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Chaque soir, François Léger-Savard installe son bureau et procède à la sauvegarde des images de la journée.
Chaque soir, François Léger-Savard installe son bureau et procède à la sauvegarde des images de la journée.

Un chemin à tracer: une expédition difficile, mais lumineuse

Marie Tison
Marie Tison
La Presse
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Les gens sont isolés, confinés. Ils ont probablement besoin d’oxygène, de lumière, de grands espaces. Ils ont probablement envie de rêver en regardant des aventuriers lutter contre une nature hostile, des aventuriers sympathiques qui gardent le sourire malgré tout.

C’est le pari du jeune réalisateur François Léger-Savard, qui a décidé de lancer son premier documentaire, Un chemin à tracer, en pleine pandémie, en ligne.

Le film raconte le périple de six jeunes qui décident de descendre en canot une rivière du Nunavik qui n’a pas été cartographiée, la rivière Lestage.

«Évidemment, on sait où elle est, on peut la situer sur une carte, mais on parle de cartographier la navigation : les obstacles, les chutes, les rapides, les sites où camper, raconte M. Léger-Savard. On avait envie d’être sur une rivière où à chaque coup de pagaie, on ne sait pas ce qu’il y a devant nous, où à chaque tournant de rivière, on ne sait pas ce qui nous attend.»

Le réalisateur a un lien particulier avec le Grand Nord : son grand-père a parcouru le territoire comme arpenteur, son père l’a fait comme anthropologue.

«Il y a quelque chose qui nous liait à travers notre relation avec ce territoire-là, mais en même temps, il y a une approche très différente. En 1926, mon grand-père était sur le territoire, mais il travaillait un peu à le déposséder en le calculant, en le cartographiant. Pour mon père, c’était un autre objectif. Il s’agissait de documenter, de faire parler les communautés. Moi, c’est à travers mes images que j’essaie de donner une voix à ces territoires et aux peuples qui l’habitent.»

Qui dit expédition, dit difficultés. Et elles ne manquent pas : la première rivière que doivent emprunter les aventuriers pour se rapprocher de la rivière Lestage est pratiquement à sec. Le portage est brutal. Les charges sont énormes, le terrain est atroce, les moustiques sont voraces. Malgré tout, les aventuriers, trois hommes et trois femmes, gardent une attitude positive.

Ils sont tous expérimentés, ils ont tous de solides capacités techniques. Mais aux yeux de François Léger-Savard, ce n’était pas là l’essentiel.

«Le plus important, c’était de choisir l’humain derrière ça parce qu’au fil des années de préparation [deux ans dans ce cas-ci], on peut s’améliorer, travailler la technique, mais si le contact humain ne fonctionne pas, c’est plus difficile à corriger. Il s’agissait de choisir des gens qui allaient se compléter, s’entendre, travailler ensemble.»

Dans son documentaire, le réalisateur n’a pas voulu surdramatiser les situations. On voit que les aventuriers vont au bout de leurs forces, nul besoin de le souligner à grands traits.

«Pour moi, c’est important, indique M. Léger-Savard. Je trouve que souvent, ce qu’on voit dans les films d’aventure, ce sont les difficultés, les obstacles. C’est vrai, tout ça existe, mais si ce n’était que ça, on ne les ferait pas, ces expéditions-là. Il y a tout un côté formidable, humain, un contact que je ne trouvais pas toujours dans les films qui étaient proposés. Oui, c’est difficile, mais ça nous rapproche. Oui, c’est difficile, mais on rit.»

Un regard de photographe

François Léger-Savard est photographe de formation. Depuis 2013, il travaille dans le domaine du documentaire, principalement pour la télévision, en tant que photographe et directeur de la photographie. Il a décidé de se lancer dans la réalisation pour avoir «un regard plus large que simplement sur l’image».

Son regard de photographe est cependant évident dans tout le film : il capte de belle façon la nature du Nunavik et la personnalité de ses camarades d’aventure.

L’expédition a eu lieu en 2017, mais le projet a pris six ans, depuis la conception jusqu’à la diffusion.

«Ç’a été tout un défi, je pense que je ne savais pas dans quoi je m’embarquais. Autoproduction, autodistribution, ça fait beaucoup de chapeaux à porter. À chaque étape, on trouve de nouvelles facettes du travail, mais c’est sûr que c’est formateur.»

Plusieurs personnes lui ont donné un coup de main, une campagne de sociofinancement et Mountain Equipment Coop (MEC) lui ont donné les moyens de poursuivre son projet. La pandémie est cependant venue brouiller les cartes.

«C’est certain que depuis le début, j’avais imaginé un lancement en salle, une rencontre avec tous les gens qui ont contribué, les commanditaires, les amis, la famille.»

Il trouve quand même un aspect positif à un lancement actuellement, même en ligne. «Les gens sont isolés, les gens sont confinés. Je pense que ça peut leur offrir non seulement de grands espaces, de l’air, mais aussi l’envier d’aller au bout de leurs rêves, de leurs projets.»

On peut visionner Un chemin à tracer ici.