Tableau le 7e continent d'Élène Pearson, rue Louis-Alexandre-Taschereau

Un parcours profondément humain

CRITIQUE / Hommes et femmes qui vivent, qui se rassemblent, qui se révoltent, qui prennent conscience, qui créent. Lancée hier en ouverture du Carrefour international de théâtre, la cinquième mouture du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...? se veut profondément humaine.
Tableau le <em>7e continent</em> d'Élène Pearson, rue Louis-Alexandre-Taschereau
Quand des comédiens terminent un segment en se faisant réclamer des «high-five» de la part de spectateurs adolescents, on voit vite qu'ils n'ont pas raté leur cible. C'est arrivé jeudi soir, dans le vibrant tableau imaginé par Marie-Josée Bastien dans la cour intérieure du Complexe G. Avec Les nervures secrètes, une proposition ancrée dans la solidarité aussi grisante que belle visuellement, la comédienne et metteure en scène relève avec brio le double défi d'occuper un espace très vaste en offrant une rencontre à échelle humaine avec le public. Les interprètes, d'abord isolés, se réunissent petit à petit dans la voix et le mouvement. L'effet d'entraînement est saisissant.
Au parc de l'Amérique-Française, où l'artiste visuelle Giorgia Volpe a campé sa Grande manufacture en hommage au travail manuel des femmes, le potentiel de rencontres est aussi grand. Des femmes de tous horizons y sont à l'oeuvre - broderie, tresses africaines, pâtisserie, etc. - et le public est appelé à interagir avec elles. Dommage que la pluie ait un peu gâché l'expérience, jeudi, alors que les artisanes et leur ouvrage, cachés sous des parapluies ou des feuilles de plastique, étaient moins mis en valeur.
Tableau la <em>Souricière</em> de Christian Lapointe, sur la rue Jacques-Parizeau
Sur une terrasse donnant sur la rue Louis-Alexandre-Taschereau, la scénographe Élène Pearson a joué sur les contrastes et la démesure pour créer son 7e continent, entièrement fait de matières recyclées. Vêtus de métal, de papier journal, de contenants de plastique ou de sacs de chips, des personnages un peu inquiétants s'activent machinalement au rythme d'une trame sonore froide et industrielle. Ils pavent la voie à la prestation d'une cantatrice surplombant la place, vêtue d'une immense robe faite de bouteilles, qui entonne une chanson écolo un peu kitsch. 
Arrêt sur image
Changement de ton en arrivant sur la rue Jacques-Parizeau, où Christian Lapointe prend les festivaliers dans sa Souricière, sorte d'arrêt sur image à la fois ludique et mordant inspiré des manifestations politiques et de la répression policière. Le tableau inanimé, composé de mannequins, convie toute une ménagerie pour mieux jouer sur les codes et les stéréotypes en plaçant des têtes d'animaux (cochon, perroquet, vautour, poisson, mouton) sur des corps de policiers et de manifestants. 
Mettant à profit l'espace tout en longueur de la promenade des Premiers-Ministres, qui longe le boulevard René-Lévesque, Sophie Thibeault et Maxime Robin proposent avec la station Mouvement perpétuel une ode aux âges de la vie, au son du Boléro de Ravel revisité pour l'occasion. Si le message qu'on veut y passer est que la vie passe trop vite, c'est réussi... Le rythme trop rapide imposé pour traverser le tableau a un peu réduit notre plaisir, jeudi. Dommage...
Le parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...? est présenté en continu entre 21h et 23h les jeudis, vendredis et samedis jusqu'au 10 juin. L'accès est gratuit.