selon les personnages centraux de son film, le capitaine et son équipage ne sont pas responsables de cette tragédie, contrairement à ce qu’a toujours soutenu le président de Madelipêche de l’époque, Paul Delaney. «Ils ont dit que je n’aurais pas dû survivre, qu’un capitaine coule avec son navire», affirme Robert Poirier, qui souffre aujourd’hui du syndrome du survivant.

Projeté dans les eaux glaciales, le capitaine a dérivé pendant près de 9 heures sur 11 milles marins (20 km) du lieu du naufrage, tenant les cadavres de deux membres de son équipage, soit Augustin Vigneau et son gendre Émile Poirier. «Je ne remercierai jamais assez Robert d’avoir tenu Augustin contre lui», insiste la veuve du marin. Répondant aux «mayday» lancés par le naufragé, c’est le capitaine Adrien Duguay qui, en partant de Terre-Neuve, a affronté la tempête pendant huit heures pour le sauver d’une mort imminente.

En avant-première

Le Nadine… on a accusé les morts a été présenté en avant-première mardi à Rimouski dans le cadre du colloque du Comité permanent sur la sécurité des bateaux de pêche du Québec, en présence de Robert Poirier. «Avoir survécu à cette catastrophe est une torture, a souligné le capitaine Poirier, pleurant à chaudes larmes. Ma vie n’a jamais été la même après. Il m’est très difficile de me remémorer ce drame inimaginable. C’est, pour moi, de le revivre à chaque instant.» La première du long-métrage est prévue en avril aux Îles-de-la-Madeleine.

En entrevue exclusive avec Le Soleil, le capitaine Robert Poirier dit avoir aimé le film, «mais le clou de l’histoire n’y est pas». L’homme promet de faire des révélations dans ses mémoires qu’il compte publier prochainement.