Tire Le Coyote

Tire Le Coyote au FEQ: si fragile et authentique [VIDÉO]

CRITIQUE / Les fans de Tire le Coyote, de plus en plus nombreux, ont l’habitude de l’entendre dans des ambiances intimistes et sobres. Vendredi soir, à place d’Youville, le chanteur de Limoilou leur a offert le privilège de le voir partager la scène avec six musiciens et un choeur de douze personnes, un événement rare dans sa carrière. Une magnifique façon de mettre en valeur la musique folk et la touchante poésie de cet artiste atypique.

Chapeau sur la tête et guitare en bandoulière, Benoît Pinette a sorti de sa besace une quinzaine de chansons, dont plusieurs de son très célébré album Désherbage. Ses «plus vieux succès qui ne sont pas si vieux ni succès» (comme Révolution tranquille) ont aussi fait le bonheur des centaines de festivaliers qui remplissaient à presque pleine capacité le coeur du quartier des spectacles de la capitale.

La voix de falsetto de Benoît Pinette, on l’a dit et redit, reste déconcertante pour plusieurs, mais elle fait maintenant partie du paysage musical québécois. Ce qui permet de s’attarder davantage sur ses textes, empreints d’une touchante fragilité.

En cette douce soirée comme un été en compte peu, ses mots ont connu une nouvelle vie sous les harmonies de Simon Pedneault (guitare), Marc-André Landry (basse), Jean-Philippe Simard (batterie), Vincent Gagnon (piano) et de son «acolyte depuis toujours», Benoît «Shampooing» Villeneuve (guitare). Après l’avoir déjà sacré «plus grand poète du 418», ce dernier a présenté son grand ami comme «un des plus grands poètes du Québec».

Plus tôt en journée, lors d’une causerie organisée par le Festival au Manège militaire, l’auteur-compositeur-interprète avait confié que c’est sur une scène qu’il pouvait se permettre d’être lui-même, sans jouer un personnage. Sa vraie nature, authentique et sensible à souhait, s’est exprimée à merveille en cette troisième participation en carrière au Festival d’été.

Après avoir pris soin de présenter à tour de rôle les neuf jeunes filles et trois jeunes hommes composant le choeur, le chanteur a livré l’une de ses plus belles chansons, Toit Cathédrale, imaginée pendant qu’il effectuait des rénovations à sa résidence. «Je me suis rendu compte que quelqu’un qui fabriquait une aire ouverte ou un toit cathédrale pouvait être une métaphore pour quelqu’un qui a besoin d’espace en amour.»

Autre moment béni lors de l’interprétation de Chanson d’amour en sol standard, en duo country avec une membre du choeur, Karine Dion. «C’était ma réponse à On va s’aimer encore, a blagué le chanteur. J’ai fait un peu moins d’argent. Je l’ai dit à Vincent (Vallières) d’ailleurs.»

Le temps de deux chansons - Jolie Anne et Pouvoirs de glace - Pinette s’est mis en mode acoustique, s’installant devant la scène avec ses potes Pedneault et Shampooing, ce qui a donné lieu à un autre beau moment de connivence avec la foule.

Notre Coyote national a fini en force avec Le ciel est backorder et l’énergique Calfeutrer les failles - et son ouverture instrumentale reprise dans la télésérie Demain des hommes.

En rappel, le chanteur et sa bande sorti sa Moissonneuse-batteuse pour payer une dernière tournée de décibels à ses admirateurs, comblant de bonheur ses admirateurs.

Okies

Le début de soirée avait permis de mettre en valeur les trois groupes lauréats du Prix FEQ qui récompense «de jeunes musiciens à la démarche artistique ancrée dans un chemin inusité». Chacun a été sélectionné ici et là, dans divers festivals nationaux et internationaux.

Originaire de Gatineau et remarquée au Ottawa Bluesfest, la formation Okies s’est lancée de belle façon, avec son approche indie-folk qu’on se plaît à comparer à celle des Fleet Foxes, Patrick Watson et Andy Shauf.

La voix du chanteur et guitariste Marc-Antoine Moisan, sans être une voix aussi particulière que celle de Tire le Coyote, charme par son registre particulier. Lui et ses trois compagnons de scène – Thomas Aguinaga, Samuel Gendron et Philippe Goodman – ont interprété de belle façon quelques pièces de leur premier album Aylmer (Cowboys & Indians, Foothold, Around Here) et de leur dernier EP sorti en mai.

I-Dep

Repéré au Festival Tandem, à Tokyo, les six membres du groupe electro I-Dep ont pour leur part livré une prestation propice aux déhanchements et aux sautillements, avec des airs pop mâtinés de jazz, de bossa nova et de funk. Le public a eu droit à de belles envolées de saxophone et de clarinette, et à une courte reprise à la guitare de l’universellement connue Beat It, de Michael Jackson.

L’énergie communicative de la chanteuse y a été pour quelque chose dans la réussite du spectacle. La madame, heureuse d’être contente (au point de pousser un peu trop la note), s’est démenée comme pas une pour faire lever le party. Ce qu’elle a réussi, du moins avec la centaine de spectateurs massés devant la scène.

Di#se

À son deuxième spectacle hors de la France, le spécialiste du rap et du hip-hop Désiré Eba Tolo, alias Di#se, a lui aussi fait étalage d’un talent prometteur. Seulement 17 ans, le jeune homme, remarqué au Printemps de Bourges. Torse nu, il s’est donné à fond,enfilant les morceaux de son premier album Parfum, dont une touchante chanson composée pour sa mère, Ton visage.

Le dynamique et sculptural rappeur a lui aussi brûlé une foule de calories pour faire communier la foule son énergie à la foule - invitant même «les plus vieux à repousser les limites de leur corps». Ses tentatives ont eu un succès grandissant, jusqu’à la dernière chanson, J’en ferai mon affaire, qui a soulevé la foule.