Destiné à des spectateurs âgés de huit ans et plus, «Trois petite sœurs» de Suzanne Lebeau s’attaque au défi de parler de mort et de deuil aux enfants.

«Trois petites sœurs»: la vie après la mort

CRITIQUE / Une jeune vie qui s’étiole, une famille confrontée à la maladie, puis à une perte immense... Avec «Trois petites sœurs», une pièce dédiée à un public âgé de huit ans et plus, Suzanne Lebeau s’est donné le défi de parler de deuil aux enfants. À bien des égards, le spectacle qui s’est installé mercredi au théâtre Les Gros Becs touche la cible avec beaucoup de délicatesse. Mais sa finale a de quoi laisser un peu perplexe.

Trois petites sœurs nous amène dans une famille tout ce qu’il y a de plus normale : deux parents aimants, trois fillettes enjouées qui se tiraillent à leurs heures. Alors qu’il tarde à la cadette Alice de suivre les pas de sa grande sœur à l’école primaire, elle verra sa rentrée gâchée par de vilains maux de tête. Une batterie de tests fera entrer dans le vocabulaire familial des mots que nous voudrions tous éviter : biopsie, cancer, chimiothérapie, récidive, etc.

Dans une forme plus près du récit croisé que des dialogues, Suzanne Lebeau, qui a souvent abordé des thèmes graves en théâtre jeunesse, expose sans détour le point de vue de chaque membre du clan. Il y a le sentiment de culpabilité des parents, leur horreur, leurs doutes et leurs dilemmes. Il y a deux fillettes forcées de grandir trop vite à travers l’épreuve : l’aînée qui prendra sur ses épaules davantage de responsabilités, la benjamine qu’on protège en lui cachant la vérité, mais qui comprend beaucoup plus que ses parents le croient. Il y a finalement cette petite qui affronte la maladie avec courage et qui saura tout aussi bravement s’en aller.

Les acteurs (Emilie Dionne, Agathe Lanctôt, Catherine Leblond, Émilie Lévesque et Simon Rousseau), tous justes, évoluent dans un canevas neutre, avec pour seul accessoire une corde à danser rouge qui sera tour à tour symbole d’insouciance, de solidarité, de douleur et d’une condamnation qui devient inévitable. Très épurée, la mise en scène de Gervais Gaudreault laisse toute la place aux mots de Suzanne Lebeau, quitte à se faire un peu statique et à miser beaucoup sur capacité d’attention du jeune public. À voir (et entendre) de nombreux spectateurs se tortiller sur leur siège, mercredi, on a dû se rendre à l’évidence qu’on en avait perdu en chemin.

Alors que l’humanité du texte et son côté résolument concret réussissent à émouvoir, la finale — voulue plus poétique, mais qui s’avère presque ésotérique — laisse songeur si on ne partage pas le point de vue proposé. De quoi soulever bien des questions sur ce qui se passe (ou pas...) après la mort…

La pièce Trois petites sœurs est présentée aux Gros Becs jusqu’au 28 avril.