Roger Langevin devant sa sculpture monumentale de Dany Laferrière.
Roger Langevin devant sa sculpture monumentale de Dany Laferrière.

Trois nouvelles sculptures monumentales signées Langevin [PHOTOS]

RIMOUSKI — L’artiste Roger Langevin ajoute trois nouvelles œuvres à sa collection de plus de 90 sculptures monumentales. D’une hauteur de trois à quatre mètres, elles rendent hommage à trois personnages plus grands que nature: Dany Laferrière, La Bolduc et le coureur des bois. Avec une 95e en cours de création illustrant Gilles Vigneault battant la mesure face à la mer, l’infatigable sculpteur est, selon ses propres calculs, le plus prolifique au Canada.

Pour créer la sculpture de Dany Laferrière, il s’est inspiré d’une photo de Yan Doublet parue dans Le Soleil du 9 novembre 2019. En soixante ans de carrière, c’est la première fois que Roger Langevin puise son élan créateur à partir d’une photo. «Il a l’air reposé et naturel, observe-t-il. C’est ce que je voulais donner comme impression. Au point de vue de la composition, le tout forme comme une pyramide.»

Entre la figuration et l’abstraction

Bien qu’il s’intéresse à l’art figuratif, Langevin dit faire de l’abstraction. «Mais, personne ne s’en rend compte. Ma façon de sculpter, ce n’est pas dans les cours d’aujourd’hui que ça s’enseigne. Qui fait des choses comme ça? Il y a toute une profondeur. Jamais une sculpture n’est semblable à l’autre. Il y a toujours un problème nouveau qu’il faut régler d’abord sur le plan technique et non seulement sur le plan artistique.»

La photo du <em>Soleil</em> dont s'est inspiré le sculpteur pour représenter Dany Laferrière. 

La difficulté rencontrée dans la création de son Laferrière, «c’est de lui donner une vie, une attitude naturelle et reposée». «Sur la photo, il est très sérieux et quand il est sérieux, c’est un homme très profond.» Il était important, pour l’artiste, de traduire toute l’admiration qu’il éprouve pour l’écrivain québécois d’origine haïtienne, mais aussi le tourment qui émane de sa joie de vivre. «Il connaît tellement l’histoire de son pays. Il est tellement captivant à entendre et cultivé. Il porte en lui toute la souffrance d’un peuple. Il a cette souffrance en lui, tout en étant normalement joyeux.» Bien que des démarches soient en cours, Roger Langevin ne connaît toujours pas l’endroit qui accueillera cette œuvre. 

L’octogénaire ne travaille jamais sur commande. «Pas à l’âge que j’ai! Sur commande, ça prendrait huit mois à un an et demi avec des comités avant de prendre la décision.» Il conçoit ses sculptures et elles trouvent ensuite preneurs. «Je les fais tellement belles qu’on ne dit pas non!»

La Bolduc et le coureur des bois

Au début du mois, sa sculpture de La Bolduc a pris la route vers le village natal du personnage. L’oeuvre illustrant Mary Rose Anna Travers, née le 4 juin 1894, a été érigée sur l’emplacement de l’ancien musée qui portait son nom à Newport, en Gaspésie. Quant à la sculpture du coureur des bois, elle sera installée à Ferme-Neuve, dans les Hautes-Laurentides.

La sculpture de La Bolduc a pris le chemin de Newport en Gaspésie, le village natal du personnage.

Roger Langevin donne naissance à tous ses personnages avec l’aide de son indissociable assistant, Jean-François Beaulieu, un Gaspésien de naissance établi à Rimouski. «Il est extraordinaire, vante le maître. C’est un ancien débosseleur. Il manie bien la spatule, il a beaucoup de dextérité et il est très habile.»

La «résilice»

Les sculptures de Langevin des dernières années sont fabriquées d’un matériau inventé pour lui qu’il appelle «la résilice». Il s’agit d’une base de résine et de silice, à laquelle sont ajoutés quatre ou cinq adjuvants, dont un ignifuge. «C’est bon pour des siècles! Tu peux frapper là-dessus avec une masse, c’est extrêmement solide. On n’a pas de moule à faire. On n’a pas besoin d’argile. C’est fait directement à la spatule avec ce produit-là sur une base de treillis métallique. Le matériau a été inventé par un designer belge et chimiste, un spécialiste en matériaux composites, qui s’appelle Jacques Bodart. Maintenant, il est installé à Saint-André-de-Kamouraska. J’ai travaillé pendant dix ans avec lui. Jacques Bodart est une encyclopédie vivante dans les matériaux composites.»


« Ma façon de sculpter, ce n’est pas dans les cours d’aujourd’hui que ça s’enseigne [...] Il y a toute une profondeur. Jamais une sculpture n’est semblable à l’autre. »
Roger Langevin

Les sculptures monumentales de l’artiste né à La Doré, au Lac-Saint-Jean, se trouvent un peu partout au Québec. Rimouski, sa ville d’adoption, en compte 22. D’autres sont notamment érigées à Québec, à Baie-Comeau, aux Îles-de-la-Madeleine, à Matane et à Mont-Joli. Certaines ont aussi pris la direction du Mexique, de l’Angleterre et de l’Égypte. 

60 ans de carrière

Titulaire d’un diplôme avancé de l’École des beaux-arts de Montréal en 1963, Roger Langevin a enseigné les arts plastiques pendant douze ans au secondaire à Mont-Laurier, à Montréal et en France. En 1994, après une année d’études postdoctorales à Aix-en-Provence, en France, il a commencé à enseigner les arts à l’Université du Québec à Rimouski. Il a pris sa retraite de l’enseignement 20 ans plus tard pour se consacrer à temps plein à sa passion qu’est la sculpture monumentale, à laquelle il s’adonne depuis 60 ans. 

La sculpture du coureur des bois sera installée à Ferme-Neuve, dans les Hautes-Laurentides.

Par choix, Langevin n’a pas exposé en galerie depuis 20 ans. «Une œuvre sur une place publique, tout le monde peut en profiter. Elle n’est pas là seulement pour les artistes, les intellos ou les personnes de mon âge. Je ne travaille que pour la beauté. La beauté, c’est l’absolu, c’est divin, c’est au-dessus de nous. J’aime quand les gens me disent que c’est beau. Je suis dans un état d’allégresse.»

Autre passion

Après le séisme de janvier 2010 en Haïti, Roger Langevin s’est découvert une nouvelle passion: il écrit des chansons, qu’il fait mettre en musique par Serge Arsenault. C’est peut-être de famille, puisque Roger est le frère cadet du regretté Gilbert Langevin, qui est l’auteur de nombreuses chansons écrites pour Pauline Julien, Claude Gauthier et d’autres artistes. «Mon frère Gilbert était le poète, se rappelle Roger Langevin. Moi, j’étais le versificateur.» Seulement depuis le début de la pandémie, il a écrit une quinzaine de chansons. «Faire une chanson, c’est comme faire une sculpture», considère-t-il.