L'orchestre d'hommes-orchestres brouille de nouveau les pistes en faisant converger sur scène chant lyrique, essai politique, conte, théâtre et vidéo.

«Tomates»: opéra de l'anarchie

CRITIQUE / L’orchestre d’hommes-orchestres (L’ODHO) décrit sa dernière création, «Tomates», comme un «opéra épique indiscipliné». Sur ce point, les créateurs n’ont pas menti. Ajoutons que la proposition se situe quelque part entre le poème révolutionnaire et le manifeste lyrique. Ou quelque chose du genre!

Pas toujours facile de décrire les projets de L’ODHO. Le collectif de Québec se fait un point d’honneur de rebrasser les cartes et de mélanger les langages artistiques dans ses propositions scéniques. Tomates ne fait pas exception en faisant converger sur les planches la musique classique, le théâtre, la vidéo, un conte, des extraits de l’essai anarchiste À nos amis du Comité invisible… Et quelques citations bien senties de personnages de Star Wars

Le collectif sème tout un désordre ces jours-ci à la Caserne Dalhousie, demeure temporaire du Périscope. Un véritable bric-à-brac fait notamment d’une multitude de balles de ping-pong, d’une vieille télé collée à un magnétoscope, d’une planche à roulettes, etc. Au cœur de ce fouillis trône en clavecin. Dans ce petit univers délimité par une corde, sept interprètes sont confinés et donnent vie à un opéra, où un essai politique devient la matière première au chant lyrique et où un conte (Sabre de lumière et de vertu de sagesse) vient donner du souffle au récit qui se déploiera à la fois sur scène, mais aussi dans un film créé en direct pendant la représentation. 

Tomates joue sur l’antithèse. Il y a d’un côté l’aspect bricolé — voire brouillon — qui s’exprime dans cet enchevêtrement d’objets hétéroclites et dans le caractère «fait maison» du film qui se construit devant nous. Il y a de l’autre la performance musicale réglée au quart de tour: les interprètes sont de bons musiciens et chanteurs et la présence bien marquée de la claveciniste Lysiane Boulva ajoute grâce et raffinement à l’ensemble. 

Dérouter sans perdre les spectateurs

Pour L’ODHO, les contrastes s’expriment aussi dans cette volonté à la fois de dérouter un brin les spectateurs, sans vraiment perdre son monde en chemin. Comme dans la présence de cette conteuse au ton aussi engageant que son allure est étrange, elle qui raconte l’histoire cachée sous un masque tricoté. Ou dans ces moments où des interprètes sortent carrément du spectacle pour expliquer au public ce qu’il va voir. 

Dans le propos comme dans la multitude de petites actions qui se passent simultanément sur scène, pas de doute que le contenu de Tomates est dense. Mieux vaut toutefois ne pas essayer de tout voir et tout décoder sur-le-champ et plutôt lâcher prise pour se laisser prendre au jeu. La proposition est ludique et L’ODHO sait habilement, au moment choisi, faire tomber à leur place les morceaux du casse-tête. 

Avant-dernier spectacle de la saison nomade du Périscope (qui a dû relocaliser ses pièces à cause de travaux de rénovation), Tomates est présenté à la Caserne Dalhousie jusqu’au 29 avril.