Mélissa Merlo dans Les Barbelés
Mélissa Merlo dans Les Barbelés

Rentrée au Trident : Un magistral coup de poing

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
CRITIQUE / Après une première soirée ancrée dans l’histoire et la rigolade (La Sagouine et Exercices de style), nos retrouvailles avec Le Trident se sont poursuivies jeudi avec deux œuvres contemporaines explorant le thème de la souffrance : la sympathique Ce qu’on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel et la percutante Les barbelés d’Annick Lefebvre.

Véritable coup de poing théâtral, le spectacle solo porté de magistrale façon par Mélissa Merlo dans la cour intérieure du Conservatoire de musique (sous la tente, mais habillez-vous chaudement!) a de quoi nous laisser sans mots. Tout semble avoir été dit dans le texte dense de la très engagée Annick Lefebvre, qui n’a jamais eu peur de brasser la cage sur les planches. Bercer son public ne fait pas partie des habitudes de la maison.

Le monologue non genré de la pièce Les barbelés se déploie autour d’une métaphore : les humains naissent avec en eux du fil de fer qui éventuellement poussera jusqu’à les étouffer. Le personnage qui nous attend dans un espace immaculé sait que la fin est proche et que sa voix devra bientôt se taire. De là l’urgence de tout dire : les angoisses, les blessures, les injustices, l’ignorance, l’absurdité d’un monde de communications où tant de propos importants se perdent dans le bruit ambiant ou sont tout simplement ignorés... Parce qu’ils sont tabous. Ou inconfortables. Ou impopulaires.

Mis en scène par Amélie Bergeron, ce tête-à-tête avec l’actrice Mélissa Merlo est intense. À la force du texte qu’elle incarne de tout son corps, ajoutons la puissance de son regard, qu’elle fixe à celui des spectateurs, qui ne peuvent pas trouver refuge dans la pénombre. Sa présence s’avère magnétique, nous voilà même en silence impliqués dans une sorte de dialogue. Difficile de ne pas se sentir happé par cette œuvre fiévreuse, au discours tout sauf tiède. Voilà certainement un grand coup de cœur de cette rentrée du Trident.

Marc-Antoine Marceau dans <em>Ce qu'on respire sur Tatouine.</em> 

Ce qu’on respire sur Tatouine

Dans les entrailles du Grand Théâtre — ou plutôt à la salle de répétition John-Applin —, la pièce Ce qu’on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel nous amène aussi, mais dans un autre registre, à la rencontre d’un personnage qui souffre.

Atteint de fibrose kystique, un jeune trentenaire partage avec beaucoup d’autodérision de quoi est fait son quotidien, entre une chambre louée dans un sous-sol de banlieue, une jobbine au supermarché, un amour éphémère, des brosses virées en solo, des séjours à l’hôpital ou des désirs d’évasion. Le tout au rythme d’une maladie qui le fait respirer comme Darth Vader. Parce que notre homme est passionné par Star Wars, dont les références pullulent dans le texte, bien au-delà du titre du spectacle mis en scène par Olivier Arteau.

Prisonnier de ce qui ressemble à un immense bac à sable — Tatouine, terre d’origine de Luke Skywalker dans la saga imaginée par George Lucas, est après tout une planète désert… —, Marc-Antoine Marceau incarne avec un bel aplomb cet anti-héros dans un environnement pas nécessairement confortable ou accueillant. Le comédien patauge littéralement dans un bain de particules de liège, ce qui ne facilite pas ses changements de costumes.

À l’écart, Stéfanelle Auger lui donne la réplique en prêtant voix avec vivacité à tous les personnages secondaires. Olivier Forest se fait de son côté magicien en créant un environnement sonore grâce à une foule d’objets.

Nous voilà ici devant un texte coloré, lucide et incisif, truffé de références cinématographiques. Mais comme notre narrateur, on dirait que la pièce s’essouffle en bout de course. Et la finale, nous laisse un peu sur notre faim.

Avec quatre pièces déployées en autant de lieux du Grand Théâtre, les «Grandes retrouvailles» du Trident se poursuivent jusqu’au 18 octobre. Détails et réservations à www.letrident.com.