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L'homme de théâtre Robert Lepage, dans le foyer du Diamant.
L'homme de théâtre Robert Lepage, dans le foyer du Diamant.

Robert Lepage : «Je n'ai pas chômé!»

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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De la contrainte naît la créativité, dit-on. Comme bien des artistes, Robert Lepage a plus que jamais appliqué cette maxime pendant la pandémie. Si le travail s’est fait davantage dans l’ombre durant les derniers mois, l’homme de théâtre reprend virtuellement l’avant-scène avec deux spectacles captés sur la scène du Diamant.

«On n’a pas été très actifs en ligne toute l’année, reconnaît Robert Lepage. Il y a beaucoup de théâtres qui ont eu une grande présence en ligne. Nous, on était préoccupés par plein de projets qu’il fallait développer et qui auraient dû se développer un ou deux ans plus tard. On les a ramenés en avant afin de garder la compagnie en vie et de continuer à créer. Là, on dirait que ça vient tout d’un coup!»

L’auteur, metteur en scène et comédien évoque un nouveau spectacle solo et un projet «énorme» de création qui l’ont tenu fort occupé pendant le confinement. «Je n’ai pas chômé!» lance celui qui avait déjà ces pièces dans la mire.

Comme tout le monde, sa compagnie, Ex Machina, s’est retrouvée «sur pause» en mars. «Les tournées, les spectacles qu’on faisait en Russie, les coproductions avec [le festival de] Stratford… Tout ça a été reporté aux calendes et nous nous sommes s’est retrouvés devant un an de vide», résume Robert Lepage. De là l’idée de devancer ses projets, même si le flou entourant leur entrée en scène demeure.

«Au théâtre, la date de diffusion est déterminante dans ta façon de travailler, note-t-il. Une première, c’est significatif. C’est là que ça doit se passer. Ce n’est pas comme au cinéma où les dates de sortie, c’est toujours relatif. De ne pas avoir de date ou d’avoir une date relative, au théâtre, c’est très bizarre. Je n’ai jamais vécu une chose comme ça.»

L’arrêt imposé par la pandémie n’a toutefois pas eu que des aspects négatifs, nuance l’homme de théâtre. Privé de voyages à l’international, il dit avoir apprécié l’occasion de reconnecter avec le milieu télévisuel d’ici. «J’ai fait de petits caméos dans des téléséries qu’on va voir plus tard. C’est toute une affaire de laquelle j’étais débranché», avance Robert Lepage.

Celui-ci ajoute avoir aussi savouré ce temps libre pour documenter davantage ses prochaines créations.

«Je n’ai jamais fait autant de recherche, cite-t-il. Je n’ai jamais vu autant de documentaires ni lu autant de livres. Je ne sais pas si ça va être de bons shows ou pas, mais les recherches ont été exhaustives!»

À l’écran

En attendant de pouvoir vraiment renouer avec le public en salles, Robert Lepage propose deux soirs de retrouvailles virtuelles. Il remontera d’abord sur la scène du Diamant avec Yves Jacques le temps d’une représentation en direct de La face cachée de la Lune, un solo devenu pour l’occasion duo diffusé en direct le 6 février sur les ondes de Télé-Québec. Une aventure à la fois «casse-gueule» et grisante pour l’artiste.

Yves Jacques

«Je me souviens de la belle époque du Théâtre Alcan, raconte-t-il. C’était diffusé aux Beaux Dimanches à Radio-Canada. C’était filmé en direct, c’était du théâtre à la télé, avec les trois coups et tout. Je n’avais jamais retrouvé ça avant que la Ligue nationale d’improvisation [LNI] ne commence à présenter ses matchs live. L’énergie de la télévision en direct, j’ai adoré ça.»

La proposition a bien sûr été un peu adaptée pour le format télévisuel. «Mais c’est le même trac, précise Robert Lepage. Les gens de Télé-Québec sont très excités de pouvoir faire ça, parce que c’est avec eux qu’on faisait la LNI. Ils savent les risques que ça comporte, mais ils connaissent aussi la beauté de ces risques.»

Conçu comme un spectacle solo, La face cachée de la Lune oppose deux frères qui se retrouvent après le décès de leur mère. Une dynamique qui a permis à Lepage et Jacques de se croiser pour la première fois sur scène. «Il va faire un frère, je vais faire l’autre, en plus de quelques petits rôles tertiaires. Mais c’est quand même Yves qui a le fardeau du rôle principal», décrit Robert Lepage.

Robert Lepage dans La face cachée de la Lune en 2000

«Yves s’est approprié le spectacle, reprend-il. Lui, c’est un grand imitateur. Quand on a fait la passation des pouvoirs, il avait cette tendance à m’imiter. Je lui disais que c’était bien qu’il essaie de marcher dans mes pas, mais qu’à un moment donné, il devait s’approprier la pièce. Il l’a tellement jouée. Il a dû la faire 400 fois. C’est devenu son show et il le fait très bien. C’est pour ça que c’est un peu étrange pour lui de me voir revenir dans le décor...»

Une semaine plus tard, le 13 février, Robert Lepage célébrera la Saint-Valentin lors d’une soirée-bénéfice virtuelle au profit du Diamant, l’établissement de la place D’Youville dont il est l’instigateur. Pierre Lapointe, Guylaine Tremblay, Marc Labrèche, Marie-Josée Lord, Yves Jacques, Pierre Brassard, Sophie Faucher, Émily Bégin et Guillaume Lemay-Thivierge se joindront à lui pour célébrer la fête de l’amour, mais aussi pour donner un coup de pouce au théâtre qui s’est fait couper les ailes quelques mois après son inauguration.

On nous promet «des envolées lyriques, poétiques, musicales, humoristiques, théâtrales et, pourquoi pas, sportives» pendant ce spectacle présenté en ligne au coût de 100 $ et déployé sous le thème Les coups de cœur de Robert Lepage.

«C’est aussi une façon de faire visiter le Diamant, renchérit celui-ci. Beaucoup de gens n’ont pas encore eu l’occasion de venir et ne connaissent pas tout le côté polyvalent et accueillant du lieu. Chaque racoin du Diamant est potentiellement un lieu de performance...»

La pièce La face cachée de la Lune est diffusée en direct à Télé-Québec le 6 février à 20h. Rediffusion le lendemain à 20h30.

Les coups de cœur de Robert Lepage est diffusé virtuellement le 13 février à 20h. Détails et billetterie au www.lediamant.ca