La pièce Je suis mixte permet à Yves Jacques une «folie» qu’il n’avait pas pu vivre depuis longtemps : chanter.

Yves Jacques pour la première fois au Théâtre du Bic

RIMOUSKI — Yves Jacques qui, depuis plus de 25 ans, mène une carrière sur deux continents, jouera pour la première fois samedi au Théâtre du Bic, à Rimouski.

Avec l’acteur Benoit Mauffette et le musicien Navet confit (Jean-Philippe Fréchette), le comédien originaire de Québec est de la distribution de la production de Tôtoutard «Je suis mixte», écrite et mise en scène par Mathieu Quesnel. Entrevue avec Yves Jacques.

Q Parlez-nous de la pièce.

R C’est un peu comme une soirée des AA, où un gars vient raconter sa vie. Ce gars-là est joué par Benoit Mauffette. On se rend compte qu’il y a toujours un bonhomme à côté, mais on ne sait pas trop qui il est au départ. On va finir par comprendre que c’est son oncle qui est allé le rejoindre. Le neveu en a eu marre de sa vie à Drummondville dans le nettoyage industriel et il est parti à un congrès à Francfort. Là, il rencontre un Allemand qui lui fait découvrir tout ce qu’il n’a pas connu dans sa vie. Or, il décroche complètement : il va laisser sa femme et sa fille pour bambocher à Berlin avec cet Allemand. C’est une pièce sur la mixité, le fait d’être mélangé dans la vie. C’est en même temps une façon d’exprimer une folie pour Mathieu Quesnel et ça marche. C’est une espèce de thérapie de groupe avec de la danse. En fait, l’histoire n’est pas très importante. C’est toute la réflexion qui est proposée au public qui est intéressante. Il y a des moments émouvants, il y a des moments très drôles, il y a des moments mystérieux. C’est une pièce complètement loufoque. Les gens embarquent. Ils se reconnaissent là-dedans. 

Q Qu’est-ce que vous aimez de la pièce?

R Elle me permet une folie que je n’avais pas pu vivre depuis longtemps : je chante. C’est le fun parce qu’on s’éclate.

Q On dit que la proposition scénique ne ressemble à rien d’autre. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation?

R Oui. C’est comme si je faisais une performance à Berlin avec Benoit Mauffette, le fils de Pauline Martin, un comédien bourré de talent. Le public fait partie du spectacle. On fait la pièce en étant conscients qu’on est devant public et qu’on est en train de raconter une histoire. Il n’y a pas de quatrième mur. 

Q Cette pièce vous fait-elle sortir de votre zone de confort?

R Oui. Mais, quand il y a quelqu’un en qui on a confiance, on peut aller loin. Il a poussé la note jusqu’à nous faire jouer au ping-pong sur la scène complètement à poil. J’ai quand même 60 ans! Mais, avec le contre-jour de l’éclairage, ce n’est pas malaisant.

Q Qu’est-ce que vous aimez dans l’œuvre de Mathieu Quesnel?

R J’avais envie de travailler avec ce gars-là. Avec son sens de l’absurde, il me fait un peu penser à Claude Meunier, dans un style particulier à lui. Mathieu aime beaucoup casser les codes du théâtre et de la vie; ça nous déstabilise. Je le trouve brillant. J’espère qu’il va écrire encore plein de pièces. Je vais travailler sur un autre projet avec lui à l’Espace libre, cet hiver, dans un spectacle qui va s’appeler Trip. Il y a 20 comédiens là-dedans.

Q Comment vous sentez-vous à l’idée de venir jouer pour la première fois au Théâtre du Bic?

R Je suis déjà allé à Rimouski, mais je ne me suis jamais arrêté au Bic. Le plus loin que je suis allé dans l’Est, c’est à Murdochville. Je n’ai jamais vu le rocher Percé. C’est un voyage que je projette de faire un jour. J’ai fait le tour du monde avec La face cachée de la lune de Robert Lepage et je ne suis pas allé beaucoup en région. 

Q Avant Je suis mixte, il y a longtemps que vous n’aviez pas monté sur les planches au Québec?

R Oui. La dernière fois que j’avais joué ici, au Québec, c’était dans Le projet Andersen au Théâtre du Nouveau Monde en 2008 ou 2009. Je suis revenu à Québec en 2011 pour jouer dans La face caché de la lune pour le 40e anniversaire du Théâtre du Trident parce que c’est là que la pièce avait été créée. Je n’avais pas rejoué au Québec depuis. La pièce Je suis mixte prendra l’affiche du Théâtre Périscope de Québec en décembre 2020.