Théodore Pellerin multiplie les tournages aux États-Unis et ici, notamment dans Genèse où il joue le rôle principal.

Théodore Pellerin: le rêve américain

Au moment de l’appel du Soleil, Théodore Pellerin débarquait de l’avion à New York, où il tourne un nouveau film. Il est tenu au secret, mais l’anecdote révèle les pas de géant de l’acteur de 21 ans depuis deux ans. Il vient de terminer le tournage de cinq mois de la première saison d’une série avec Kirsten Dunst; apparait dans les prochains épisodes de OA sur Netflix; a joué dans Garçon effacé (2018) de Joel Edgerton… Sa prestation hallucinée dans Chien de garde de Sophie Dupuis lui a valu le prix de la révélation de l’année au gala Québec cinéma, l’an passé. Ce n’était qu’un début. En octobre, il a décroché le Bayard du meilleur acteur au Festival de Namur pour Genèse, qui prend enfin l’affiche au Québec. Entretien.

Q Comment s’est déroulé le tournage d’On Becoming a God in Central Florida avec Kirsten Dunst (Spider-Man, Mélancholie..)?

R C’était vraiment un super beau tournage qui m’a fait rencontrer plein de gens, des créateurs, des acteurs…

Q Si on t’avait dit, il y a trois, quatre ans que tournerait une série américaine pour You Tube Premium, avec un contrat de six saisons, comment tu aurais réagi?

R Je ne sais pas (rires). J’ai toujours eu un désir d’explorer. Ça n’a pas besoin d’être [aux États-Unis]. Il y a vraiment de grandes performances du cinéma américain qui m’ont frappé quand j’étais adolescent. C’est sûr que ça m’a donné le goût d’y aller. Mais ce n’était pas une ambition sur laquelle j’étais ancré. J’ai un peu été très chanceux. Il y a des opportunités qui se sont présentées et je les ai saisies.

Q Ces grandes performances, peux-tu m’en donner quelques exemples?

R Il y en a aussi au Québec. Ce sont plus des actrices qui me font vivre des choses. Il y a une émotivité qui me rejoint plus. Celles de Céline Bonnier, Maude Guérin, Anne Dorval… Ce sont d’immenses actrices. Comme Juliette Binoche. Meryl Streep. Daniel Day-Lewis. Ralph Fiennes. J’aime beaucoup les acteurs et j’ai un désir de travailler avec eux pour la découverte.

Q Parlant d’actrice et de découverte, tu partages l’écran avec Noée Abita, véritable révélation dans Ava (2017) de Léa Mysius. Est-ce que c’était justement un élément de curiosité dans ton désir de tourner Genèse?

R Noée, je ne la connaissais pas avant le tournage et je n’avais pas vu Ava, qui n’était pas encore sorti en salle au Québec. Mais j’aime découvrir des gens et ça a été une super belle rencontre. On a hâte d’ailleurs de faire la promotion du film ensemble au Québec et en France.

Q Tu as tourné dans Les démons (2015), le long métrage précédent de Philippe Lesage. Est-ce que c’était un incitatif pour être dans Genèse?

R Philippe m’a parlé de Genèse deux ans avant le tournage, donc un an après Les démons. Il m’avait parlé de Guillaume, mais rendu aux auditions, il me trouvait trop vieux pour jouer un gars qui est au milieu du secondaire. Finalement, il a changé d’idée [et le scénario]. Je trouvais tellement que c’était un beau scénario, tellement bien écrit. Philippe a son langage à lui, singulier, qui est d’une précision très puissante. C’est vraiment un réalisateur que j’estime.

Q Le rôle de Guillaume dans Genèse, un introverti qui dissimule ses failles en fanfaronnant, est aux antipodes de celui de Vincent dans Chien de garde, un électron libre. Était-ce difficile de passer de l’un à l’autre?

R C’est ce qui est intéressant, de passer d’un univers et d’une sensibilité à l’autre. Il y a quand eu presque un an entre le tournage des deux films. J’ai eu le temps que l’énergie de Chien de garde se dépose. Mais il y a quand même des similitudes entre les deux personnages : un désir de divertir l’entourage et une sensibilité cachée qu’on découvre plus chez Guillaume, mais qui est aussi présente chez Vincent, même si on la voit moins parce qu’elle est couverte par sa violence. Je me dois de trouver une touche d’humanité, qui se retrouve d’un personnage à l’autre, même s’ils sont différents. C’est un âge où beaucoup de choses se révèlent.

Q Tu enfiles les tournages à la vitesse grand V. Est-ce que ça te donne le vertige?

R Non, je ne me sens pas trop étourdi. Je me sens hyperprivilégié de faire des projets que j’aime avec des gens que j’aime. Et puis j’ai l’impression de toujours bien tomber, sur des gens sensibles et intelligents avec qui je rentre dans une histoire. Au contraire, ça me centre beaucoup. C’est quand je ne tourne pas que je viens un peu étourdi parce que je ne sais pas trop quoi faire de ma peau. Quand je tourne, c’est juste du bonheur.

Q Tu as pris le chemin des États-Unis, mais aimerais-tu tourner en France?

R Ce n’est pas vraiment une question de territoire. Je veux aller vers les projets qui me tentent vraiment. J’aime l’idée de ne pas avoir de frontières et de pouvoir explorer toutes sortes de cultures, de lieux, de personnages.

Q J’imagine que tu gardes quand même une sensibilité pour ce qui se fait ici?

R Absolument. C’est ma maison. Quand je lis un texte en français du Québec, il y a quelque chose de plus instinctif que ce que je dois faire en anglais. Le Québec, il y a quelque chose de très profond que je veux continuer d’explorer toute ma vie.

Q Où te vois-tu alors, à moyen terme?

R J’essaie de ne pas y penser. Je n’ai pas de vision de carrière. Je veux faire ce qui m’appelle.

Genèse prend l’affiche le 15 mars à Québec et en région, sauf à Sherbrooke, le 22 mars.