Théâtre

Carrefour international de théâtre: Wajdi Mouawad de retour en 2019

Le 20e Carrefour international de théâtre sera l’occasion d’un retour à Québec du réputé auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad, alors que sa pièce «Tous des oiseaux» sera présentée le 3 juin à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre.

Ancré dans le conflit israélo-palestinien, le spectacle raconte une histoire d’amour entre un scientifique juif allemand d’ascendance israélienne et une Américaine musulmane d’origine palestinienne, alors qu’un affrontement s’embrase entre le jeune homme et sa famille. 

Décrite comme une tragédie identitaire et familiale, la pièce surtitrée en français est portée par neuf interprètes. Elle se décline sur quatre heures et en quatre langues : hébreu, allemand, arabe et anglais. Wajdi Mouawad signe le texte et la mise en scène du spectacle créé à La Colline, théâtre national qu’il dirige à Paris depuis 2016. 

Tous des oiseaux sera présenté de notre côté de l’Atlantique en collaboration avec le Festival Trans­Amérique. Cinq représentations sont prévues dans la métropole, mais une seule aura lieu à Québec. 

Le 20e Carrefour international de théâtre se déploiera dans divers lieux de Québec entre le 22 mai et le 8 juin. La programmation complète sera dévoilée en avril. Les billets pour Tous des oiseaux seront en vente le 15 novembre à 10h à la billetterie du Grand Théâtre ou au www.carrefourtheatre.qc.ca.

Théâtre

La pièce Broue revient sur scène sous une «nouvelle administration»

MONTRÉAL — La taverne Chez Willie rouvrira ses portes sous une nouvelle administration l’été prochain au Théâtre du Vieux-Terrebonne.

Les auteurs et comédiens de la mythique pièce Broue ont en effet annoncé, vendredi, que leurs bras meurtris tendaient la «grosse tablette» à un nouveau trio pour qu’à son tour, il la porte bien haut.

«Pour nous, les auteurs, la période de rodage de Broue est terminée; on peut désormais passer aux choses sérieuses», a déclaré sans rire Jean-Pierre Plante, déclenchant l’hilarité chez tous les autres présents à l’annonce dans une microbrasserie, signe d’une époque où il ne reste des tavernes — établissements autrefois interdits aux dames — que le nom sur certaines façades.

Jean-Pierre Plante a ensuite dévoilé l’identité des «trois jeunes comédiens de la relève, des talents bien de chez nous qui nous ont promis de battre le record du nombre de représentations de l’équipe originale».

Or, Broue, dont la première a été présentée au printemps de 1979, a été jouée près de 4000 fois avant que les Marc Messier, Michel Côté et Marcel Gauthier ne tirent le rideau une dernière fois l’an dernier après 38 ans.

C’est donc dire que, si jamais ces «trois jeunes comédiens de la relève» réussissaient l’exploit, Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin quitteraient la taverne à l’âge, respectivement, de 91, 92 et 96 ans...

Aussi sérieux qu’à l’habitude, Claude Meunier, auteur, a ainsi expliqué la décision des auteurs de léguer leur patrimoine théâtral à ces jeunes talents apparemment fort prometteurs: «La poursuite de Broue, c’est pas juste une question de gros sous: c’est d’abord et avant tout une question d’argent.»

«Il y a aussi la question d’appropriation culturelle, c’est-à-dire: est-ce qu’on peut faire jouer des gars chauds et typiquement québécois par n’importe qui?» 

«La réponse est oui!» a lancé Michel Côté.

Broue demeure un phénomène inédit et inégalé dans le paysage culturel québécois. Tout près de 3,4 millions de spectateurs ont assisté à cette représentation très colorée de différentes variantes de l’homme des tavernes québécois confronté à la fois à un référendum imminent et, surtout, à l’entrée des femmes dans cet antre qui était jusque-là le dernier refuge de sa masculinité.

Théâtre

«Les belles-soeurs»: du théâtre musical de haut calibre

CRITIQUE / Cinquante ans après sa création, la pièce «Les belles-soeurs» ressuscite pour une quinzaine de représentations en novembre, au Capitole, dans une vivifiante et touchante formule musicale qui insuffle une nouvel élan à ce classique des classiques du répertoire théâtral québécois.

Montée pour la première fois il y a huit ans, au Théâtre d’aujourd’hui, à Montréal, la version revisitée de la célèbre offrande de Michel Tremblay reprend les textes originaux déclinés par une douzaine de personnages féminins qui poussent la chansonnette de façon très convaincante, que ce soit en groupe, en duo ou en solo. À chaque fois, la foule a chaleureusement applaudi, avec raison, chacun de ces segments qui se marient à merveille, sans briser le rythme, à la structure dramatique de la pièce.

Aux antipodes de son rôle de Boule de quilles dans Unité 9, Kathleen Fortin mène le bal, dans le rôle de Germaine Lauzon, cette ménagère qui invite un groupe d’amies à «un party de collage de timbres» dans le but de mettre la main sur les prix tant convoités d’un catalogue. Le reste de l’histoire, connue de tous, ne se déroulera pas comme prévu. Jalousie, mesquinerie et coups bas s’inviteront à cette soirée où la solidarité féminine sera mise à mal, laissant la pauvre Germaine complètement détruite.

Réunies dans le décor d’une cuisine rétro des années 60, avec un second palier servant de salle d’attente, ces femmes aux langues bien pendues font écho au carcan social étouffant de leur époque. La colère, la rage et la tristesse ne sont jamais très loin.

Les intermèdes chantés, sous une musique de Daniel Bélanger, se fondent à merveille dans la mise en scène entraînante et colorée de René Richard Cyr, également auteur du livret. Soutenus par quatre musiciens, ils font écho aux frustrations, drames et rêves de cette tribu coincée dans une «maudite vie plate».

Les chansons se font tour à tour dramatiques, drôles — avec le ver d’oreille J’ai-tu l’air de quelqu’un qui a déjà gagné quek’chose? — et attendrissantes.

La soirée offre de beaux solos, comme celui de Jade Bruneau, émouvante dans une adresse à l’élu de son cœur; d’Éveline Gélinas qui pleure son «criss de Johnny»; et de Sonia Vachon, troublante dans sa dénonciation du «devoir conjugal» imposé par son mari, un destin «bien plus triste que ben des vues parce que ça dure toute une vie».

La chanson Ode au bingo, où les personnages se déplacent au ralenti, donne lieu, en seconde partie, à une scène chorale des plus réussies, avec une conclusion dansante où les femmes transportent les objets remportés comme de véritables trophées. Un message sur la vaine course au bonheur par la consommation qui n’a rien perdu de sa pertinence.

Au final, le brio de cette magnifique brochette d’actrices, conjuguée au talent de Cyr et Bélanger, font de cette version revampée un divertissement de haut calibre.

Théâtre

«La fille qui s’promène avec une hache»: des horizons à ouvrir

CRITIQUE / Des jeunes perdus dans un bled paumé; une histoire d’exclusion et d’intimidation qui ouvrira la voie à une certaine émancipation. Voilà ce qui nous attend dans la pièce «La fille qui s’promène avec une hache», inventive et dégourdie proposition de la compagnie Kill ta peur, qui prend ces jours-ci d’assaut le théâtre Premier Acte.

La pièce écrite par Léa Aubin (qui porte le rôle central) et Gabriel Cloutier Tremblay (qui en signe aussi la mise en scène et l’élaboré décor) explore avec vivacité le thème de la ruralité et de la pauvreté, tant matérielle qu’intellectuelle. Ses personnages adolescents pourraient être les petits cousins du fameux chum à Chabot de Fabien Cloutier, décrits dans une langue (un peu…) moins crue et dans une facture visuelle plus éclatée. 

Nous voici donc dans le bien nommé village de Malenfants, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, alors qu’une bande d’amis aux horizons restreints, bien enracinée dans ses préjugés, erre ou fait la fête entre la station d’essence, le pit de sable, la forêt, la quincaillerie-pharmacie-dépanneur ou la cour d’école. En marge de ce groupe, il y a «la squaw», dont la mère a disparu dans l’indifférence générale. Intimidée, ridiculisée, elle refuse — contrairement à ses camarades de classe — de suivre la voie tracée par ses parents. Sa détermination et son malheur arriveront au final à ouvrir une brèche pour eux vers une existence qui pourrait devenir meilleure.

Manque de ressources

Pièce dynamique dans laquelle le drame côtoie l’humour (on flirte habilement avec la caricature dans le portrait de ces jeunes désœuvrés), La fille qui s’promène avec une hache met surtout en exergue un cruel manque de ressources… Il y a par exemple cette ado qui souhaite devenir journaliste et qui gobe aveuglément la plus grossière théorie du complot dans un délirant reportage en direct. Ou ce jeune qui restitue sans réfléchir les bigoteries entendues chez lui. Ou encore cette autre qui croit naïvement que tout ce qu’il faut pour s’enrôler dans l’armée est de se faire ramasser comme une auto-stoppeuse par un convoi de militaires en entraînement. À travers tout ça, des adultes inadéquats tant dans leurs actions que dans leurs paroles, qui ne réussissent pas — qui n’essaient même pas, en fait — à équiper cette jeunesse d’outils pour s’élever, pour améliorer son sort. 

Le tout prend vie dans un environnement scénique touffu qui exploite fort bien l’espace. Ici un îlot forêt, là quelques casiers ou un pan de mur couvert de graffitis. Un peu comme la réalité des personnages, leur territoire s’avère brut, cru. Les lieux sont plus suggérés que dépeints avec réalisme et les nombreux changements sont soulignés par des projections sur l’écran. Notons ici le travail de Keven Dubois aux éclairages et à la vidéo, qui contribuent beaucoup à créer cette ambiance singulière, un peu entre deux eaux. 

L’équipe de Kill ta peur n’a visiblement pas lésiné sur les moyens pour déployer son histoire. Quitte à sacrifier de son propre cachet. «Que l’état et le système dans lequel nous évoluons tiennent pour acquis que les artistes continueront de créer et de produire des œuvres, qu’ils soient financés ou non, est pour nous une situation extrêmement préoccupante», stipule le programme. On précise que les professionnels qui ont contribué à la création de la pièce ont accepté d’être payés moins que le salaire minimum pour les répétitions et de se partager les recettes de la billetterie en guise de salaire. «Malheureusement, c’est devenu chose courante dans notre milieu», peut-on aussi lire. Parce que le spectacle vaut le détour et parce que tout ce beau monde mérite d’être rémunéré pour ses efforts et sa créativité, on ne peut que vous recommander d’aller le voir à l’œuvre…

La pièce La fille qui s’promène avec une hache est présentée à Premier Acte jusqu’au 24 novembre.