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Sophie Thibeault dans la pièce <em>Singulières</em>, qui se décline en présentiel cette semaine à La Bordée, puis en formule virtuelle.
Sophie Thibeault dans la pièce <em>Singulières</em>, qui se décline en présentiel cette semaine à La Bordée, puis en formule virtuelle.

Singulières: enquête sensible et tour de force technique

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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CRITIQUE / Dans un contexte d’incertitude tout sauf évident — jouera, jouera pas? —, l’équipe derrière la pièce Singulières a su tirer le meilleur de cette situation pandémique en créant un spectacle hybride — présenté d’abord devant public à La Bordée, puis en version numérique — qui se déploie comme un tour de force dramaturgique et technique.

Présenter du théâtre filmé? Très peu pour le metteur en scène et idéateur du projet, Alexandre Fecteau. Celui-ci a plutôt choisi d’intégrer les caméras à la proposition, qui prend la forme d’un film tourné en direct, sous les bons soins des cinq actrices devenant ici aussi techniciennes et camerawomen.

Singulières est présentée comme une «enquête sensible» menée par l’auteur Maxime Beauregard-Martin. Celui qui nous avait offert il y a quelques années la très réussie Mme G est allé à la rencontre de femmes célibataires dans la trentaine ou la quarantaine. Son texte — à la fois honnête, sans pudeur, punché et touchant — interroge sans complaisance, mais avec bienveillance le mythe de ce qu’on appelait jadis la «vieille fille».

La matière première s’avère riche : questions sur la maternité et l’horloge biologique, sur la carrière, sur la liberté, sur la solitude, sur l’image corporelle, sur le féminisme, sur la sexualité, sur la culture ou la religion, sur l’estime de soi, sur les échecs amoureux… Sur l’importance de l’amitié ou du cercle social, également.

Éva Saïda, Danielle LeSaux-Farmer et Frédérique Bradet dans la pièce <em>Singulières</em>, à La Bordée.

Au fil de bribes d’entrevues qui s’entremêlent, nos sujets se dévoilent dans des échanges qui peuvent être très drôles ou tout aussi bouleversants, mis en contexte par des images d’archives d’une autre époque. Là aussi, on sourit, mais on peut également grincer des dents!

Une impressionnante prestation

La rencontre avec ces personnages féminins fascine. Celle avec les actrices qui les portent captive tout autant. Frédérique Bradet, Savina Figueras, Danielle Le Saux-Farmer, Éva Saïda et Sophie Thibeault offrent une impressionnante prestation.

D’abord dans le jeu, elles qui sont appelées à butiner d’un rôle à l’autre, ce qu’elles font avec justesse. Ensuite parce qu’elles ont un immense travail technique à accomplir pour donner vie à ce film qui se concrétise en temps réel sur l’écran géant (et qu’on pourra voir en version numérique sous peu).

Elles manipulent le décor, les accessoires et, surtout, les caméras dans ce spectacle fort dynamique, où des scènes très courtes se succèdent et où ça bouge vite. On assiste à une chorégraphie complexe, à toutes sortes de trouvailles visuelles et d’ingénieux trucages qui nous font passer de l’appartement de l’une et de l’autre (grâce, notamment, à une structure pivotante) ou à un cinq à sept sur une terrasse entre amies bien dégourdies.

L’ensemble garde un petit côté bricolé, qui nous rappelle que ce sont des humains qui créent cette magie devant nos yeux. Le charme n’opère que davantage.

La pièce Singulières est présentée devant public à La Bordée jusqu’au 15 mai. La version numérique du spectacle pourra être vue en ligne du 22 mai au 30 juin. Détails et réservations à bordee.qc.ca