Dans une forme splendide à 72 ans, habillé en noir de pied en cap, Lavilliers a mis un moment avant de chauffer la salle avec ses premières chansons, dont plusieurs tirées de son dernier et 21e album.

Touchantes retrouvailles avec Bernard Lavilliers

CRITIQUE / Pour son retour à Québec après 30 ans d’absence, Bernard Lavilliers n’a pas ménagé ses efforts pour satisfaire ses fans qui remplissaient mardi soir le Palais Montcalm. Dans un spectacle mené rondement, pendant plus de deux heures, le chanteur bourlingueur a fait voyager le public à travers son vaste répertoire d’hier et d’aujourd’hui.

Pour ses deux représentations en sol québécois — il sera à Montréal jeudi — le poète et chanteur français rêvait de neige. On peut dire qu’il ne pouvait pas mieux tomber. «Je voulais chanter l’hiver en novembre, mais on m’a dit que ce ne serait pas l’hiver. Mon producteur a demandé de la neige», a-t-il lancé d’entrée de jeu, remerciant les spectateurs de «s’être déplacés par ce frimas».

Dans une forme splendide à 72 ans, habillé en noir de pied en cap, avec veston à bandes jaunes, Lavilliers a mis un moment avant de chauffer la salle, ses premières chansons, dont plusieurs tirées de son dernier et 21e album, 5 minutes au paradis, lui valant des applaudissements polis. Dès que les premiers accords de Stand the Ghetto se sont fait entendre, la soirée a pris son erre d’aller pour ne jamais baisser en intensité.

La longue (une dizaine de minutes) et entraînante interprétation de ce grand succès reggae de 1995, qui puise sa source au pays de Bob Marley, a donné lieu à un solo endiablé du bassiste Daniel Romeo, chaleureusement applaudi par l’assistance.

À cet égard, rarement a-t-on vu un chanteur remercier et mettre en valeur avec autant de générosité ses musiciens, tous plus chevronnés les uns que les autres. Outre Romeo, Olivier Bodson, Xavier Tribolet et Michaël Lapie ont été salués une fois et une autre par Lavilliers. 

À mi-parcours, le chanteur a fait monter l’émotion dans la salle, avec la reprise d’Est-ce ainsi que les hommes vivent? d’après les mots d’Aragon et la musique de Léo Ferré. Puis, seul avec sa guitare, sur son tabouret, il s’est fait d’une tendresse infinie avec Fortaleza (qui lui a valu une ovation méritée) et son succès de 1988, On the Road Again, livré en version intimiste, de concert avec la foule.

Ses plus vieux admirateurs ont certainement apprécié son interprétation des Aventures extraordinaires d’un billet, où il donne la parole à un billet de banque. «Mon grand-père, d’origine sicilienne, m’a toujours dit que dans la vie, soit tu travailles, soit tu gagnes de l’argent…»

Sur les chapeaux de roues

Le reste de la soirée a déboulé sur les chapeaux de roues, avec Traffic et Idées noires, qui a fait taper des mains. Pour La salsa, Lavilliers, nullement en panne d’essence grâce à son entraînement régulier en gymnase, s’est permis de descendre de la scène pour aller chanter et danser dans l’allée, en compagnie de son trompettiste Olivier Bodson. Chaud devant…

Plus militant que jamais, grand défenseur du peuple ouvrier, Lavilliers est revenu en rappel pour interpréter Les mains d’or, qu’il a dédiée à son père qui lui a appris «à travailler l’acier», ainsi qu’aux 2500 employés québécois de Bombardier mis à pied récemment.

Mais le chanteur n’allait pas repartir sur une note morose, aussi a-t-il pris soin de livrer un message d’espoir, avec la poignante chanson justement intitulée L’espoir, tirée de son dernier album.