Pierre Guy Blanchard, Luc LeBlanc et Christian Essiambre dans L’incroyable légèreté de Luc L., le troisième volet d’un triptyque de fiction biographique initié par Philippe Soldevila et ses complices, un spectacle dynamique, en perpétuel mouvement, où on se retourne constamment sur un 10 ¢.

Trois hommes et leurs quatre vérités

CRITIQUE / Complexes, insécurités, ambitions, ego, pression et intégrité artistique… Ça jase fort ces jours-ci à la Caserne Dalhousie dans la pièce L’incroyable légèreté de Luc L., troisième volet d’un triptyque de fiction biographique initié par Philippe Soldevila et ses complices, qui ont accepté de devenir des personnages de théâtre.

L’aventure a commencé avec le spectacle solo Les trois exils de Christian E. (2010), inspiré du parcours du comédien Christian Essiambre. Elle s’est poursuivie en 2014 avec Le long voyage de Pierre-Guy B., bâti autour des pérégrinations du musicien Pierre Guy Blanchard. Voilà que les deux artistes acadiens se retrouvent de nouveau sur scène, cette fois pour mettre en exergue le cheminement de leur ami Luc LeBlanc dans une pièce écrite à huit mains par les interprètes et le metteur en scène Philippe Soldevila. 

Bien connu dans son Nouveau-Brunswick natal, le point central de ce nouveau spectacle œuvre comme comédien et humoriste depuis 25 ans. À titre de directeur du parc thématique Le pays de la Sagouine, où il interprète le personnage de Citrouille, il a donné du travail à ses deux amis à leur début de carrière dans un milieu n’offrant pas nécessairement le meilleur terreau pour cultiver les destinées artistiques. Et il peut se targuer d’avoir donné un solide coup de pouce à Christian E. quand est venu le temps d’embrasser le métier de comédien. 

Drôle et impitoyable

Dans cette rencontre marchant sur la fine ligne séparant la réalité de la fiction, les trois acolytes sont appelés à créer un spectacle ensemble et auront plusieurs occasions d’en découdre dans un mélange d’admiration mutuelle et de confrontation. Parce que s’ils ont beaucoup en commun (de par leurs origines, notamment), plusieurs principes les séparent. Alors que deux ont choisi pour un temps d’aller voir ailleurs s’ils y étaient, l’autre n’est pas trop sorteux et n’a jamais quitté l’Acadie. Pendant que les uns explorent leur art ou multiplient les engagements, l’autre veut plaire à tout prix et demeure fidèle à ses racines. Quitte à se faire dire qu’il gaspille son talent ou qu’il manque d’ambition. 

Les échanges sont vifs entre ces potes qui ne sont pas là pour se ménager : les élans explosifs du surprenant Pierre-Guy B. s’avèrent ici particulièrement savoureux. Au terme de cet exercice à la fois drôle et impitoyable, tous trouveront le moyen d’exposer leur fragilité, leur vulnérabilité.

Il en résulte un spectacle dynamique, en perpétuel mouvement, où on se retourne constamment sur un 10 ¢. On passe ainsi en un éclair du plateau d’un talk-show animé par Luc L. à Moncton à une salle de répétition de Québec qui sera le théâtre de profondes discussions (et de bon nombre de cannettes de bière vidées), d’une chambre d’hôtel remplie d’angoisse à des scènes de l’Ouest canadien où notre homme place un baume sur ses hantises en les déversant dans des personnages humoristiques plutôt grossiers. Ces derniers segments gagneraient par ailleurs sans doute à être resserrés un peu. 

L’incroyable légèreté de Luc L. est présentée jusqu’au 31 mars à la Caserne Dalhousie, qui accueille cette portion de la saison nomade du théâtre Périscope, toujours inaccessible pour cause de rénovations. Les trois pièces du triptyque consacré à Christian E., Pierre-Guy B. et Luc L. seront déployées coup sur coup le 24 mars, lors d’un marathon théâtral qui se déroulera entre 13h30 et 21h40.