Le directeur artistique de La Bordée, Michel Nadeau, assurera la mise en scène de «Lentement la beauté», qui avait connu un «gros succès» lors de la présentation au Périscope, en 2003.

Saison 2019-2020 de La Bordée: le règne de la beauté

À l’heure des changements climatiques, des inégalités sociales et de la montée des populismes, est-ce que la beauté peut changer le monde, comme l’a déjà souhaité Dostoïevski dans «Les frères Karamazov»? Le directeur artistique de La Bordée, Michel Nadeau, en fait en tout cas le vœu symbolique pour la prochaine saison de l’établissement théâtral du quartier Saint-Roch.

Prenant à témoin les bouleversements politiques, économiques et écologiques de notre monde, Michel Nadeau croit que le concept de beauté, dont le théâtre se doit d’être le vecteur, ne concerne pas seulement la beauté de la nature, mais aussi «la beauté avec un grand B, celle des grandes actions de solidarité, de générosité, souvent gratuites», qu’il veut transposer sur les planches.

Flanqué des metteurs en scène Marie-Hélène Gendreau, Jocelyn Pelletier, Olivier Normand et Olivier Arteau, le directeur artistique ne cachait pas sa fébrilité, lundi matin, lors du dévoilement de la 43e saison de La Bordée qui mettra à l’honneur cinq productions maison, en plus de quatre pièces invitées.

Michel Nadeau assurera dans un premier temps la mise en scène de Lentement la beauté, qui avait connu un «gros succès» lors de la présentation au Périscope, en 2003. «Il y a quelques années que je voulais la reprendre. Je crois que ça vaut la peine de la revoir», estime le directeur artistique, qui signe le texte (en collectif) et la mise en scène.

Hugues Frenette, dans un rôle joué à l’époque par Jack Robitaille, se glisse dans la peau d’un fonctionnaire, mi-quarantaine, famille élevée et job assurée, qui remet sa vie en question après avoir assisté aux Trois sœurs, de Tchekhov. Le propos de la pièce «met un mot sur son malaise qu’il ne peut exprimer ni conceptualiser. C’est la rencontre entre l’art et la vie».

Pour sa part, Marie-Hélène Gendreau signera la mise en scène de Hope Town, d’après un texte de Pascale Renaud-Hébert dont elle loue «l’écriture fine et les dialogues incroyables». Récit de deux enfants issus d’une même famille, mais «qui ne semblent pas avoir reçu le même héritage», la pièce se veut un suspense psychologique fabriqué en trois plans-séquences.

Une des premières pièces de Wajdi Mouawad, Les mains d’Edwige au moment de la naissance, verra Marianne Marceau (à l’honneur actuellement dans Christine, la reine-garçon) se glisser dans la peau d’une jeune femme habitée par un don incroyable que ses parents veulent exploiter financièrement. «C’est une pièce rythmée, avec toutes les obsessions de Wajdi», explique le metteur en scène Jocelyn Pelletier. La pièce avait été montée il y a 20 ans, à Montréal, par André Brassard.

Olivier Normand a été choisi pour adapter la pièce Rouge de John Logan, réputé scénariste au grand écran de Skyfall, L’aviateur et Gladiateur. Le huis clos met en lumière le rapport torturé entre l’intransigeant peintre Mark Rothko, chargé de livrer la plus grande pièce de l’histoire de l’art moderne, et son jeune assistant. Créée en 1958, en pleine Guerre froide, la production est porteuse d’optimisme, selon son metteur en scène. «À l’époque, on croyait que la guerre nucléaire était inévitable. Avec ce qui se passe aujourd’hui, ça donne espoir qu’on peut tirer la bride avant de rentrer dans le mur.»

C’est Olivier Arteau qui signera la dernière pièce de la saison, Made in beautiful (La belle province), à la fois «spectacle politique et party perpétuel», où il est question «du legs de notre culture». À travers sept partys d’Halloween tenus sur autant d’années, le texte revisite l’évolution de la société québécoise et les grands événements qui l’ont marquée.

Du théâtre d’été

Pour la première fois, La Bordée donnera dans le théâtre d’été, pendant le mois d’août, avec la présentation du Prénom, adapté du film français éponyme. «Ça fait plusieurs années qu’on y pensait. On va faire le test», mentionne Michel Nadeau, soulignant que La Bordée dispose d’une salle climatisée.

Parmi les autres pièces invitées, citons Les Hardings, inspirée de la tragédie de Lac-Mégantic; Ici, reprise d’une production mettant en vedette des comédiens amateurs de diverses nationalités, qui avait connu un fort succès l’an dernier pendant le Carrefour international de théâtre; et finalement L’Iliade, le classique d’Homère mis en scène par Marc Beaupré, qualifié de «grand slam d’une heure et demie» par Michel Nadeau.